‹ Nouvelles études d'histoire religieuseChapitre 123 sur 124 · UC · texte numérisé non relu

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Spinoza lurent encore plus mal reçues; on l’anaihémalisa, et il dut se soumettre à une excommunication qu’il n’avait pas recherchée. Bien vieille histoire. Messieurs, que celle-là ! Les communions religieuses, berceaux bienfaisants de tant de sérieux et de vertu, n’admettent pas qu’on ne se renferme point exclusivement dans leur sein; elles ont la prétèntion d’emprisonner à jamais la vie qui a pris chez elles ses commencements; elles traitent d’apostasie la légitime émancipation de l’esprit qui cherche à voler seul. On croit entendre l’œuf accuser d’ingratitude l’oiseau qui s’en est échappé; l’œuf a été nécessaire à sa date, puis il devient une gène; il faut qu’il soit brisé. Merveille vraiment qu’Érasme de Rotterdam se soit trouvé à l’étroit dans sa cellule, que Luther n’ait pas préféré ses vœux de moine au vœu bien autrement saint que tout homme a contracté, par le seul fait de son être envers la vérité! C’est dans le cas où Érasme eût persisté dans sa routine monastique, où Luther eût continué à distribuer des brevets d’indulgence, qu’ils eussent mérité d’être appelés apostats. Spinoza a été le plus grand des juifs modernes, et le judaïsme l’a exilé; rien de plus simple : cela devait être; celasera toujours. Les symboles finis, prison de l’esprit infini, protestent éternellement contre l’effort de l’idéalisme pour les élargir. L’esprit, de

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son côté, lutte éternellement pour avoir plus d’air et de jour. Il y a dix-huit cent cinquante ans, la synagogue déclara séducteur celui qui devait taire la fortune sans égale des maximes de la synagogue. Et l’Église chrétienne, combien de fois n’a-t-elle pas chassé de son sein ceux qui devaient lui faire le plus d’honneur? Le devoir en pareil cas est accompli, Messieurs, quand on garde un pieux souvenir de l’éducation qu’on a reçue dans son enfance. Libre aux vieilles Églises d’accuser de sacrilège celui qui les quitte ; elles ne réussiront pas à obtenir de nous un autre sentiment que celui de la reconnaissance; car, après tout, le mal qu’elles peuvent nous faire n’est rien auprès du bien qu’elles nous ont fait.

Voilà donc l’excommunié de la svnagon ne d’Amsterdam forcé de se créer une demeure spirituelle hors de la maison qui ne voulait plus de lui. Il avait les plus grandes sympathies pour le christianisme; mais il craignait toutes les chaînes; il ne l’embrassa pas. Descartes venait de renouveler la philosophie par son rationalisme ferme et sobre; Descartes fut

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son maîire ; il prit les problèmes où les avait portés ce «rand esprit : il vit que sa théologie, par crainte de la Sorbonne, était restée toujours un peu sèche. Oldenbnrg lui demandant un jour quel délaut il trouvait à la philosophie de Descaries et de llacon, Spinoza répondit que le principal était qu’ils ne s’occupaient pas assez de la cause première. Peutêtre ses souvenirs de théologie juive, cette antique sagesse des Hébreux devant laquelle il s’incline fréquemment, lui suggéraient-ils à cet égard des vues plus hautes, des aspirations plus ambitieuses. Non seulementles idées du vulgaire, maismcme celles des penseurs -sur la divinité lui parurent insuffisantes: il vit bien qu’on ne saurait faire à l’infini une part limitée, que la Divinité est tout ou rien, que, si le devin est quelque chose, il doit tout pénétrer. Durant vingt ans, il médita sur ces problèmes sans en détacher un moment sa pensée. Le dégoût des systèmes et des formules abstraites ne nous permet plus aujourd’hui d’accepter d’une manière absolue les propositions dans lesquelles il crut enfermer les secrets de l’infini. L’univers pour Spinoza, comme pour Descartes, n’était qii’étendiie et pensée; la chimie et la physiologie manquaient à cette grande école, trop exclusivement géométrique et mécanique. Étranger à l’idée de la vie et aux notions sur la constitution

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des corps que la chimie devait révéler, trop attaché encore aux expressions scolastiques de substance et d’attribut, Spinoza n’arriva point à cet infini vivant et fécond que la science de la nature et de l’hisloire nous montre présidant dans l’espace sans bornes à un développement toujours de plus en plus intense ; mais, à part quelque sécheresse dans l’expression , quelle grandeur dans cette inflexible déduction géométrique, aboutissant à la proposition suprême : « Il est de la nature de la substance de se développer nécessairement par une infinité d’attributs infinis, infiniment modifiés ! v Dieu est ainsi la pensée absolue, la conscience universelle. L’idéal existe, il est même la vraie existence; le reste n’est qu’apparence vaine. Les corps et les âmes sont de purs modes, dont Dieu est la substance ; il n’y a que les modes qui tombent dans la durée; la substance est toute dans l’éternité. De la sorte, Dieu ne se prouve pas, son existence résulte de son idée seule; tout le contient et le suppose. Dieu est la condition de toute existence, de toute pensée. Si Dieu n’existait pas, la pensée pourrait concevoir plus que la nature ne pourrait fournir, ce qui est contradictoire.

