‹ Nouvelles études chimiques sur le sangChapitre 5 sur 5 · AYANT POUR TITRE · texte numérisé non relu

AYANT POUR TITRE

Commissaires :

MM. DUMAS, ANDRAL, THÉNARD, rapporteur (1).

« L'auteur du Mémoire dont nous avons à rendre compte a déjà fait des observations remarquables sur le sang; il est parvenu, dans des recherches qui datent de 1830, à en extraire la matière colorante, qu'il a étudiée avec soin et qu'on a depuis désignée sous le nom d'hcmnlonne.

» Aujourd'hui il se propose de résoudre les trois questions suivantes :

» 1° Le sang, d'après l'analyse microscopique, n'étant évidemment formé que de globules rouges ou bruns rouges tenus en suspension dans un liquide jaunâtre et limpide, appelé sérum, est-ce dans les globules ou le sérum, ou tout à la fois dans ces deux liquides, que se trouve la flbrine ?

» 2° Comment parvenir à séparer complètement les globules sanguins du sérum au milieu duquel ils nagent

( i ) Extrait des Comptes-Rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des Sciences, par MM. les Secrétaires perpétuels, séance du 9 août

et roulent sans cesse pendant la circulation dans les animaux vivants ?

» 3° Quelle est la composition chimique des globules sanguins 1

» Ces trois questions sont importantes.

» L'auteur résout la première d'une manière fort simple. S' étant assuré que le sulfate de soude en dissolution concentrée s'oppose à la précipitation de la fibrine, et est sans action sur les globules du sang, il reçoit le sang à la sortie de la veine ou de l'artère dans de l'eau saturée de sulfate de soude à + 12 degrés, puis il filtre le liquide à travers le papier joseph. Tous les globules restent sur le filtre. Le sérum, au contraire, tenant en dissolution toute la fibrine, passe à travers ; et lorsqu'on vient à l'étendre de huit à neuf fois son volume d'eau, la fibrine s'en précipite tout entière en filaments gélatineux ; il n'en reste point ou il n'en reste tout au plus que des traces dans la liqueur filtrée. Or, comme on verra tout à l'heure que les globules ne contiennent point de fibrine, il s'ensuit que cette substance ne fait partie que du sérum.

» Mais comment se procurer tous les globules sanguins purs , ou plutôt comment les séparer complètement du sérum dans lequel ils sont tenus en suspension?

» Les globules possèdent une propriété remarquable, c'est de ne pouvoir être attaqués par les dissolutions salines, et surtout par la solution saturée de sulfate de soude. Il suffira donc de les laver avec cette solution, a la température de+ 12 degrés, pour enlever tout le sérum qui pourrait être adhérent a. leur enveloppe. Déjcà le sulfate de soude avait été employé pour

opérer cette séparation; mais on commençait par extraire la fibrine en battant le sang, puis, après avoir ajouté le sulfate de soude au sang battu, les globules en étaient séparés par le filtre.

» Enfin, quelle est la composition des globules sanguins ?

» Ils contiendraient, suivant l'auteur, jusqu'à huit substances diverses :

» 1° De l'hématosine;

» 2° Beaucoup d'une substance qui a été signalée par Berzelius, par MM. Gmelin et Mulder, et qu'ils ont nommée globuline;

» 3° Très-peu d'albumine;

» 4° Une matière fibrineuse qui leur sert d'enveloppe ;

» 5° Une matière animale dite extractive et soluble dans l'alcool et l'étber; » 6° Une matière grasse;

» 7° Divers sels, au nombre desquels sont des chlorures, des phosphates et des carbonates alcalins;

» 8° De l'eau qui, sauf l'enveloppe, tient toutes ces matières en dissolution.

