DE LA LANGUE FRANÇAISE
Il n'est pas un de nous qui ne se soit entendu dire, et par les gens les mieux intentionnés : « Le temps n'esl plus à la politique; pourquoi ne faites-vous pas de la littérature? n C'est comme ce mot connu qu'on prêtait à Marie- Antoinette: « Je ne comprends pas que ce peuple demande du pain quand il y a de si bons gâteaux chez les pâtissiers. » 11 y a ainsi, de par le monde, nombre de gens qui s'imaginent que l'esprit peut se couper en tran- « lies comme un melon ou un ananas, ou qu'il est construit comme le grand bateau le Créât eastem, en compartiments parfaitement isolés les uns des autres. Dans ce système, il y a une case pour la religion, une autre pour la philosophie, une pour la foi, une pour la raison, une pour la politique, une pour la littérature, une pour l'histoire ancienne, une pour l'histoire moderne, et ces diverses entités vivent ensemble sans se connaître et sans se parler, absolument comme des Anglais qui n'auraient pas été présentés. Le malheur est que l'esprit humain n'est point ainsi fait; il respire tout d'une pièce. Et pas plus que la pensée ne peut se scinder, elle ne peut se taire; il faut qu'elle parle ou qu'elle meure.
Voilà pourquoi votre fdle est muette, et pourquoi la langue française perd l'empire du monde.