Spinoza ne vit pas clairement le progrès universel ; le monde comme il le conçoit semble cristallisé, en quelque sorte, dans une matière qui est l’étendue

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incomiplihle, dans une âme qui est la pensée immuable ; le sentiment de Dieu lui enlève le sentiment de l’homme; sans cesse en face de l’infini, il n’aperçut pas suffisamment ce qui se cache de divin dans les manifestations relatives; mais il vit mieux que personne l’éternelle identité qui sert de hase à toutes les évolutions passagères. Tout ce qui est borné lui sembla frivole et indigne d’occuper un philosophe. D’un vol hardi, il atteignit les hauts sommets couverts de neige, sans avoir un regard pour le riche épanouissement de vie qui se produit au flanc de la montagne. A cette hauteur, où toute autre poitrine que la sienne devient haletante, il vit, il jouit; il s’y épanouit comme fait le commun des hommes dans les molles régions tempérées. Ce qu’il lui faut à lui, c’est l’air du glacier, avec son âpreté forte et pénétrante. II ne demande pas qu’on l’y suive; il est comme Moïse, à qui se révèlent sur la montagne des secrets inconnus au vulgaire; mais croyez-le, Messieurs, il a été le Voyant de son âge; il a été à son heure celui qui a vu le plus profond en Dieu.

On croirait qu’isolé sur ces cimes neigeuses, il

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aurait dû être dans les choses humaines un esprit faux, un utopiste, ou un sceptique dédaigneux? Il n’en était rien, Messieurs. L’application de ses principes aux sociétés humaines le préoccupait sans cesse. Le pessimisme dellohhesel les rêves de Thomas Morus lui répugnaient également. Une moitié au moins du Traité théologico-politique, paru en 1670, pourrait être réimprimée aujourd’hui sans rien perdre de son à-propos. Écoutez ce titre admirable ; Tractatus theologico-polilicus, conlinens disserlationes aliquot quibus ostendilur lihertatem philosophandi non tantum salva pietate et reipublicœ pace passe concedi sed eamdem nisi cum pace reipublicæ ipsaque pietate coli non passe. On s’imaginait depuis des siècles que la société repose sur des dogmes métaphysiques; Spinoza voit avec justesse que les dogmes prétendus nécessaires à l’humanité ne sauraient échapper à la discussion; que la révélation même, s’il y en a une, traversant, pour arriver jusqu’à nous, les facultés de l’esprit humain, n’échappe pas plus que le reste à la critique. Je voudrais pouvoir vous citer tout entier cet admirable chapitre xx, où notre grand publiciste établit avec une supériorité magistrale ce dogme, nouveau alors, contesté encore aujourd’hui, qui s’appelle la liberté de conscience : « La fin dernière de l’État, dit-il, est non

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pas de dominer les hommes, de les retenir par la erainle, de les soumettre à la volonté d’autrui, mais, tout au contraire, de permettre à chacun autant que possible de vivre en sécurité, c’est-à-dire de conserver intact le droit naturel qu’il a de vivre sans dommage ni pour lui ni pour autrui. Non, dis-je, l’Etat n’a pas pour tin de transformer les hommes ' d’êtres raisonnables en animaux ou en automates; il a pour tin de faire en sorte que les citoyens développent en sécurité leur corps et leur esprit, fassent librement usage de leur raison. La fin de l’État, c’est donc véritablement la liberté... Quiconque veut respecter les droits du souverain ne doit jamais agir en opposition avec ses décrets; mais chacun a le droit de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense, pourvu qu’il se borne à parler et à enseigner au nom de la juire raison, et qu’il n’essaye pas, de son autorité privée, d’introduire des innovations dans l’État. Par exemple, un citoyen démontre qu’une certaine loi répugne à la saine raison et il pense qu’elle doit être, pour ce motif, abrogée; s’il soumet son sentiment au jugement du souverain, auquel seul il appartient d’établir et d’abolir les lois, et si pendant ce temps il n’agit en rien contre la loi, certes il mérite bien de l’État comme le meilleur citoven... b

sim:noza.