» La propriété qu'a l'eau de dissoudre les globules, moins leur enveloppe, permet d'isoler celle-ci. Lorsque ensuite la liqueur filtrée est soumise à 1 ebullition, l'hématosine, la globuline, l'albumine se coagulent; la matière dite extractive, les sels, la matière grasse restent, au contraire, en dissolution. De là les moyens de grouper les substances immédiates qui constituent les globules, et de les séparer ensuite en mettant à profit l'action qu'exercent sur elles les différents dis-

solvants. C'est ce qu'a essaye' de faire avec soin M. Le Canu.

» Parmi les diverses substances immédiates qui, par leur réunion, composent les globules sanguins, il en est qui méritent de fixer un instant l'attention de l'Académie.

» Au premier rang est l'hématosine. Dans l'état où elle avait été obtenue par l'auteur en 1830 et 1837, elle contenait encore de l'albumine. M. Le Canu parvient à l'en séparer. Ainsi purifiée, l'hématosine, substance si remarquable, est soluble dans l'alcool concentré; elle se dissout même très-facilement dans 1 ether à la température ordinaire, en lui donnant une belle couleur rouge de sang, et s'en dépose par l'évaporation spontanée sous {'orme de petiles lamelles d'éclat métallique et de couleur améthyste, tout à fait semblables à l'argent rouge.

» Vient ensuite la globuline. Signalée, comme nous l'avons dit précédemment, par Berzelius, M. Gmelin et M. Mulder, M. Le Canu l'a mieux caractérisée et a démontré qu'elle constituait une grande partie des globules et ne faisait point partie du sérum ; elle se distingue, d'ailleurs, de l'albumine, avec laquelle elle a de grands rapports, par la propriété qu'elle a de se dissoudre à chaud dans l'alcool à 20 degrés, et de ne pas être précipitée par le sous-acétate de plomb.

» La matière fibrineuse doit être aussi l'objet de quelques remarques ; c'est elle qui forme l'enveloppe des globules sanguins et qui permet de concevoir comment il peut se faire que les globules soient si solubles dans l'eau et la teignent à l'instant en un beau

rouge, tandis qu'ils ne colorent ni le sérum, au milieu duquel ils nagent, ni l'eau saturée 4es sels et surtout du sulfate de soude. La cause en est évidente : c'est que la matière fibrineuse constitue une sorte de membrane, imperméable soit au liquide albumineux, soit aux dissolutions salines ; et si, quand on fouette le sang à la manière des bouchers, il reste coloré, c'est sans doute parce qu'on brise l'enveloppe des globules, et qu'alors rien ne s'oppose plus à leur mélange avec le sérum.

» Aussi, lorsqu'après avoir violemment agité le sang, on abandonne le liquide au repos, la matière fibrineuse se dépose-l-elle en lamelles incolores, translucides, à reflets nacrés, flexibles et malléables au plus haut degré.

» La substance dont elle se rapproche le plus, et avec laquelle on serait tenté de la confondre, est la fibrine. Cependant elle en diffère, surtout par sa résistance à l'action dissolvante de la potasse caustique L'eau, chargée d'un dixième de son poids d'alcali, dissout même à froid la fibrine hydratée, et ne dissout même pas l'enveloppe des globules à la température de l'ébullition.

» Enfin, disons un mot de l'albumine des globules. N'est-il pas extraordinaire que les globules sanguins en contiennent si peu, lorsque le sérum dans lequel ils nagent en est presque entièrement formé, et ne seraiton pas autorisé à soupçonner jusqu'à un certain point qu'elle pourrait peut-être ne provenir que de ce que les globules en auraient absorbé une quantité sensible?

» Quoi qu'il en soit, il ressort évidemment de ces observations que les matières animales qui composent le sérum sont essentiellement différentes de celles qui composent les globules sanguins.

» Le sérum ne contient que de l'albumine et de la fibrine; point de globuline, point d'hématosine. Les globules sanguins ne contiennent au contraire que de l'hématosine, de la globuline, de la matière fibrineuse, point de fibrine, peu d'albumine.

» Tels sont les principaux faits qu'a observés M. Le Canu. Il a le projet de continuer ses recherches : nous ne saurions trop l'y encourager.

