LA FRANGE
» me à tous les sentiments dignes ; elle comprend » votre cœur et seconde votre esprit. Si vous » la possédez, rien ne vous décidera jamais à y » renoncer ; vous la garderez comme votre meil- » leur ami (1) ».
Évitons avec un soin jaloux les expressions anglaises, si désagréables à une oreille française, et qui prêtent si souvent à des aventures ridicules (2).
Nous avons beaucoup de plaisir à citer ici quelques fragments d'un discours que vient de prononcer un professeur de l'université du Nouveau-Brunswick, discours plein d'actualité, et qui a bien sa place ici. J'en emprunte la traduction au Canadien qui l'a récemment publié.
« Quel sera le langage de la Puissance du Canada, écrit-il ? Il suppose qu'il n'y a pas deux réponses à faire à cette question. Le Canada
(1) Oscar Dunn.
(2) Le défunt évêque anglican, le très révérend Mountain voyageait un jour en bateau à vapeur. L'équipage était canadienfrançais. Rendu vis-à-vis les Piliers, il s'adresse à un matelot, et lui demande quel est le nom français de cette construction particulière qu'on aperçoit sur l'Ile... « Ça, dit le matelot, c'est une litousse (light house) ».
« — Litousse, reprend l'évêque, mais je croyais que le mot français était phare.
— C'est là ce qui vous trompe, riposta le matelot, litousse est le mot français, et phare le mot anglais ». Dr Hubert LaRue — Mélanges, vol. I.
Un bambin, sortant un jour avec sa mère de chez un de nos marchands, lui demande s'il y avait des voleurs dans ce magasinlà. Ayant entendu le commis crier cash, dès que sa mère eût payé son achat, il avait compris qu'il disait de cacher l'argent.
(Le mot caisse n'est pourtant ni plus long ni plus difficile à dire.)
J'ai entendu demander un jour une fausse carte (il voulait dire post-card) comme si le mot français carte-poste requérait un grand effort d'esprit.
En France et dans les autres pays où l'on parle le français, les détailleurs de produits alimentaires sont appelés Épiciers. On ferait peut-être aussi bien d'adopter le même, au lieu de dire et d'écrire grocer, groceur ou grosseur...
est une colonie anglaise. Nous vivons sous le drapeau britannique, et toute personne qui l'insulterait serait foulée aux pieds et conspuée. Nous ne pouvons pourtant oublier que l'élément français entre pour un tiers de notre population, qu'il est fortement uni sur les questions de race, qu'il est uni, intelligent, et que malgré son isolement de tout courant migratoire français (1), qu'il s'accroît d'une façon vraiment prodigieuse.
» L'élément canadien-français envahit en ce moment les États de la Nouvelle-Angleterre ; il refoule la race saxonne dans l'Est d'Ontario, et il greffe partout dans l'Ouest, des colonies nombreuses et prospères.
» Quant aux Acadiens, n'étaient-ils pas il y a quelques années, des inconnus, des ignorants, presque tous voués à la superstition et à notre mépris ? Aujourd'hui, leur influence se fait sentir à Ottawa, jusque dans les conseils de la nation. Partout où ils ont un centre, ils possèdent un collège, et nous subissons leur influence. En face de tous ces faits, nous sommes forcés d'admettre que dans la puissance du Canada, il nous fait maintenant parler deux langues. Ceux qui naguère souriaient à l'idée de voir la langue française disparaître, peuvent faire et pour toujours, leur deuil de cette illusion.
» Il y a cinquante ans la chose était possible, aujourd'hui c'est la plus ridicule des utopies. Les Anglais doivent s'incliner devant cette fata-
(1) Depuis quelques années, un réveil patriotique s'est opéré dans les esprits. Nos relations et nos échanges avec la France ont considérablement augmenté. Plusieurs français marquants nous ont visités ou se sont établis au milieu de nous, et bon nombre de nos compatriotes vont tous les ans revoir la mère-patrie. Nous sommes maintenant connus là-bas, et tout nous indique qu'un courant d'émigration considérable est à la veille de s'établir.
Cette vieille mère semble être disposée à se faire pardonner un siècle d'oubli.