« ... Admettons qu’il soit possible d’étouffer la liberté des hommes et de leur imposer le joug, à ce point qu’ils n’osent pas même murmurer quelques paroles sans l’approbation du souverain, jamais, à coup sûr, on n’empêchera qu’ils ne pensent selon leur libre volonté. Que suivra-t-il donc de là? C’est que les hommes penseront d’une façon, parleront d’une autre; que par conséquent la bonne foi, vertu si nécessaire à l’État, se corrompra; que l’adulation, si détestable, et la perfidie seront en honneur, entraînant avec elles la décadence de toutes les bonnes et saines habitudes. .. Quoi de plus funeste pour un État que d’exiler comme des méchants d’honnêtes citoyens, parce qu’ils n’ont pas les opinions de la foule et qu’ils ignorent l’art de feindre! Quoi de plus fatal que de traiter en ennemis et d’envoyer à la mort des hommes qui n’ont commis d’autre crime que celui de penser avec indépendance ! Voilà donc l’échafaud, épouvante des méchants, qui devient le glorieux théâtre où la tolérance et la vertu brillent dans tout leur éclat et couvrent publiquement d’oppi obre la majesté souveraine. A coup sûr, on ne saurait apprendre à ce spectacle qu’une seule chose, c’est à imiter ces nobles martyrs, ou, si l’on craint la mort, à se faire le lâche flatteur du pouvoir. Rien

n’est donc si périlleux que de rapporter et de sou-

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mellre au droit divin des choses de pure spéculation et d’imposer des lois aux opinions qui sont ou peuvent être un sujet de discussion parmi les hommes. Que si le droit de l’État se bornait à réprimer les actes en laissant l’impunité aux paroles, les controverses ne tourneraient pas si souvent en séditions. »

Plus sage que tant de prétendus hommes pratiques, notre spéculatif voit parfaitement qu’il n’y a de gouvernements durables que les gouvernements raisonnables, et qu’il n’y a de gouvernements raisonnables que les gouvernements tempérés. Loin d’absorber l’individu dans l’État, il crée à celui-ci de solides garanties contre l’omnipotence de l’État. Ce n’est pas un révolutionnaire, c’est un modéré; il transforme, il explique, mais il ne détruit pas. Son Dieu n’est pas de ceux qui se plaisent aux cérémonies, aux sacrifices, à l’odeur de l’encens, et pourtant Spinoza n’entend nullement ruiner la religion; il a pour le christianisme une vénération profonde, un tendre et sincère respect. Le surnaturel n’a pas de sens dans sa doctrine ; d’après ses principes, quelque chose qui serait hors de la nature serait hors de l’être, et par conséquent ne sepourrait concevoir ; les révélateurs, les prophètes ont été des hommes comme les autres. « Ce n’est point penser, dit-il, c’est rêver, que de

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croire que les prophètes ont eu un corps humain et n’ont pas eu une âme humaine, et par conséquent que leur science et leurs sensations ont été d’une autre nature que la nôtre. » Le prophétisme n’a pas été l’apanage d’un seul peuple, du peuple juif. La qualité de Fils de Dieu n’a pas été le privilège d’un seul homme. « ... Pour vous montrer ouvertement ma pensée, je dis qu’il n’est pas absolument nécessaire pour le salut de connaître le Christ selon la chair ; mais il en est tout autrement si l’on parle de ce fils de Dieu, c’est-à-dire de cette éternelle sagesse de Dieu qui s’est manifestée en toute chose et principalement dans l’âme humaine et plus encore que partout ailleurs dans Jésus-Christ. Sans cette sagesse, nul ne peut parvenir à l’état de béatitude, puisque seule elle nous enseigne ce que c’est que le vrai et le faux, le bien et le mal... Quant à ce qu’ajoutent certaines Églises,.., j’ai expressément averti que je ne savais point ce qu’elles veulent dire, et, pour parler franchement, j’avouerai qu’elles me semblent tenir le même langage que si l’on prétendait qu’un cercle a revêtu la nature d’un carré. » Schleiermacher disait-il autre chose, et Spinoza, fondateur avec Piichard Simon de l’exégèse biblique de l’Ancien Testament, n’est-il pas en même temps le précurseur des théologiens libéraux qui, de nos

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jours, ont montré que le christianisme pouvait garder tout son éclat sans le surnaturel ? Ses lettres à Oldenburg- sur la résurrection de Jésus-Cdu ist et sur la manière dont saint Paul l’entendait, sont des chefs-d’œuvre qui, cent cinquante ans plus tard, auraient passé pour le manifeste de toute une école de théologie critique.

