‹ Nouvelles et fantaisies humoristiquesChapitre 2 sur 92 · I.I'; (.ANOT DE I. A>lin\L. O · texte numérisé non relu

I.I'; (.ANOT DE I. A>lin\L. O

iiKti^ tMi àmo ft oonscii'iioc jo crois (|ii'il n'y avait là d»; ma pari <|uo ct^ ri'liaiissomtMU ili; (li},'nit(; (|ii'on ôpruiive (levant dos [lersoniios aiix([uelles on SLM'ail lior de ressenihler.

C'est ainsi que le cours de mes idées, parti de celte circonstance bien \nl};aire d'une invitation à dîner à bord d'un bâtiment de l'Ktal, s'était grossi de tous mes souvenirs d'enfance, de mes enthousiasmes de jeunesse, de mes sentiments d'admiration j)0ur les marins, de ma sollicitude pour mon propre personnage, et que ce dîner s'annonçait conune devant prendre dans ma vie les proporlinns d'un véritable événement.

Et c'est ce qui arriva, mais autrement que je ne pensais.

Quoi qu'il en soit, toutes mes facultés, et particulièrement Tattention et la UK'moire, s'étaient élevées à une intensité de puissance que je n'ai [dus jamais retrouvée dans aucune autre circonstance de ma vie , et c'est à cette disposition d'esprit que je crois pouvoir attribuer la précision incroyable et la lucidité singulière de mes perceptions et de mes souvenirs au milieu de ce déchaînement inattendu d'où ma raison comme ma vie ne me semblent avoir échappé que par miracle. Après plus de vingt années, il n'est pas un détail des événements, pas une parole, pas un geste, pas un ftli de visage des auteurs de ce drame, <|ue je ne voie et que je n'entende comme si c'était d'hier.

Je me dirigeai vers l'embarcadère. Je vis venir de loin un groupe de quatre ou cinq personnes parmi lesquelles je reconnus mon ami, et qui s'y rendaient du leur côté. Le canot de l'amiral, une embarcation toute blanche, avec seize matelots et un patron, se balançait le long du quai. Le groupe que j'avais aperçu arriva près de moi; mon ami s'en détacha, et me [irenan* i)ar la main, me présenta successivement nu chiitirgioi, un enseigne, ur) aidecommissaire et un as(»ir.'Mit; |»iiis il mo [irésenla .'i un rinf[nièrMi> pers(mnaj((% rnpil.-iine di- fré'g;ite.

4 lE CANOT DE L AMIRAL.

— Où est le commandant? demanda ce dernier.

— Il arrive là-bas en causant avec le capitaine de port.

Je profitai de ce temps pour examiner mes compagnons de voyage.

Le chirurgien était un petit homme replet, avec une îîrossef figure rouge, un collier de barbe roussâtre coupée très court, et l'air souriant.

L'enseigne était grand, élancé, légèrement voûté, très blanc de peau, portant longs ses cheveux et ses favoris bruns; de grands yeux bleus lui donnaient une beauté très expressive, quoique ses traits ne fussent pas réguliers.

Le commissaire répondait assez bien à l'idée que je m'étais faite de celte classe à part dans l'administration : petit, maigre, l'air spirituel et distingué, mais n'ayant pas ce je ne sais quoi de l'officier de marine.

Quant à l'aspirant, c'était un enfant de dix-huit ans au plus, beau comme le jour, blond et rose, au point qu'en toute autre circonstance on l'aurait pris pour une femme déguisée. Sur son charmant visage il y avait tant de jeunesse et tant de gaieté que jenc pouvais m'empèchcr de sourire en le regardant.

Le capitiiine de frégate me parut devoir être, du tous les ma^rins réunis sous mes yeux, le plus remarquable dans sa profession, si j'en jugeais d'après ce qu'il était comme lionune. Il était saisissant, je ne puis pas mieux dire : un de ces hommes qui, par la profonde originalité de leur aspect, échappent à toute classification connue. Tout en longueur, tout dégingandé, et ses grands os semblaient tellement disloijués, qu'il ne répétait pas deux fois desuite le même geste de la même façon. Mais la tête, par soft expression surhumaine, dominait et semblait maîtriser l'irrégularité du reste de la personne : l'ànie y parlait si clairement, quechaque pli du visage, chaque regard, annonçait et expliquait lesmouvements du corps. Je n'ai jamais vu deux yeux comme ceux-

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