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Nouvelles et mélanges

Si la première place , en littérature comme en toutes choses, appartient aux hommes dont le talent ou le génie a rendu tout ce qu'il pouvait rendre, un intérêt, sinon plus vif, au moins plus affectueux ou plus tendre, s'attache à ceux qui, par leur fin prématurée, la disposition particulière de leur esprit ou la faute des circonstances, ollrent, dans l'ensemble de leur vie et de leurs ouvrages, ce je ne sais quoi d'inachevé (jui ne s'accorde, hélas ! que trop bien avec la destinée de l'homme et les tristes conditions de son passage ici-bas. Ceux-là, on les aime à la fois pour ce qu'ils ont fait et pour ce qu'ils auraient pu faire ; si l'on regrette qu'ils n'aient pas laissé une trace plus profonde, ce n'est pas à eux qu'on s'en prend ; c'est à leur temps, à l'absence de ces convictions vigoureuses qui sont la sève des âmes, à ce sentiment de lassitude préventive qui arrête en chemin certains esprits très-fins et très-justes, faute d'être assez sûrs de leur force, de leur marche et de leur but. Il nous semble alors que nous sommes tous complices de leurs défaillances, qu'elles établissent entre eux et nous un lien de plus et que c'est pour avoir partagé nos ennuis et nos mécomptes qu'ils ont ainsi disparu sans avoir dit leur dernier mot. Toutefois, comme il ne mantpie pas, pendant ce temps, de noms sonores et de vanités bruyantes pour occui)er le devant do la scène cl absorber rattenliun, il n'rst pas rare

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que ces sulnes cl discrets amants de la renommée vivent et meurent dans une sorte de demi-silence et de demi-jour, dont ils ne paraissent ni s'effrayer, ni se plaindre. On dirait que lem- mort ne laisse pas de vide parce que leur existence ne fait pas de bruit. Patience ! au bout de quelques années, l'on revient à eux, non pas par une de ces réactions violentes et criardes qu'eût réprouvées leur bon sens, mais par cet attrait réflécbi qu'ils ont ambitionné et qui leur survit. Leur pliYsionomie s'éclaire par la distance ; leur souvenir se ranime en s'éloignant, et c'est, pour ainsi dire, la revanche de ces talents et de ces hommes, que, peu prônés de leur vivant, peu entourés à leur dernière heure, leur gloire commence au moment où celle de beaucoup d'autres finit. Voilà ce qui est arrivé pom^ Charles de Bernard.

Avant de parcourir la liste de ses ouvrages, de caractériser sa manière et de chercher à fixer sa place dans le roman contemporain, disons un mot de sa personne et de sa vie. Ou a répété bien souvent que la vie d'mi écrivain ou d'un artiste était toute entière dans ses œmTCs. L'adage n'est vrai qu'à moitié comme presque tous les adages. Sans doute, pour ne parler que des auteurs, le principal élément d'intérêt de leur biographie réside dans les créations de leur pensée; mais ces créations mêmes, il est difficile de les explicjuer ou de les comprendre si l'on ne pénètre quelque peu dans ces existences dont elles ne présentent que le côté extérieur et public. Cest probablement pour aplanir cette diftîcvdté ([ne les écrivains de notre opo(iue ont été en général si prodigues de détails biographiques et conlideiitiols sur leur famille, leur enfance, lem"s habitudes, sur la filiation mystérieuse qui rattache ce qu'ils ont écrit à ce qu'ils ont vu, l'ait, senti, aimé, souffert. Leurs historiens, s'ils en ont jamais, seront fort embarrassés d'apprendre au lecteur quelque chose de nouveau , à moins d'inventer ou de mentir, ce (pii ne sera pas non plus une bien giande nouveauté. Ciiarles de Bernard, lui , a été de celte race réservée etsilencieuse des La Bruyère etdesLeSagc, qui pensent que l'esprit a sa pudeur connue la beauté, et

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(jui font consister la célébrité vérital)le à forcer le puitlii" de parler d'eux sans jamais en parler eu.v-mèmes. Il a tout laissé à faire à son biographe^ et s'il \ a lieu de restreindre cette partie de ma tâche, ce n'est pas crainte de répéter ce qu'il aurait déjà dit, mais plutôt de dire ce qu'il eût mieux aimé taire.

Charles de Bernard naquit à Besançon, le 24 février 1804. Sa fiimille , originaire du Vivarais , était de très-ancienne noblesse. La branche aînée, qui porte les noms de Bernard du Grail de Talande, a son chef en Languedoc. Charles de Bernard était de la branche cadette, qu'on appelait aussi de la Villette, du nom d'une terre qu'elle possédait avant la Révolution. Le grand-père de Charles, cadet plus riche d'honneur et de parchemins que d'écus, servait à Besançon dans la maréchaussée; l'on put remarquer dès lors, enlre cette ancienneté de race et cette médiocrité de fortune, un contraste dont l'auteur de Gerfaut et du Nœud Gordien semble s'être souvenu, non pas pour s'irriter ou se plaindre, mais pour se résigner avec grâce et parfois avec ironie.

Il débuta par la poésie, car c'est presque toujours ainsi que l'on conuTiencc, sauf à descendre plus tard à la prose, et à fondre, dans une proportion plus ou moins juste, les rêveries du premier jour avec les réalités du lendemain. C'est en 1 SiU que nous voyons son nom pour la première fois, dans un concours des Jeux FloraiLX de Toulouse. L'Académie couronna une pièce de lui, intitulée vue Fêle de Néron. Rappelons ici, pour les amateurs de syn,chronismcs littéraires, que, la même année, en novembre ou décembre, l'Odéon joua, sous le même titre, une tragédie de Soumet et Belmontel, et fpie, vers la même époque, M. Victor Hugo venait de publier, dans un de ses volumes d'Odes et Ballades, Un chant de Fêle (le Xrron, resté au ni>ud»re des morceaux les plus remarquables de sa première manière.

l'eu après la Révolution de juillet, Charles de Bernard, .ilors âgé de vingt-six ans, se lança dans la polémiiiue politique : autre illusion, moins gracieuse que la poésie, et qui [•artagea avec elle l'honneur de passionner la jeunesse de ce

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