Antiquités Jud.y liv. XI, ch. viii
dont il convient de rendre la justice, c Juge, disait le premier, ne te fais pas avocat. Tant que les parties sont en ta présence, figure-toi qu'elles ont tort toutes les deux; dès qu'elles t'ont quitté et qu'après avoir entendu ton jugement, elles s'y sont soumises, conduis-toi envers elles comme si l'une et l'autre avaient eu raison. » C'était recommander l'impartialité pendant le procès et Tindulgence après. La règle prescrite par Siméon ben Schatah avait un autre but. « Interroge beaucoup les témoins, disait-il, mais sois circonspect dans tes questions pour qu'elles ne leur apprennent pas comment ils doivent mentir.
Dans les paroles suivantes de Schemaïa, le successeur de ben Schatah, on reconnaît la fierté des Pharisiens et le sentiment de la défiance qui les animait contre la cour : « Aime le travail, hais la domination et n'aie aucun rapport avec les puissances. » Le même sentiment respire dans cette maxime de Hillel : « Qui hante les puissances court à sa perte. » Mais l'aversion de Hillel pour le pouvoir et pour la société des grands était moins l'effet des préventions générales de son parti que de son caractère personnel
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natarellement tourné vers rhumilité, vers la paix et la vie ascétique. On lui entendait dire : « Qui se vante s'abaisse. Aime et recherche la paix, aime les hommes et rapproche-les de la loi. » Ce qui signifie dans sa bouche : donne-leur de la loi une telle idée qu'ils puissent Taimcr et la comprendre. C'est ce qu'il a fait lui-même par la sentence que nous avons citée de lui précédemment. Refuser de s^instruire était pour lui un crime capital, un véritable suicide, et rien ne l'emportait, dans son esprit, sur la science accompagnée de la piété, sur la science consacrée au service de Dieu et à l'amour des hommes.
Mais, tout en faisant de la charité le premier commandement de Dieu et le résumé de toute la loi, il voulait que chacun veillât sur son propre salut et en fit le souci de tous les instants de son existence. De là ces paroles qui lui sont attribuées par la Mischna : « Si je ne suis pas pour moi, qui serait pour moi? et alors même que je suis pour moi, que suis-je? et si ce n'est pas maintenant, quand? » Le Talmud, dans le passage suivant, nous donne l'explication de cette phrase elliptique : < Rabbi Éliézer disait : Fais pénitence un jour avant ta mort. Ses
disciples lui ayant demandé: Est-ce que Thoinme sait quel jour il doit mourir? C'est une raison, répondit Éliézer, de faire pénitence aujourd'hui, demain et toute sa vie*. »
De Schamaîy ce partisan outré du sens étroit dans l'interprétation de la loi divine, nous n'avons conservé qu'une sentence unique, mais qui le montre à nos yeux sous un aspect plus aimable que sa casuistique et sa jurisprudence. « Parle peu, disait-il, et agis beaucoup; reçois tout le monde avec aménité. »
C'est un petit-fils de Hillel, le nassi Gamliel, qui, selon le récit de l'Évangile, fit absoudre les apôtres traduits devant le Sanhédrin à cause de leur foi. Des paroles qu'il prononça à cette occasion vdent mieux qu'une sentence; elles sont une action. Elles s'expliquent par l'esprit de douceur et de charité que Hillel laissa en héritage à sa famille et à son école. C'est en effet un disciple de Hillel, contemporain du nassi, que citent les Actes des apôtres, c'est Rabbi Yohanan den Zacaï qui, déclarant désormais close l'ère des sacrifices, ajoutait : « C'est la justice qui relève les nations; c'est la charité qui sert de