LA FRANCE
lité, et admettre avec leur bon sens pratique, que demain les plus grands hommes politiques, les plus riches négociants, les meilleurs employés du service civil, enfin ceux qui réussiront le mieux et le plus vite, seront ceux qui parleront bien les deux langues.
» En Suisse, où une partie de la population est française et l'autre allemande, tout homme public est forcé d'être maître de ces deux langues. Nous sommes placés en de pareilles circonstances. Beaucoup d'entre nous, je le sais, déplorent cette nécessité, et la considèrent comme une reculade du progès saxon. Qu'ils apprennent donc une fois pour toutes, que le contact de races et de langues différentes n'a jamais nui à l'avancement d'un pays.
« La Belgique où on enseigne officiellement le flamand et le français, l'Écosse où l'université d'Edimbourg est fière de sa chaire de gaélique, la Suisse, ainsi que nous l'avons dit, n'ont-ils pas la paix, l'union, la prospérité, l'aisance ? La chute de l'empire Romain n'a pas commencé lorsque les philosophes et les orateurs se mettaient en voyage pour apprendre les dialectes des différentes colonies lointaines, mais lorsque le peuple roi a cessé d'être tolérant, et que dans son indolence, il a fait faire par ses esclaves ce qu'il aurait dû faire lui-même ».
Tout commentaire sur ces belles paroles serait superflu ; le meilleur des nôtres n'aurait pas mieux parlé.
Il n'est pourtant pas inutile d'ajouter qu'il faut se mettre en garde contre une tendance déplorable et vraiment incompréhensible : celle de se servir à chaque instant de mots anglais lorsque nous parlons français, comme si notre langue n'était pas asez riche pour exprimer toutes nos pensées.
Je ne parle pas de ceux qui dérogent, qui oublient leurs traditions nationales, leur langue maternelle, voire même jusqu'à troquer leur nom. Ces défections sont rares, Dieu merci ! et il vaut mieux qu'il en soit ainsi ; c'est l'ivraie qui se sépare du bon grain. Ce n'est pas là où est le danger, mais bien dans cet oubli, dans cette manie d'un certain nombre chez qui le cœur et l'esprit ne font pourtant pas défaut, mais qui ne prennent pas la peine de s'exprimer en bon français lorsqu'ils pourraient le faire.
C'est alors qu'il faut répéter et apprendre à nos enfants quelques-unes des belles strophes de nos poètes nationaux, qui entretiendront la chaleur et la vie de notre patriotisme :
« Oh I bientôt puissions-nous, ô drapeau de nos pères ! » Voir tous les Canadiens, unis comme des frères, » Comme au jour du combat se serrer près de toi ! » Puisse des souvenirs la tradition sainte, » En régnant dans leur cœur, garder de toute atteinte » Et leur langue et leur foi » 1