Peu importe, aux yeux de Spinoza, qu’on entende les mystères de telle ou telle façon, pourvu qu’on les entende dans un sens pieux; la l'eligion n’a (ju’unbut, lapiété; ce qu’il faut lui demander, cen’estpas de la métaphysique, ce sont des directions pratiques. Au fond, il n’y a qu’une seule chose dans l’Écriture comme dans toute révélation : « Aimez votre prochain. » Le fruit de la religion, c’est la béatitude; chacun y participe dans une mesure proportionnelle à sa capacité et à ses efforts. Les âmes que la raison gouverne, les âmes philosophiques, qui dès ce monde vivent en Dieu, sont à l’abri de la mort; ce que la mort leur ôte n’est d’aucun prix ; mais les âmes faibles ou passionnées périssent presque tout entières, et la mort, au lieu d’être pour elles un simple accident, atteint jusqu’au fond de leur être... L’ignorant, qui se laisse conduire par l’aveugle passion, est agité en mille sens divers par les causes extérieures, et ne jouit jamais de la véritable paix de

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l’àme; pour lui, cesser de pâtir, c’est cesser d’être. Au contraire, Tâme du sage peut à peine être troublée. Possédant, par une sorte de nécessité éternelle, la conscience de soi-même et de Dieu et des choses, jamais il ne cesse d’être, et la véritable paix de Pâme, il la garde toujours.

Il ne supportait pas que l’on considérât sa tentative comme irréligieuse ou subversive. Le timide Oldenburg ne lui cachait pas que quelques-unes de ses opinions paraissaient à certains lecteurs tendre au renversement de la piété. « Tout ce qui s’accorde avec la raison, répondait Spinoza, je le crois parfaitement utile à la pratique de la vertu, b La prétendue supériorté des conceptions lourdement positives en fait de religion et de vie future le trouvait intraitable. « Est-ce rejeter toute religion, je le demande, disait-il, que de reconnaître Dieu comme le souverain bien et de penser qu’à ce titre il le faut aimer d’une âme libre? Soutenir que toute notre félicité, que la plus haute liberté consiste dans cet amour, que le prix de la vertu, c’est la vertumême, et qu’une âme aveugle et impuissante trouve son supplice dans son aveuglement..., est-ce là renier toute religion? b Au fond de telles attaques, il voyait des sentiments pleins de bassesse. Celui qui s’irrite contre la religion désintéressée avouait, selon lui, que la raison et

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la vertu n’avaient à ses yeux aucun attrait, et que son bonheur serait de vivre au gré de ses passions, s’il n’était retenu parla crainte. « Ainsi donc, ajoutait-il, il ne s’abstient du mal et n’obéit au divin coniniandement qu’à regret, comme ferait un esclave, et, pour prix de cet esclavage, il attend de Dieu des récompenses qui ont infiniment plus de valeur à scs yeux que l’amour divin. Plus il aura ressenti d’aversion et d’éloignement pour le bien, plus il espère être récompensé, et il se figure que ceux qui ne sont pas retenus par la même crainte que lui font ce qu’il ferait, c’est-à-dire vivent sans loi! » Il trouvait que cette manière de gagner le ciel en faisant juste ce qu’il faut pour mériter l’enfer était le contraire de la raison, et qu’il y a quelque chose d’absurde à prétendre gagner Dieu, en lui avouant que, si on n’avait pas peur de lui, on ne l’aimerait pas.

Il sentait les dangers de toucher à des ci'uyances où peu de personnes admettent ces subtiles distinctions. Caille était sa maxime de prédilection ; ses amis lui ayant fait comprendre quelle explosion allait

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produire l'Éthique, il la garda inédite jusqu’à sa mort. Il n’avait aucun amour-propre littéraire et ne recherchait pas la célébrité, peut-être, à vrai dire, parce qu’il était sûr de l’avoir sans la chercher. Il était parfaitement heureux; il l’a dit, croyons-le sur parole. Il a fait mieux encore, il nous a laissé son secret. Écoutez, écoutez. Messieurs, la recette du « prince des athées », pour trouver le bonheur. C’est l’amour de Dieu. Aimer Dieu, c’est vivre en Dieu. La vie en Dieu est la meilleure et la plus parfaite, parce qu’elle est la plus raisonnable, la plus heureuse, la plus pleine, en un mot parce qu’elle nous donne plus d’être que toute autre vie, et satisfait plus complètement le désir fondamental qui constitue notre essence.

