‹ Nouvelles et fantaisies humoristiquesChapitre 78 sur 92 · SEPTIEME TABLEAU · texte numérisé non relu

SEPTIEME TABLEAU

Un cachot dans une prison. Une table, un banc et Je la paille dans un coin. Une cruche d'eau.

LE VOYAGEUR, UN GUICHETIER, DEUX GENDARMES, UN ÉPICIER, CHŒUR DE GAMINS, UNE JEUNE FILLE, UN MONSIEUR, LE SOUS-PRÉFET.

LE GUICHETIER, apportant un pain de munition et une écuelle pleine de choux et de haricoU nageant dans de Teau chaude. — Voici VOtl'C dîner. VoUS aVOZ là

une cruche d'eau excellente. J'ai renouvelé votre paille et bien balayé et arrosé les dalles. Si vous désirez que je jette de la poudre insecticide, c'est quinze .sous. Vous serez très bien ici. Je suis fâché de n'avoir pu vous loger ailleurs que dans le cachot des condamnés à mort, mais je n'ai pas un coin de libre. D'ailleurs vous n'y resterez pas longtemps, car le gendarme qui vous a amené m'a dit qu'en vous arrêtant il était sûr que ce n'était pas vous....

LE VOYAGEUR. — Alors jc 110 m'oxpliquc pas qu'il m'ait arrêté.

LE GUICHETIER. — Il avait des ordres. On surveille la frontière, vous savez I

LE VOYAGEUR. — Si j'avais eu un passeport , cela ne me serait pas arrivé.

DEUX GENDARMES , entrant dans le cachot. — NoUS VCHOUS VOUS

chercher pour aller devant le sous-préfet , .suivez-nous.

Ils l'emmènent.

UN EPICIER, le regardant sous le nez — Oh ! Oll !

i.Ks l'i.Aisiii^ 1)1 vovu.r: 239

CHŒni DE GAMINS. — Olié ! Olic I A-t-il l'ail- mécliaiU ce moineau-Iù !

UNE JEUNE FILLE. — Ticiis ! qu'cst-cc qu'oii (lisait donc, •liTil ('[ait licaii ot liien tourné !

UN MONSIEUR. — Fi^'urc (Ic scéicrat viil^niiic tout uniment.

LE PREMIER GEND.\RME. — Nous voilà ariivcs. Knlroz.

LE S0US-PRi5fET, dans son cabinet où on a Tait entrer le voyageur. — MOH-

sieur, je suis désolé, désole, vraiment désolé ! Je ne comprends pas qu'on ait pu se méprendre à ce point. Vous êtes châtain, ^ras, un peu chauve, le teint clair et coloré, et celui pour lequel on vous a arrêté est un homme de six pieds, jaune, sec et grisonnant. (Aux gendarmes:) Vous pouvez sortir, monsieur est lihre. (au voyageur:) Monsieur, je vous en prie, disposez de moi. Je veux faire tout pour vous faire oublier ce désagrément abominal)le.

LE voyageur. — Monsieur le sous-préfet, je comprends très bien que dans les circonstances où nous nous trouvons on s'expose, en passant la frontière, à être pris pour un autre... Indiquez-moi le chemin le plus court pour me rendre à l'embarcadère du chemin de 1er : c'est le plus agréable service que vous me puissiez rendre, et le plus pressé, car je viens de faire un voyage tellement accidenté que j'ai hûte , je ne le cache pas, de rentrer à Paris.

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