LE SAINT-ESPRIT ET LA VIE CHRÉTIENNE
côte est derrière nous, de soustraire notre âme à ses leçons, à ses bienfaits, à l'action et à la présence du Saint-Esprit.
Pentecôte est le jour de naissance de l'Eg-lise, c'est aussi le jour de naissance de la vie chrétienne.
Est-ce que la vie chrétienne n^existait pas chez les disciples qui, du vivant de Jésus, groupés autour de lui, suivaient ses pas et se nourrissaient de ses paroles? Non, la vie chrétienne n'était pas encore^ ne disons pas quoique Jésus fut là, mais précisément parce qu'il était là, au milieu des siens, présent, parlant, ag-issant dans le monde sensible. D'où ce mot profond : « C'est un gain pour vous que je m'en aille, )) (Jean xvi, 7*).
Nous ne savons si ce mot est profond; en tout cas, il est intolérable, et aucun cœur aimant ne se résoudra à gagner quoi que ce soit à un pareil prix! — Mais, « si je ne m'en vais
1. Rapprochez cette affirmation, si étrange au premier abord, du même Evangile (vu, 39) : « Il n'y avait pas encore d'Esprit 1) ; il s'agit de l'Esprit que devaient recevoir les croyants (voir le verset précédent), de l'Esprit créateur de la vie chrétienne.
102 MORALE ÉVAÏSGÉLIQUE
pas, le Conseiller promis, l'Appui, l'Ami ne viendra pas. » — Que nous importe! C'est toi notre g-uide et notre soutien^ et d' (c un autre » (xiv, 16), à ta place, nous ne voulons rien. Nous te voulons, toi, nous voulons voir la lumière dans tes yeux à toi, entendre la vérité dans l'accent de ta voix ; aller à toi dans nos incertitudes et dans nos troubles; et, quand nous aurons failli, quand nous nous serons querellés sottement pour la préséance, quand nous aurons écarté brutalement les chères petites têtes bouclées sur lesquelles les mères appellent ta bénédiction, quand nous aurons souhaité faire descendre le feu du ciel sur les villages qui ne t'ouvrent pas leurs portes, quand nous aurons accompli ce bel exploit d'empêcher de travailler à l'œuvre libératrice le bon ouvrier qui ne s'est pas mêlé à nos rang-s, quand nous aurons été bornés, présomptueux ou lâches, nous voulons être avertis, repris, corrigés par toi. Tu nous es nécessaire et tu nous suffis. Nous ne pouvons consentir à nous passer de toi î
Si naturelle que soit cette protestation passionnée, elle a besoin elle-même de ce redressement que viennent de réclamer les disciples. « En vous disant qu'il est bon pour vous que je m'en aille, je vous dis la vérité. »