Sa vie pratique fut entièrement réglée sur ces maximes. Cette vie fut un chef-d’œuvre de bon sens et de jugement. Elle fut conduite avec cette profonde habileté du sage, qui ne veut qu’une seule chose et finit toujours par l’obtenir. Jamais politique ne combina si bien un but avec les moyens de l’atteindre. Moins réservé, il aurait peut-être eu le sort du malheureux Acosta. Comme il aimait la vérité pour ellemême, il était indifférent aux injures que lui attirait sa constance à la dire; il ne répondit jamais un mot aux attaques dont il fut l’objet. Il n’attaqua jamais

personne. « 11 esl contraire à mes habitudes, disaitil, de chercher à découvrir les erreurs où les autres sont tombés. » S’il eût voulu être un personnage officiel, sa vie eût sans doute été traversée par la persécution et du moinspar la disgrâce. Il ne fut rien et nevoulutêtre rien. Ama nesc/rt fut sa devise, comme à l’auteur de Ylmitation. Il sacrifia tout au repos de sa pensée, et en cela il n’était pas égoïste, car cette pensée importait à tous. Il repoussa plusieurs fois la richesse, qui venait vers lui, et ne voulut que le nécessaire. Le roi de France lui offrit une pension : il remercia; l’électeur Palatin lui ofTrit une chaire à Heidelberg : « Votre liberté sera entière, lui disaiton ; car le prince est convaincu que vous n’en abuserez pas pour troubler la religion établie. » — « Je ne comprends pas bien, répondit-il, dans quelles limites il faudra enfermer cette liberté de philosopher qu’on veut bien me donner, sous la condition de ne pas troubler la religion établie; et puis ce que je donnerais à l’instruction de la jeunesse m’empêcherait d’avancer moi-même en philosophie. Je n’ai réussi à me procurer une vie tranquille qu’à condition de renoncer à toute espèce de leçons publiques. » 11 sentait que son devoir était de penser ; il pensait en effet pour l’humanité, dont il devançait les idées de plus de cent ans.

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Celle même habileté instinctive, il la portait dans toutes les relations de la vie; il sentait que l’opinion ne passe jamais à un homme deux hardiesses à la lois; étant libre penseur, il se regarda comme obligé de vivre en saint. Mais je dis mat : cette vie douce et pure n’élait-elle pas l’expression directe de sa conscience paisible et aimable? On se figurait alors l’athéiste comme un scélérat, armé de poignards. Spinoza fut toute sa vie humble, doux et pieux. Ses adversaires avaient la naïveté de trouver cela mauvais ; ils auraient voulu qu’il eût vécu conformément au type consacré et que, traversant la vie en vrai démon incarné, il finît en désespéré ; Spinoza souriait de celte prétention singulière et refusait, pour plaire à ses ennemis, de changer son genre de vie.

11 eut d’excellents amis, fut courageux lorsqu’il fallut l’être, protesta contre les fureurs populaires (juand elles lui parurent injustes. Beaucoup de désillusions ne l’empêchèrent pas de rester fidèle au parti républicain; le libéralisme de ses opinions ne fut jamais à la merci des événements. Ce qui lui fait le plus d’honneur peut-être, c’est qu’il eut l’estime et l’affection sincère des êtres simples qui vécurent auloui' de lui. Rien ne vaut l’estime des petits. Messieurs; leur jugement est presque toujours celui de

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Dieu. Pour les bons Van der Spyk, il fut évidemment l’idéal du parfait locataire. « On ne fut jamais moins gênant, dirent-ils quelques années après sa mort cà Colerus. Pendant qu’il restait au logis, il n’était incommode à personne; il passait la meilleure partie de son temps tranquillement dans sa chambre. Lorsqu’il lui arrivait de se trouver fatigué pour s’être trop attaché à ses méditations, il descendait et parlait à ceux du logis de tout ce qui pouvait servir de matière à un entretien ordinaire, même de bagatelles. » On ne vit jamais, en effet, voisin plus affable. 11 conversait souvent avec son hôtesse, particulièrement dans le temps de ses couches, et avec ceux du logis, lorsqu’il leur survenait quelque affliction ou maladie. Il avertissait les enflints d’aller au service divin, et, lorsqu’ils revenaient du sermon, il leur demandait ce qu’ils en avaient retenu. 11 appuyait presque toujours hautement ce que le prédicateur avait dit. Une des personnes qu’il estimait le plus était le pasteur Cordes, homme excellent et qui' expliquait bien l’Kcriture; il allait quelquefois l’entendre, et il engageait son hôte à ne jamais manquer la prédication d’un si habile homme. Son hôtesse lui demanda un jour si elle pouvait être sauvée dans la religion dont elle faisait profession : « Votre religion est bonne, lui répondit-il ; vous n’en devez pas chercher d’autre,

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ni douter que vous n’y fassiez votre salut, pourvu qu’en vous attachant à la piété, vous meniez en même temps une vie paisible et tranquille. »

Il était admirablement sobre et bon ménager. Ses besoins journaliers étaient couverts par une profession manuelle, celle de polir des verres de lunettes, dans laquelle il devint fort habile. Les Van der Spyk remirent à Colerus des petits papiers où il marquait ses dépenses; elles s’élevaient en moyenne à quatre sous et demi par jour. Il avait grand soin d’ajuster ses comptes tous les quartiers, aün de ne dépenser ni plus ni moins que ce qu’il avait. Sa mise était simple, presque pauvre; mais sa personne respirait une • sérénité tranquille. Il était clair qu’il avait trouvé la doctrine qui lui donnait le parfait contentement.

