‹ Nouvelles études d'histoire religieuseChapitre 97 sur 124 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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sensations intérieures. Mais il en est autrement quand ces étranges récits se rapportent à des faits prétendus publics, à des événements du temps. Que dire, par exemple, de cette incroyable histoire de sept brigands que Christine convertit au moyen de prodiges dont le pays entier aurait été témoin? Il est certain que, pour rendre compte de tels récits, les explications psychologiques et pathologiques ne suffisent plus et qu’il faut admettre dans la conscience obscure de ces âges troublés une façon d’entendre la véracité dont notre conscience claire et rigoureuse ne saurait en aucune façon s’accommoder.

Le récit du maître d’école finit en novembre 1286. C’est justement vers cette date que Christine dut recevoir la lettre par laquelle Pierre lui annonçait son voyage de 1287. Il est bien probable que ce fut cette nouvelle qui interrompit la relation de maître .lean. A quoi bon confier au papier des récits que Christine allait bientôt communiquer à Pierre de vive voix? Si, comme le pense Échard, Pierre revit Stommeln dans l’été de 1287, il faut aussi admettre, avec ce savant critique, qu’il reçut de Christine et emporta en Suède l’écrit dicté à sa prière et en vue de lui.

Outre les lettres insérées par Pierre de Dace dans le récit de ses relations avec Christine, on trouve

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dans le manuscrit de Juliers plusieurs autres lettres adressées à Christine. Nous les avons analysées, en suivant, autant qu’il était possible, l’ordre chronologique. Nous signalerons ici une lettre de frère Aldobrandini, dans le style contourné d’un écolier de rhétorique, très intéressante cependant, et qui montre mieux qu’aucune autre la naïveté enfantine des sentiments de la petite société de Stommeln. Une lettre de frère Maurice, datée de Paris, mérite d’être citée. Le pauvre frère est bien dépaysé dans la maison de la rue Saint-Jacques. Le changement de régime l’a fort éprouvé : « Je m’habitue à manger des œufs pourris et rationnés plus chichement que ne le sont les œufs de l’Eifel que mangent nos frères de Cologne. Ah! quand je pense aux œufs frais, aux légumes que nous mangions pendant que, assis autour de la marmite, nous regardions cuire la viande ! Que de fois je descends en esprit dans cette Égypte de Stommeln ! Et mes compagnons font comme moi, et tous nous y descendrions de corps, quand même Stommeln serait de dix milles plus loin de Paris qu’elle ne l’est de Cologne ! » 11 se sent surveillé; il n’ose avouer l’amitié qu’il a pour elle, « par crainte des juifs ‘ », Qu’elle ne montre sa

1. Allusion au propter metum judæorum, souvent répété dans l’Évangile de Jean.

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lettre à personne, de peur que, par des interprétations malveillantes, il n’en résulte quelque mauvaise note pour celui qui l’a écrite. El en post-scriptum : « Dites à dame Béatrix de préparer des œufs frais pour les frères revenant du chapitre et des confitures de cerises nouvelles, et qu’elle se souvienne de moi, puisqu’elle se trouve bien parmi les béguines *. s>

Mentionnons encore une lettre de frère Folquin, spécifiant les petits cadeaux qu’il envoie de Suède à Slommeln. Ce sont des cuillers de corne noire et des cuillers de corne blanche, dont le manche est noir. Une très pieuse lettre d’un jeune religieux anglais à Christine prouve que les sentiments qu’inspirait la sainte fille étaient les mêmes chez les personnes les plus diverses.

Toutes ces pièces, recueillies à Stommeln auprès de Christine, furent transportées avec son corps au collège des chanoines de Juliers. C’est là que Bollandus les trouva et les copia presque intégralement; Papebroch les publia, malgré leur prolixité, en y joignant une autre Vie de Christine, composée^ par un religieux de la maison des dominicains de Cologne, entre 1312 et 132.u, peut-être en vue de la

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