AGENDA
« Croyez- VOUS qu'elle sera heureuse, cette année « nouvelle? — Oh! oui, excellente, Monsieur, « bien sûr. — • Gomme l'année passée ? — Beau- « coup, beaucoup plus. — Comme l'autre? — (( Bien plus ! — Comme celle d'avant ? Ne vous « plairait-il pas que l'année nouvelle fût comme « n'importe laquelle de ces dernières années ? — (c Non, Monsieur, il ne me plairait pas î — Cornet bien d'années nouvelles se sont écoulées de- « puis que vous vendez des almanachs ? — Il va (( y avoir ving-t ans, illustre Seigneur. — A « laquelle de ces vingt années voudriez- vous « que ressemblât l'année qui vient? — Ah!
« vraiment, je ne ne sais pas, — Ne vous sou- (( venez-vous d'aucune année qui vous ait paru « heureuse? — Non, en vérité! — Et cepen- (( dant, la vie est une chose belle, n'est-il pas
« vrai ? — On sait cela
« Almanachs î Almanachs nouveaux ! Calendriers nouveaux! »
Si vraiment l'on ne pouvait que constater la succession des saisons, ce qui arrive, ce que les circonstances font de nous, je crains bien que les sarcasmes du poète italien n'expriment, dans leur pessimisme amer, et pour le grand nombre des hommes, la vérité même.
Mais non ; notre vie ne nous est pas donnée toute faite : nous avons à la faire. Il existe pour chacun de nous un agenda dont les feuillets ne sont pas enfermés entre des couvertures de toile ou de carton, un agenda au sens spirituel.
Agenda : traduisons plus littéralement encore que tout à l'heure : choses que nous avons à mettre en mouvement. Il y a, pour nous aussi, de l'inexistant, si j'ose dire ainsi, à réaliser, et c'est là ce qui fait l'intérêt et le prix de la vie. Avez- vous jamais réfléchi au beau sens du mot devoir? Ce qui doit être, donc, ce qui n'est pas encore. Quelque chose de bon, qui sera grâce à nous, qui sera par nous. Puisque nous sommes appelés à être créateurs et propagateurs de bien en ce monde, puisque nous avons été créés nous-mêmes en Jésus-Christ, selon la grande parole de FEpître aux Ephésiens^ pour les bonnes œuvres, et que ces œuvres sont disposées pour nous comme le chemin où nous sommes appelés à marcher % prenons courage; il vaut
•1. C'est ainsi que la version de Lausanne, celles de Rilliet et de l'abbé Crampon ont compris le texte Ephés. ii. 10 : les bonnes œuvres que Dieu a d'avance préparées, afin que ce soit en elles que nous marchions (Rilliet). On peut entendre aussi, avec Segond, Oltramare et Stapfer : les bonnes œuvres pour lesquelles Dieu nous a d'avance préparés. La première interprétation me paraît préférable.