Il n’était jamais ni triste ni gai, et l’égalité de sou humeur paraissait merveilleuse. Il eut peut-être un peu de tristesse le jour où la fille de son professeur Van den Ende lui préféra Kerkering; mais j’imagine qu’il se consola vite. « La raison est ma jouissance, disait-il, et le but où j’aspire en cette vie, c’est la joie et la sérénité. » Il ne voulait pas qu’on fit l’éloge de la tristesse ; « C’est la superstition, disait-il, qui érige en bien la tristesse et en mal tout ce qui procure la joie. Dieu serait un envieux s’il se réjouissait de mon impuissance et du mal que je souffre. A me-

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sure, en effet, que nous éprouvons une joie plus grande, nous passons à une plus grande perfection, et nous participons davantage de la nature divine... La joie ne peut donc jamais être mauvaise, tant qu’elle est réglée par la loi de notre utilité véritable. La vie vertueuse n’est pas une vie triste et sombre, une vie de privations et d’austérités. Comment la divinité prendrait-elle plaisir au spectacle de ma faiblesse, m’imputerait-elle à bien des larmes, des sanglots, des terreurs, signes d’une âme impuissante? Oui, ajoutait-il avec force, il est d’un homme sage d’user des choses de la vie et d’en jouir autan! que possible, de se réparer par une nourriture modérée et agréable, de charmer ses sens par le j)arfum et l’éclat verdoyant des plantes, d’orner meme son vêtement, de jouir de la musique, des jeux, des spectacles et de tous les divertissements (pie chacun peut se- donner sans dommages pour sa personne. » On parle sans cesse du repentir, de riiumilité, de la mort; mais le repentir n’est point une vertu, c’est la conséquence d’une faiblesse; l’humilité ne l’est pas davantage, puisqu’elle naît pour l’homme de l’idée de son infériorité. Quant à la pensée de la mort, elle est fille de la crainte, et (fest dans les âmes faibles qu’elle élit son domicile.

« La cliose du monde, disait-il, à laquelle un homme

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libre pense le moins, c’est la mort. La sagesse est une méditation, non pas de la mort, mais de la vie. »

Depuis les jours d’Epictète et de Marc-Aurèle, on n’avait pas vu de vie aussi profondément pénétrée par le sentiment du divin. Au xii% au xiiT, au XVI® siècle, la philosophie rationaliste avait compté de très grands hommes; elle n’avait pas eu de saints. Souvent quelque chose de repoussant et de dur

s’était mêlé aux plus beaux caractères de la libre

pensée italienne. La religion avait été tout à fait absente de ces vies révoltées non moins contre leÿ lois humaines que contre les lois divines, dont le dernier exemple fut celle du pauvre Vanini. Ici, c’est la religion qui produit la libre pensée comme une partie de la piété. La religion, dans un tel système, n’esi pas une part de la vie, elle est la vie elle-même. Ce qui importe, ce n’est pas d’être en possession de quelque phrase métaphysique plus ou moins correcte , c’est de donnera sa vie un pôle certain, une direction suprême, l’idéal.

Par là votre illustre compatriote, Messieurs, a

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élevé un drapeau susceptible aujourd’hui encore d’abriler tout ce qui pense ettoutce quisentavec nol)lesse. Oui, la religion est éternelle; elle répond au besoin le plus impérieux de l’homme primitif aussi bien que de l’homme cultivé; elle ne périrait qu’avec l’humanité elle-même, ouplutôtsadisparitionseraitla preuve que l’humanité dégénérée s’apprête à rentrer dans l’animalité d’où elle est sortie. Et pourtant aucun dogme, aucun culte, aucune formule ne saurait de nos jours épuiser le sentiment religieux. Il faut maintenir en présence l’une de l’autre ces deux assertions en apparence contradictoires. Malheur à qui prétend que le temps des religions est passé ! malheur à qui s’imagine qu’on peut réussir à donner aux vieux symboles la force qu’ils avaient quand ils s’appuyaient sur l’imperturbable dogmatisme d’autrefois! Ce dogmatisme, il faut nous en passer; il faut nous passer de ces croyances arrêtées, sources de tant de luttes et de déchirements, mais aussi principes de convictions si ardentes; il faut renoncer à croire qu’il dépend de nous de maintenir les autres dans des croyances que nous ne partageons plus. Spinoza avait raison d’avoir horreur de l’hypocrisie; riiyi)Ocrisie est lâche et malhonnête; mais surtout l’hypocrisie est inutile. En vérité, qui trompe-t-on ici? La persistance des classes supérieures à patron-

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ner sans réserve aux yeux des classes non cultivées les formes religieuses d’autrefois n’aura qu’un effet : c’est de ruiner leur autorité pour les jours de crise, où il importe que le peuple croie encore à la raison et à la vertu de quelques-uns.

