XXII PRÉFACE
l'autre, de simplement probable, M. Franck a donné ce rare exemple d'une conviction qui ne désarme pas. II était de la famille des optimistes sincères. La justice, le droit, la volonté libre, l'âme et Dieu, voilà les idées qui ont fait l'unité de sa vie et de ses travaux. Il les poursuit et les applique en philosophie, en morale, en histoire, en législation. Il leur subordonne le monde intérieur et le monde extérieur, sans se laisser décourager par le spectacle des choses violentes et malfaisantes : nature essentiellement sereine et douce, en dépit des accès d'une irritabilité mal contenue, nature aimante et consolante, incapable de comprendre que le mal soit la loi de l'univers, la misère et l'ignorance notre lot, l'iniquité monstrueuse le dernier mot de la vie. Pour aflîrmer de telles croyances, il s'en tenait à des moyens très simples, qui avaient également suffi à ceux de son groupe philosophique. Il trouvait entre la plus haute raison et le vulgaire bon sens plus de rapports que certains philosophes n'en admettent. C'est là qu'on peut reconnaître qu'il a été d'un temps, sinon d'une école; sa philosophie par sélection, librement éclectique, faisait une large part à la conscience, au consentement
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universel, tels qu'on les concevait alors. Bien qu'il ne fût pas normalien, il avait avec des honiraes tels que Jules Simon, BouiHier, Bersot et d'autres, plus d'une ressemblance. 11 affectait parfois de rester étranger aux débats qui s'engageaient ailleurs, et n'accordait qu'une faible attention aux sciences proprement dites; il ne les ignorait pas; il ne les dédaignait pas : il s'en passait.
Il faut bien le dire, une autre génération de philosophes et de professeurs de philosophie s'est élevée récemment, qui affecte de ne plus comprendre M. Franck et ses contemporains, M. Franck, du reste, leur rendait volontiers la pareille. La philosophie, pour qui Tétudiail il y a quarante ans encore, et pour qui essaie d'en suivre aujourd'hui les progrès, n'est plus reconnaissable. Les points de vue semblent avoir changé. D'autres questions se sont posées, ou les mêmes ont été posées autrement. Il est incontestable que des méthodes plus rigoureuses dans l'observation des phénomènes, des rapports plus étroits et mieux reconnus entre le physique et le moral de l'homme, ont rattaché plus savamment les manifestations de la pensée à celles de la vie. La biologie est venue en aide à la psychologie; les sciences ma-