» En effet, que de questions encore à éclaircir ou à résoudre ! Qu'il nous soit permis d'en indiquer quelques-unes.

» 1° Refaire et répéter plusieurs fois l'analyse des divers sangs veineux et celle du sang>rtériel, en tenant compte, autant que possible, des influences qui pourraient en modifier la composition ;

» 2° Constater avec grand soin la différence qui existe entre la nature de l'un et celle de l'autre ;

» 3° Déterminer la proportion des principes constituants de l'hématosine, de la globuline et de l'enveloppe des globules sanguins ;

» 4° En quoi l'hématosine du sang artériel diffèret-elle de l'hématosine du sang veineux?

» 5° Quelle est l'action qu'exercent l'oxygène et les principaux gaz sur le sang veineux et le sang artériel?

» 6° Le sang veineux est-il transformé en vrai san g artériel dans son contact avec l'oxygène, hors de la circulation? Le sang artériel est-il ramené à l'état d

sang veineux par l'action du gaz azote, dujjgaz carbonique, du gaz hydrogène, dans les mêmes circonstances?

» 7° Quelle est la densité du sérum et celle des globules sanguins dans la même espèce de sang ?

» 8° Pourquoi le sang abandonné au repos se prendil en masse, même lorsqu'on le maintient au degré de la chaleur animale, et qu'on le met en mouvement? Comment se fait-il que les sels du sérum, qui tiennent la fibrine en dissolution dans les artères et les veines, de concert avec l'albumine peut-être, cessent de la dissoudre quand le sang en est extrait? L'air entre-t-il pour quelque chose dans ce phénomène extraordinaire?

» 9° En quoi les matériaux du sang diffèrent-ils réellement des matériaux du chyle et de ceux de la lymphe?

» 1 0° Comment s'opère la transformation du chyle et de la lymphe en sang?

» 11° N'y aurait-il pas quelque analogie entre l'enveloppe des globules et la substance qui constitue les veines et les artères?

» 12° Nous ne saurions trop recommander aux physiciens de rechercher dans des phénomènes d'optique, entre autres dans celui des anneaux colorés, la mesure des dimensions des globules du sang ; ils trouveront à ce sujet des remarques intéressantes dans l'ouvrage du célèbre docteur Thomas Young, intitulé : Médical Littérature. (Question proposée par M. Arago.)

» Toutes ces questions, et tant d'autres encore qu'on pourrait y ajouter, sont d'une haute importance. Déjà même elles ont fait, pour la plupart, l'objet des recherches d'hommes très-distingués. Mais le sang joue

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un si grand rôle dans l'économie animale, qu'on ne saurait trop s'en occuper. C'est un sujet d'étude auquel la vie tout entière d'un physiologiste habile, d'un savant chimiste, pourrait être consacrée avec fruit. Une remarque nouvelle, quand elle s'applique à la nature ou aux fonctions du sang, n'est jamais sans une réelle valeur.

» Aussi lira-t-on avec un grand intérêt les observations que M. Le Canu a faites sur l'existence et la dissolution de la fibrine dans le sérum ; sur le moyen simple et ingénieux qu'il emploie pour démontrer ce fait important ; sur l'hématosine qu'il parvient à obtenir pure, et qui est si riche en couleur, qu'elle entre à peine pour 0,32 dans la composition de 100 parties de sang; sur la globuline, dont on ne trouve aucune trace dans le sérum, quoique très-abondante dans les globules sanguins; sur la production de la couenne (dite inflammatoire); enfin, sur la matière fibrineusc qui sert d'enveloppe aux globules, et qui, perméable a l'eau, ne l'est plus au sérum ou à l'eau chargée de sels de nature différente.

» C'est pourquoi nous n'hésitons pas à proposer à l'Académie de décider que le Mémoire de M. Le Canu sera imprimé dans le Recueil des Savants étrangers.

Les conclusions de ce Rapport sont adoptées.

Paris. —Typographie de M™ Ve Dondey-Dupré, rue Saint-Louis, 46, au Marais.

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