Honneur donc à Spinoza qui a osé dire: «la raison avant tout! » La raison ne saurait être contraire aux intérêts de l’humanité bien entendus. Mais à ceux qu’emportent des impatiences irréfléchies, rappelons que Spinoza ne conçut jamais la révolution religieuse que comme une transformation de formules. Le fond pour lui subsistait sous d’autres termes. Si, d’une part, il repoussa énergiquement le pouvoir théocratique d’un clergé, conçu comme distinct de la société civile, et la tendance de l’État à s’occuper de métaphysique, jamais, d’une autre part, il ne nia ni l’État ni la Religion. 11 voulut l’État tolérant et la Religion libre. Nous n’en voulons pas davantage. On ne saurait imposer aux autres des croyances qu’on n’a pas. Que les croyants d’autrefois se fissent persécuteurs, ils étaient en cela tyranniques, mais du moins ils étaient conséquents; nous autres, en faisant comme eux, nous serions tout simplement absurdes. Notre religion est un sentiment susceptible de revêtir des formes nombreuses. Ces formes sont loin de se valoir les unes les autres; mais aucune

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n’a la force ni l’anlorilé de chasser les autres. Liberté, \oilà le dernier mot de la politique religieuse de Spinoza. Que ce soit le dernier mot de la nôtre ! C’est le parti le plus honnête ; c’est peut-être en même temps le plus efficace et le plus sur pour le progrès de la civilisation.

L’humanité, en effet, s’avance dans la voie du progrès d’un pas prodigieusement inégal. Le rude et violent Esaü s’impatiente des lenteurs qu’occasionnent les petits pas du troupeau de Jacob. Laissons le temps à tous. Ne permettons pas assurément à la naïveté et à l’ignorance de gêner les libres mouvements de l’esprit; mais ne troublons pas non plus la lente évolution des consciences plus paresseuses. La liberté de l’absurde chez les uns est la condition de la liberté de la raison chez les autres. Les services rendus h l’esprit humain par la violence ne sont pas des services. Que ceux qui ne prennent pas au sérieux la vérité pratiquent la contrainte pour obtenir la soumission extérieure, rien de plus simple. Mais, nous qui croyons que la vérité est quelque chose'de réel et de souverainement respectable, comment songerions-nous à obtenir par la force une adhésion qui n’a de prix que quand elle est le fruit d’une conviction libre? Nous n’admettons plus les formules sacramentelles, opérant par leur

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propre force, indépendamment de l’intelligence de celui à qui on en fait l’application. Pour nous une croyance n’a de valeur que quand elle a été conquise par la réflexion de l’individu, qu’elle est par lui comprise, qu’il se l’est assimilée. Une conviction amenée par ordre supérieur est un aussi parfait non-sens qu’un amour obtenu par force ou une sympathie commandée. Promettons-nous à nousmêmes, Messieurs, que nous défendrons toujours notre liberté contre ceux qui voudraient y porter atteinte, mais aussi qu’au besoin nous défendrions la liberté de ceux qui n’ont pas toujours respecté la nôtre et qui probablement, s’ils étaient les maîtres, ne la respecteraient pas.

C’est la Hollande, Messieurs, qui eut la gloire, il y a plus de deux cents ans, de démontrer la possibilité de ces théories, en les réalisant. « Faut-il prouver, dit Spinoza, que cette liberté de pensée ne donne lieu à aucun inconvénient grave et qu’elle suffit à retenir des hommes ouvertement divisés de sentiments dans un respect réciproque de leurs droits? Les exemples abondent, et il ne faut pas aller les chercher bien loin : citons la ville d’Amsterdam, dont l’accroissement considérable, objet d’admiration pour les autres nations, n’est que le fruit de cette liberté. Au sein de

cette florissante république, de cette ville éminente,

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S PINOZA.

tous les hommes de toute nation et de toute secte vivent entre eux dans la concorde la plus parfaite..., et il n’est point de secte si odieuse dont les adeptes, pourvu qu’ils ne blessent le droit de personne, n’y trouvent publiquement aide et protection devant les magistrats. » Descartes était du même avis quand il venait demander à votre pays le calme nécessaire à sa pensée. Puis, grâce à ce noble privilège de terre libre que vos pères surent glorieusement maintenir contre tous, votre Hollande devint l’asile où l’esprit humain, à l’abri de toutes lestyrannies qui couvraient l’Europe, trouva de l’air pour respirer, unpublicpouile comprendre, des organes pour multiplier sa voix, ailleurs bâillonnée.

