QUI BATIT
route, il est à mille pieds au-dessous de Thérétique ou du mécréant qui en prend soin. Mais ceux dont le cœur est plein de pitié g-énéreuse, persévérante et efficace^ pullulent-ils partout ailleurs que dans les sanctuaires? Si nous ouvrons ou si nous maintenons ces sanctuaires, ce n'est pas pour être des hommes d'Eg'lise ou pour en former; c'est pour devenir et c'est pour éduquer, dans la communion de l'amour divin, de bons samaritains. C'est sur ce fondement que se bâtit l'Eg-lise, qu'elle s'édifie elle-même en grandissant dans l'amour.
Qu'est-ce donc qu'être « édifié ? » On n'est pas édifié pour avoir eu la satisfaction d'entendre railler et condamner les doctrines que l'on réprouve ou affirmer avec énergie les croyances que l'on partag-e, ou encore pour avoir senti la chaleur d'une émotion douce vous envahir l'âme. Si vous quittez le culte de FEg-lise intérieurement stimulé et consolé, c'est une g-râce précieuse qui vous a été faite; mais être content, être excité, être apaisé, ce n'est pas encore être édifié. Vous ne serez édifié que si vous mettez à profit ces mouvements de l'âme et ces lumières de l'esprit, s'ils déterminent en vous une activité féconde, s'ils font de vous, pour l'œuvre divine, un instrument docile et solide, souple et résis-
tant, un caractère sûr, vrai, dépouillé de l'amour-propre et de ses petitesses. Vous aurez bâti en vous-même quand a'^ous serez devenu un meilleur constructeur de la maison de Dieu dans la société des hommes.
L'apôtre n'aurait-il pas pu nommer d'autres agents que l'amour? dire, par exemple : c'est la vérité qui bâtit?
Certes, il aurait pu s'exprimer ainsi, mais la vérité qui bâtit, ce n'est pas celle qui se réfléchit dans la pure connaissance intellectuelle. La connaissance n'édifie pas nécessairement ; il arrive qu'elle enfle d'org-ueil, comme une outre remplie de vent, celui qui se targue de la posséder. Dès lors, elle sépare, elle n'unit pas ; elle désagrège les pierres de l'édifice et le ruine bien loin de l'élever. Elle traite ceux qui lui sont étrangers, de niais ou de pervers, selon les cas. Elle suspecte, condamne et méprise, elle n'aide pas, n'encourage pas, ne relève pas. Si ceux qui savent se servent de leur savoir pour écraser leur frère, il ne savent pas comme il faut savoir. Il savait, le pharisien ; il savait, lui, qui était cette femme dont Jésus tolérait l'hommage pas-