Comparez les notes de la Bible annotée sur ce morceau
bien à moi ; elle était comprise dans ce droit d'aînesse qu'il m'avait cédé sous la foi du serment.
— Tu as indignement trompé ton vieux père ! — Je n'ai fait qu'obéir à ma mère. — Tu as menti avec impudence, prenant en vain le nom de Dieu ! — Y avait-il un autre moyen d'empêcher de mentir l'antique oracle qui me promettait la suprématie? — Tu as réussi à faire passer entre tes mains le plus clair de la fortune de ton oncle.
— C'est lui qui a voulu m' exploiter; a-t-il le droit de se plaindre s'il a trouvé plus fort que lui? — Ainsi Jacob a réponse à tout. Dieu ne peut pas le vaincre, jusqu'au moment où il lui dévoile, comme en un éclair, la vanité de ses efforts, où il le touche seulement et, du coup, l'abattrait dans la poussière, si le malheureux, renonçant enfin à se défendre, ne se rendait à merci. C'est en se rendant ainsi à Celui qui, en dépit des apparences, ne lui veut que du bien; c'est en abdiquant toute espèce de droit, mais en s'obstinant à réclamer de la miséricorde de son Dieu une bénédiction imméritée, pur don de sa grâce, c'est ainsi qu'il emporte la victoire, non plus Jacob désormais, le trompeur, mais Israël, le vaincu de Dieu et son vainqueur.
Perdre mon nom est dur ; car mon nom , c'est moi.
Sans doute; mais si, à la place de mon nom, j'en reçois un autre, je ne dis pas plus harmonieux ou plus glorieux, mais qui, tout en étant vrai, est infiniment meilleur^ aurai-je lieu de me plaindre?
Mon nom, c'est moi; perdre mon nom, c'est mourir.
Il est vrai. Mais si je meurs pour revivre; si je meurs Jacob pour ressusciter Israël, sera-ce vraiment un dommage et ne sera-ce pas au contraire un inestimable gain?
Le nom que mes parents m'ont donné, celui qui est inscrit sur les registres de l'état civil, on ne me le changera pas. Mais ce nom n'est le mien qu'en apparence. Mon véritable nom n'est écrit nulle part, et ce n'est pas lui qu'on prononce quand on m'appelle. Mon nom c'est celui qui enferme dans un mot — un mot composé peut-être — le caractère dominant de ma personnalité, la direction fondamentale de ma vie. Est-il sûr que, s'il était proclamé tout haut, je n'aurais pas à en rougir?
S'il en était ainsi, ô mon Dieu, daigne prononcer aussi pour moi la parole libératrice.
Ote ce vilain nom où s'expriment mes hontes
et mes faiblesses; dis-moi,. à moi aussi : ce ne sera plus le tien. Donne-moi un nouveau nom, le nom de l'homme nouveau que tu auras fait de moi.
Agenda.
{Méditation pour le jour de l'An)
On le voit partout, l'agenda, coquet ou solennel, destiné à la poche ou au bureau, en tous formats et sous toutes reliures.
Ce que ce livre a de particulier, c'est qu'il n'est pas fait : l'acquéreur le fera lui-même ; on s'est borné à lui offrir une succession de pages datées. Il y mettra ce qu'il voudra ou ce que la nécessité, plus forte que lui, le contraindra d'y mettre.
Car le mot agenda, mot latin, veut dire en français : ce qui est à faire. Il n'est pas possible de dire cela d'avance à tout le monde. Personne ne peut même rédiger son propre agenda d'iin bout à l'autre, pour une année, au matin du premier janvier. Petit à petit, on inscrira à tel ou tel jour, une réunion, une échéance, un rendez-
VOUS, une invitation, une lettre à faire, une visite obligatoire. Nombreux d'ailleurs sont ceux qui n'ont nul besoin d'un agenda, parce que sur la route monotone où ils refont jour aj^rès jour la même étape, il n'y a rien d'accidentel, rien d'imprévu, rien à se rappeler, et, par conséquent, rien que l'on puisse oublier.
Cependant, si tous n'ont pas besoin de l'agenda, il y a heureusement, même pour ceux dont la tâche quotidienne est tracée avec une régularité fastidieuse, même dans les vies les plus dénuées de variété, il y a certaines initiatives à prendre. S'il en était autrement, si nous n'étions, à aucun degré, agents dans notre propre existence; toujours passifs, poussés, de semaine en semaine et de mois en mois, par les événements d'une pari, et de l'autre par les irrésistibles impulsions de notre tempérament, alors sans doute il n'y aurait plus 6! agenda; le calendrier ou l'almanach suffirait. Comment croire, alors, que l'année pourra être bonne? Ecoutez ce dialogue de Leopardi :
« Almanachs ! Almanachs nouveaux ! Calendriers nouveaux!
Un passant : « Des almanachs pour l'année nouvelle ? » Le marchand : « Oui, Monsieur. —