‹ Nouvelles études d'histoire religieuseChapitre 96 sur 124 · Familiarem · texte numérisé non relu

Familiarem

CHRISTINK DE STOMMELN.

à la place de Pierre, et de lui faire la confidence de ses états. Nous n’avons plus aucun document sur ces relations, empreintes d’un caractère si respectable, malgré les étranges aberrations qui s’y trouvent mêlées. Ce que Christine avait redouté comme le plus dur de ses martyres arriva. Elle survécut de longues années à son ami, puisqu’elle ne mourut qu’en 1312.

De tout temps, Pierre de Dace avait eu l’intention de composer, en partie comme témoin oculaire, en partie d’après les lettres qu’il recevait, en partie d’après les relations de Jean, le maître d’école, une vie de Christine, destinée à l’édification du monde chrétien. Un premier essai, une sorte de premier livre, intitulé : De virtutibus sponsce Christi Christinœ, fut envoyé par lui à Stommeln. Le maître d’école le lut à Christine. C’est une composition vague, à peine intelligible, sans aucune indication de temps, de lieu, de personne, ne se rapportant pas mieux à Christine qu’à toute autre extatique, si bien que les Bollandistes ont trouvé inutile de la publier. Ce qu’il y a de plus singulier, c’est que Christine ne s’y reconnut pas. « Sachez, dit le maître d’école, que je lui ai lu d’un bout à l’autre la partie que vous m’avez envoyée, et où vous parlez par similitude de votre fille Christine, de quoi elle a été merveilleuse-

CHRISTINE DE STOMMELN

ment consolée, et elle l’a entendu avec tant de simplicité, qu’elle disait de vous avec étonnement; « Mais » il ne m’a jamais parlé de cette fille-l;\, » Jean demande la suite avec empressement. Christine ellemême raconte qu’elle se l’est fait lire deux fois, qu’elle y a pris un plaisir extrême. « Mais ce qui m’étonne, dit-elle, c’est que jamais, au cours de tant d’années d’intimité, vous ne m’ayez dit mot de cette fille, de cette amie *. »

Pierre heureusement ne s’arrêta pas à cette pièce haiiale. 11 composa un récit plein de naturel de ses visites à Stommeln, et il y inséra les diverses lettres qui se trouvèrent à sa disposition. Cette importante narration s’arrête en 1282.

Pendant ce temps, sur le conseil de Pierre, le maître d’école Jean écrivait de son côté les merveilles que lui disait Christine et dont il croyait être témoin. Jean n’avait ni l’élévation ni la pureté de cœur de Pierre. 11 vivait de la pauvre lille ; jusqu’à un certain point, il l’exploitait et cherchait à tirer ce qu’il pouvait de cette amitié, qui le mettait en rapport avec un ordre opulent. Les Bollandistes ont eu le courage de publier cette fastidieuse composition,

1. Et supra niodum admiror, quum mihi tam niultis lemporibus farniliaris fuerilis, quare mihi de hac lilia seu arnica nunquani menlionem aliquam fecistis. Acta SS-, vol. cité, p. 335, 337, 343. 418, 4“25.

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dont la lecture n’est pas soutenable et qu’on ne peut même parcourir sans un sentiment pénible. Le nombre des purgatoires que subit Cbristine^ ne se compte plus. Plus innombrables encore sont les démons qui la tourmentent. Le maître d’école en accuse une fois trecenti et tria millia, c’est-à-dire 3300. Papebroch écrit à la marge 303 000 ^ ce qui est trop. Les supplices que lui infligent les serpents, les crapauds sont décrits avec un réalisme d’une révoltante brutalité. La description du démon de Vacedia ne manque pourtant pas de quelque intérêt. Un démon couvert de haillons lui apparaît ; à ses haillons pendent de petites fioles pleines de poison. « Je suis, dit-il, le démon qui tend le plus de pièges aux religieux. Je leur verse le contenu de mes petites fioles, et, pleins du dégoût de la vie religieuse, ils tombent dans l’appétit des choses terrestres. C’est ce qui vient d’arriver à ton frère Séguin. »

Tant que les tortures subies par Christine ne se rapportent qu’à sa personne, elles n’ont rien qui surprenne ceux qui s’occupent de la médecine des maladies nerveuses chez les femmes. Le propre des illusions produites par ces maladies est de transformer en phénomènes, supposés extérieurs, de pures

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