ÉGLISES ET FINANCES
delà de son pouvoir^ puisqu'il lui suffira, s'il ne peut faire plus, de verser la somme la plus modique pour s'acquitter envers l'Eglise.
D'autre part, le plus dénué de bien s temporels saura qu'il peut ne pas être dans son Eglise un hôte toléré, presque un intrus ou un parasite, nourri aux dépens des autres. Il peut, avec une humble fierté, s'y sentir chez lui, grâce à ses quelques centimes % au même titre que le riche qui a donné pour elle des centaines de francs (ce qu'il doit ignorer d'ailleurs, comme le membre opulent ignorera à son tour ce qui a pu sortir de sa bourse à lui).
7. Nous nous bornerons en terminant, à indiquer deux conditions de succès.
Il faut donner avec méthode, régulièrement.
Ce qu'il est impossible de faire d'un seul coup,
-1 . Voyez, par exemple, les dispositions fondamentales des statuts que s'est donnés une de nos « Associations cultuelles » : « Peut être inscrit comme membre de l'Association, quiconque, ouvrant son cœur à l'Evangile du pardonde la régénération et du royaume de Dieu, désireux d'être un disciple de Jésus-Christ, veut fortifier sa vie intérieure dans la communion du Saint-Esprit et dans la communion de ses frères et travailler avec eux au service de Dieu dans l'humanité.
En outre il doit être majeur ou autorisé par qui de droit, déclarer qu'il accepte les présents statuts et s'engager à payer une cotisation dont il fixe lui-même le montant, à partir de fr. 05 centimes par mois. »
on le fait sans trop de peine quand on procède par petits versements successifs.
Il faut donner avec joie.
Nous disions en commençant que l'Egalise, en tant qu'elle est esprit, n'a rien à faire avec l'argent; mais Fargent, quand il est donné, perd le caractère de pure matière qui s'attachait à lui ; il est spiritualisé par le sacrifice, et c'est aussi un acte de culte que de se dépouiller pour Toeuvre de Dieu.
Qui bâtit?
« C'est la charité qui édifie, » écrivait saint Paul aux Corinthiens. Traduisons en termes plus familiers, plus laïques si Ton veut : c'est l'amour qui bâtit.
Ne vous semble-t-il pas entendre rire tailleurs de pierre, maçons et charpentiers? Ce qui bâtit, s 'écrient -ils, c'est le travail de nos bras vigoureux ! — Pardon, riposte Tarchitecte, que. produirait tout l'effort de vos muscles, si je n'avais eu la vision de la maison et n'en avais tracé le plan? C'est la pensée qui bâtit! — Mais d'autres réclament à leur tour : le plus beau génie et le plus acharné labeur ne serviraient de rien sans les matériaux. Or, le temps n'est plus oii l'on peut dire avec le prophète Aggée : « Montez sur la montagne, apportez du bois et bâtissez. »
Le sol est partout approprié, il faut tout acheter ; l'argent seul bâtit.
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Comme il est certain que chacun de ces ag-ents est indispensable, il est évident aussi qu'aucun ne suffit. Capital qui fournit les ressources, esprit qui conçoit, mains qui ag-issent ne peuvent rien que par leur entente. Plus cette entente sera complète et cordiale, plus rapide et plus assuré sera le succès de la construction. En sorte que la parole : c'est l'amour qui bâtit, peut s'appliquer même à l'édifice matériel. Se mettrat-on d'ailleurs à l'œuvre sans l'impulsion d'un sentiment commun? Peut-être pour élever, en vue de soi seul, quelque misérable hutte. Mais c'est l'amour en vérité qui bâtit les nids, et c'est lui qui bâtit aussi les foyers et les cités.
L'apôtre Paul ne pensait pas à nos maisons, non pas même à celle qui abrite notre culte, mais à cette maison de Dieu spirituelle dont tout temple visible n'est qu'un symbole.
Ce n'est pas une chapelle privée, ou une Eglise sectaire. Des hommes qui mettraient toute leur ambition à cultiver d'une manière intensive la piété individuelle ou la piété collective d'un petit nombre de privilig^iés seraient infidèles; ils se rendraient coupables, au reg-ard de leur
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peuple et de rhumanité, de désertion, et ils n'atteindraient pas même le but qu'ils se sont proposé. Ils ont voulu sincèrement la vie sainte, et la sainteté leur échappe comme la -vie ellemême, car la vie étouffe entre leurs murailles étroites, et l'ég-oïsme, même spirituel, exclut la sainteté.
L'org-ueil, au contraire, se donne libre carrière ; l'esprit de jugement, après avoir sévi cruellement contre ceux qui sont au dehors du cercle où l'on s'était enfermé, se déchaînera au dedans. Bientôt, il n'y aura plus là d'Eglise, à peine une coterie de quelques chrétiens impuissants et aigris. Jésus n'a pas proposé à ses disciples l'idéal d'une retraite cachée dans le silence d'une vallée ombreuse, mais celui d'une ville située là-haut, en plein soleil, en plein vent. C'est dans ce monde, dans ce pauvre monde, malade et triste, parmi ses hontes et ses crimes, que toute assemblée de Jésus doit travailler de toutes ses forces à faire briller la lumière, à faire resplendir dans les œuvres bonnes la gloire de
Dieu.
Donc abattons ce qu'on appelle des Eglises !
Je ne puis croire que ce serait sage. Cet amour
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désintéressé et fort, Tamour qui bâtit, nous ne le voyons pas naître au milieu de la vie du monde, par une sorte de génération spontanée, et s'entretenir de lui-même. En vérité, il faut que quelque part on s'attache à le produire — ou à le recevoir : il faut que quelque part on forme les constructeurs. Et pour construire autre chose que des châteaux en Espag-ne, il est nécessaire de commencer au point que l'on occupe, humblement, en soi, autour de soi.
Partout, il est fâcheux d'opposer l'humanitarisme au patriotisme ; mieux vaut mettre l'amour même de la patrie au service de l'humanité.
Aussi ferons-nous bien d'aimer et d'édifier notre Eg-lise, non pour l'exalter elle et dénigrer ce qui n^est pas elle, mais pour qu'elle prenne sa part de l'œuvre commune. L'Eglise doit procurer à la société ce que le recueillement donne à l'individu. S'absorber et s'isoler dans l'incessante tension de la vie intérieure, ce serait oublier sa tâche humaine; mais on n'accomplira pas comme il faut sa tâche humaine, si l'on ne s'arrête et ne rentre en soi. Ainsi dans le culte de l'Eglise se retrempera la vie intime de la société, afin de se déployer bravement au dehors et dans les bonnes directions. Certes, si le représentant de la religion n'a cure du blessé gisant sur la