Grandes assurément sont les blessures de notre siècle, et cruelles sont ses perplexités. Ce n’est jamais impunément que tant de problèmes sont soulevés à la fois, avant que l’on possède les éléments pour les résoudre. Ce n’est pas nous qui avons brisé ce paradis de cristal, aux rellets d’argent et d’azur, qui a ravi et consolé tant de regards. Mais il est en morceaux; ce qui est brisé est brisé, et jamais un esprit sérieux n’entreprendra la tâche puérile de ramener l’ignorance détruite ou de restaurer l’illusion perdue. Le peuple des grandes villes a perdu presque partout la foi au surnaturel; nous ferions pour la

lui rendre le sacrifice de nos convictions et de notre sincérité que nous n’y réussirions pas. Mais le surnaturel particulier, entendu à la façon d’autrefois, n’est pas l’idéal. La cause du surnaturel est compromise. La cause de l’idéal n’est pas atteinte; elle ne le sera jamais. L’idéal reste l’âme du monde, le Dieu permanent, la cause primordiale, effective et finale de cet univers. Voilà la base de la religion éternelle. Pas plus que Spinoza, pour adorer Dieu nous n’avons besoin de miracles, ni de prières intéressées. Tant qu’il y aura une fibre dans le cœur humain pour vibrerai! son de tout ce qui est juste et honnête, tant que l’âme instinctivement droite préférera la pudeur à la vie, qu’il y aura des amis du vrai pour sacrifier leur repos à la science, des amis du bien pour se dévouer aux œuvres utiles et saintes de la miséricorde, des cœurs de femmes pour aimer ce qui est bien, beau et pur, des artistes pour le rendre par des sons, des couleurs, des accents inspirés. Dieu vivra en nous. Messieurs. C’est seulement le jour où l’égoïsme, la bassesse du cœur, l’étroitesse de l’esprit, l’indifférence à la science, le mépris pour les droits de l’homme, l’oubli de ce qui est grand et noble envahiraient le monde, c’est ce jour-là que Dieu ne serait plus dans l’humanité. Mais loin de nous de telles pensées. Nos aspirations, nos souffrances, nos

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fautes mêmes et nos témérités sont la preuve que l’idéal vit en nous. Oui, la vie humaine est encore quelque chose de divin. Nos négations apparentes ne sont souvent que le scrupule d’esprits timorés qui craignent d’outre -passer ce qu’ils savent. Ils sont un meilleur hommage à la Divinité que l’adoration hypocrite de l’esprit routinier. Dieu est encore en nous, .Messieurs, Dieu est en nous! Est Deus in nobis.

Inclinons-nous tous ensemble. Messieurs, devant le grand et illustre penseur qui, mieux que personne, il y a deux cents ans, prouva par l’exemple de sa vie et par la puissance, jeune encore aujourd’hui, de ses ouvrages, ce qu’il y a dans de telles pensées de joie spirituelle et d’onction sainte. Faisons, avec Schleiermacher, l’hommage de ce que nous savons produire de plus exquis aux mânes du saint et méconnu Spinoza. « Le sublime esprit du monde le pénétra; l’infini fut son commencement et sa fin, l’universel son unique et éternel amour ; vivant dans une sainte innocence et dans une humilité profonde, il se mira dans le monde éternel, et il vit que lui aussi était pour le monde un miroir digne d’amour; il fut plein de religion et plein de l’Esprit

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saint; aussi nous apparaît-il solitaire et non égalé, maître en son art, mais élevé au-dessus du profane, sans disciples et sans droit de bourgeoisie nulle part. »

Ce droit de bourgeoisie, vous allez le lui donner, Messieurs. Votre monument sera le point d’attache de son génie avec la terre. Son Ame planera comme un bon génie tutélaire sur les lieux où s’accomplit son rapide voyage parmi les hommes. Malheur à qui en passant enverrait l’injure à cette figure douce et pensive! Il serait puni comme tous les cœurs vulgaires par sa vulgarité même et par son impuissance à comprendre le divin. Lui, de son piédestal de granit, enseignera à tous la voie du bonheur qu’il a trouvé, et, dans des siècles, l’homme cultivé qui passera sur le Pavilioengracht dira en lui-même : ft C’est d’ici peut-être que Dieu a été vu de plus près. »

(jue le souvenir de cette fête nous reste à tous une consolation et un cher entretien I

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