‹ Nouvelles études orientalesChapitre 2 sur 99 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

un ami de celui qui n'est plus : il voudrait acquitter bien niodestement une dette de reconnaissance.

On sait avec quelle surprenante précision se réveillent dans les mémoires vieillissantes les souvenirs les plus anciens. Je revois, comme au premier jour, cette longue et sombre classe de philosophie du lycée, alors collège Charlemagne, où j'entrai au mois d'octobre 18il, pour y compléter ma préparation à l'École normale. Nous étions assis déjà quand le professeur monta en chaire, vôtu de la robe, coiffé de la toque. L'âge serait-il donc quelque chose de tout relatif, et l'intervalle qui sépare l'écolier du maître garde-t-il sa distance première, sans que l'impression d'autrefois se trouve sensiblement modifiée par le déplacement des années ? Le maître est-il vieux ou simplement sans âge, parce qu'il est le maître? N'y a-t-il pour les jeunes que leur propre jeunesse? Ou bien M. Franck avait-il de bonne heure une de cesphysionomies qui devancent la maturité et imposent le respect? Serait-ce, au contraire, que nous substituons inconsciemment aux traits anciens, dont le souvenir s'est effacé, les traits récents, les derniers, les plus connus, comme un emprunt que le passé fait au présent? Je vois toujours

Page 1