‹ Nouvelles et fantaisies humoristiquesChapitre 1 sur 92 · LIBRAIRIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE GÉNÉRALE

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!J: canot de L'AMIRAL

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Perfide comme l'onde 1

A l'époque où l'escadre de l'amiral Le Prodour était devant Buénos-Ayres pour régler la fameuse affaire de la Plata, je me trouvais moi-même dans cette ville, et j'y avais rencontré un de mes amis d'enfance, lieutenant de vaisseau à bord de la frégate la Junon , [)ortant pavillon amiral et mouillée à deux lieues au large de Buénos-Ayres.

Mon ami m'avait invité plusieurs fois à venir dîner avec lui à bord de la Junon, et diverses circonstances m'avaient jusque-là empêché d'accepter, lorsfju'un jour — c'était le 23 septembre 1851, il m'en souviendra toute ma vie, — m'ayant rencontré vers une heure, il renouvela son invitation : je ne demandais pas mieux, et il fut convenu qu'à trois heures nous nous retrouverions à l'embarcadère.

Je rentrai chez moi pour prendre une valise où je mis des effets de rechange, du linge de nuit et des ustensiles de toilette : je devais coucher à bord, en effet, et il fallait prévoir, indépendamment du cas où quelque lame me mouillerait de la têt(i aux pieds, celui où le commandant me ferait l'Iinniicur, le londomain, de me re-

Z I.F. (ANOl DE I. AMIRAL.

tenir à déjeuner. Je pris de plii.s un paletot pour me garantir du froid et un manteau imperméable pour m'abriter de la pluie.

Ainsi érjuipé, et après avoir mis à ma tenue tout le soin et toute la correction possibles, je consultai ma montre et je vis qu'il n'était encarc que deux heures, ce qui m'impatienta comme si j'eusse été un enfant.

Cette visite à bord d'un bâtiment de guerre était pour moi plus qu'un plaisir. Dès mon enfance, comme tant de gens qui n'ont vu la mer que dans les romans ou dans les tableaux , je m'étais passionné pour la vie maritime; et sans la sévérité trois fois bénie des examinateurs qui me refusèrent l'entrée de l'Ecole navale, je me serais laneé avec enthousiasme dans une carrière où, sans aucun doute, j'aurais trouvé plus'd'une désillusion.

Ma traversée du Havre à Buénos-Ayres, sur un navire chargé de mules, avec quelques émigrants allemands pour toute compagnie, n'avait pas suffi pour me désenciianter. Toutes les déceptions auxquelles je m'étais heurté vingt fois le jour pendant deux mois de cette vie monotone, je les avais mises sur le compte du commerce en général, (pii. me disais-jc, vulgarise tout, et de notre ca[)itainc en particulier, honnête honnne, bon marin, mais qui en dehors de ces (jualités n'en avait pas d'autres.

J'allais pour la première fois de ma vie mettre le pied sur un vaisseau de guerre : là je verrais , dans toute sa majesté et dans toute sa formidable poésie, cette vie maritime dont je ne connaissais que le rêve; cnlin et surtout, j'allais voir de près, sur mer, h leur bord, c'est-à-dire sur leur domaine et dans tout l'appareil de leur [)uissance, ces otliciers de marine dont la dignité et la distinction suprême m'avaient toujours si vivement frappé.

Aussi avoucrai-jc qu'au moment de faire mon début dans ce monde à part dont les hommes m'ap[>araissaient revèîus d'un grand prestige, je m'inquiétais fort de ce que je pourrais dire et faire pour ne pas me montrer trop au-dessous d'eux. Si c'était une petitr» fnililosso d'nninnr-pr'ipre, elle eût été bien pardonnable.

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