NEUVIÈME T.\BLEAU
Un compartiment de premières dans l'express de Paris. Le train fait des soubresauts terribles et linit par s'arrêter au milieu d'un tunnel. On entend lâcher la vapeur et hurler le sifflet.
LE VOYAGEUR. — Cc monsicur me l'avait bien dit. Nous sommes perdus.
UN CONDUCTEUR, passant le long des marchepieds. — Ne deSCendcZ
pas I Ne descendez pas I
Deox cents voyagenrs ouvrent les portières et saotent des deux cAtés sor la voie.
LES VOYAGEURS. — Qu'est-ce qu'il y a ? Ou'est-cc que c'est ?
LE CONDUCTEUR , courant de l'un à l'autre et les bousculant avec frénésie. —
Mais renlrezdonr, remontt^z donc, malheureux! il arrive sur nous un train de niairhaiulises et vous allez ôlre tous écrasés !
LES VOYAGEURS, se précipitant vert les portières — Ah ! Oll ! Vite !
Ah mon Dieu ! Oh là là I
LE CONDUCTEUR. — A la honne heure. Ce n'est rien. C'est la hielle qui est cas.sée, et nous en avons une de rechange comme le veut le règlement. Justement il y a dans le train un ingénieur de l'exploitation. Ce .sera l'allaire d'un quartd'heure.
UN MONSIEUR BIENVEILLANT, an voyageur. — Vraiment si ICS
voyageurs savaient quelle minutieu.se .sollicitude veille sur
leur sécurité, ils ne se plaindraient pas, comme ils le font, des administrations des chemins de fer.
LE CONDUCTEUR, passant le long de la voie. — YOUS pOUYCZ descendre
si VOUS voulez. Nous avions bien une bielle de rechange, mais elle n'est pas du numéro voulu. On a demandé une machine de secours et nous en avons pour deux ou trois heures. LE VOYAGEUR. — Je ne reverrai jamais Paris !
DIXIEME T.IBLEAU
Une gare d'arrivée à Paris. Un troupeau de voyageurs effarés court tumultueusement vers la salle des bagages. Au bout de trois quartsd'heure les portes de cette salle s'ouvrent.
LE VOY'AGEUR, après avoir parcouru, d'abord au pas, puis au trot, puis au galop, toute la ligne des colis, reste consterné. Ses bagages manquent. (A un surveillant :) —
Monsieur, je ne retrouve pas mes bagages.
LE SURVEILLANT. — Pardou, monsieur, je suis à vous.
On enlève successivement tous les colis. LE VOYAGEUR, à un homme de peine. — MCS bagagCS manquent.
Ils ne sont pas là.
l'homme DE PEINE. — Ce n'cst pas possible. On aura oublié de les apporter. Venez avec moi sur le quai.
LE VOYAGEUR, cherchant sur le qnai. — Ils u'v SOUt paS.
l'hom.me DE PEINE. — Je vas voir sur la feuille.
LE VOYAGEUR, seul. — Pourvu qu'ils ne soient pas restés à la gare... (Arhomme de peine:) Pourvu qu'ils ne soient pas restés...
l'homme DE PEINE. — Y a pas de danger I Attendez... attendez... voyons donc... Ah!.. Cerceau-la-Toupie pour Paris! voilà. (Un moment de silence.) Je n'v conçois ricn... c'cst à ii'y rien comprendre....
LE VOYAGEUR. — Eh bien?