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Inlroduclion, p. lxxiv

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rôlanl successivement à quelques-uns de ses éléments les plus caractéristiques.

La portion du Talmud que M. Schwab vient de faire passer dans notre langue s'appelle le Traité des bénédidions ; car tel est le sens du mot berakhoih. Ce titre seul nous ouvre déjà toute une perspective. Il nous transporte au sein d'une société et d'une croyance pour lesquelles tout est un sujet de bénédictions et de prières. Comme nous venons de nous en assurer il n'y a qu'un instant, on bénissait le pain et le vin; on bénissait les fruits cueillis sur les arbres et les produits de la terre; on bénissait la lumière, le feu, l'arc^n-ciel, l'orage, l'éclair, la nouvelle lune; on bénissait et l'on priait à l'occasion de tous les actes et de tous les événements de la vie, en se levant, en se couchant, en se livrant au repos, en se remettant au travail, en assistant à une naissance, à un mariage ou à une mort, en passant devant un cimetière, en apercevant un prince ou un roi. « Plût à Dieu, — s'écrie un des docteurs de la synagogue, le rédacteur môme du Talmud de Jérusalem, — plût à Dieu quel'horame priât toute la journée, car la prière, même répétée, n'est jamais perdue. » Le principe, une fois

admis, il faut en tirer toutes les conséquences. Les formules de bénédiction et de prière, une fois consacrées par la tradition ou par la loi, on recherchera dans quelles circonstances, à quelles heures, à quels jours, à quelles minutes on les récitera; par conséquent on Gxera, avec les plus minutieuses précautions, la limite qui sépare lejourdela nuit, les jours voués au repos sabbatique des jours abandonnés au travail. On définira avec le morue soin les diflférenls états dans lesquels il est permis ou défendu, dans lesquels l'homme est digne ou indigne de bénir Dieu et de l'invoquer, c'està-dire les différents états de pureté et d'impureté légale. De là la nécessité d'un traité, nous allions (lire d'une science des bénédictions. Le traité que nous avons sous les yeux débute par cette question : « A partir de quel moment doit-on réciter le Schéma du soir? » Le Schéma est un passage du Deutéronome qui contient le symbole de la foi israélite et qu'on récite en forme de prière matin et soir. Il commence par ces mots :

« Écoute Israël, l'Éternel, notre Dieu, est le Dieu unique. »

Que nous voilà loin des prophètes et même des simples moralistes tels que Jésus, fils de Sirach?

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On se figure aisément ce qu'il y a de subtilité et de sécheresse dans les discussions qui peuvent s'engager sur de pareils sujets. Oui, mais il y a aussi le sentiment religieux, l'indomptable foi qui les provoque, le culte idolâtre de la parole de Dieu. Ainsi, pour en citer tout de suite un exemple, quelle piété dans ce précepte de la Misehna : c Eût-on même un serpent enroulé autour du talon, on ne doit pas interrompre sa prière. » Il ne faut donc pas s'étonner si à cette puérile scolastique se mêlent à chaque instant des sentences et des maximes de la plus grande beauté, de curieuses ou de touchantes légendes, des observations plus ou moins exactes sur la nature, parce qu'elle aussi, comme la loi, est l'œuvre de la divine sagesse, et quelquefois, mais plus rarement, des lueurs de poésie. En voici quelques-unes que nous recueillons au hasard.

C'est, comme nous venons de le dire, un point important de savoir à quels signes on reconnaîtra l'instant précis où finit le jour et où commence la nuit. Il y a d'abord lapparition des étoiles. Si l'on n'en voit qu'une, il fait encore jour; si l'on en aperçoit deux, il y a doute; la nuit est venue certainement dès qu on en peut compter

trois. Mais voici d'autres signes dont lobservalion se rattache à un sentiment plus vif de la nature. Aussi longtemps qu'à l'occident le ciel est rouge, il fait encore jour. S'il commence à s'assombrir, c'est rentre-deux, c'est-à-dire le crépuscule. Si la lumière s'affaiblit au point que l'atmosphère supérieure ressemble à l'inférieure, c'est la nuit : « Lorsque, en pleine lune, le soleil commence à se coucher tandis que la lune apparaît à l'horizon, c'est le crépuscule. » Un peu plus loin, le crépuscule est comparé à l'instant fugitif pendant lequel une goulle de sang peut demeurer suspendue sur le tranchant d'une épée. Le temps nécessaire pour que celte goutte de sang se divise nous représente la transition du jour à la nuit. Ce temps est si difficile à mesurer ou à définir, que les plus grands savants n y parviennent pas. Il n'y a que le prophète Élie à qui il soit réservé de nous tirer un jour de notre ignorance. « Quand le prophète Élie sera revenu dans ce monde et nous aura expliqué ce qu'est le crépuscule, personne ne contestera . »

La prière dite Amida doit se réciter debout et les pieds joints l'un contre l'autre, afin que les fidèles ressemblent aux anges, dont les membres

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inférieurs, selon la descriplion qu'en font les prophètes, sont privés de jointures.

Pourquoi, demande un docteur, un fil bleu doit-il être mêlé aux franges qui ornent les extrémités du voile de la prière? Pour nous faire penser au firmament qui, lui-même, élève notre esprit vers le trône de gloire, comparé par l'Écriture à un ouvrage de saphir.

Il n'y a pas de pratiques si étroites que les docteurs du Talmud ne sachent ennoblir quelquefois par une généreuse austérité. Rabbi Méir permettait de composer, le jour du sabbat, un élixir formé d'huile et de vin pour en enduire le corps d'un malade. Lui-même, se trouvant retenu dans son lit par la maladie le jour du Seigneur, se refusa à laisser faire ce mélange pour son propre usage. Ses disciples lui représentant que ses actes n'étaient point d'accord avec ses paroles : c II suffit, répondit-il, que quelques-uns se soient montrés plus sévères que moi pour que je m'interdise à moi-même ce que je permets aux autres. » C'est précisément le contraire du probabilisme, qui a si justement encouru la réprobation de Pascal.

Mais toutes les observances prescrites par la

loi et jusqu'aux sacrifices qu'on offrait à Dieu dans le temple de Jérusalem n'étaient rien ou peu de chose à leurs yeux devant la justice et la science. Ils racontent que David n'avait rien désiré avec plus d'ardeur que de construire la maison de l'Éternel. C'était sa passion, c'était la pensée de toute sa vie, et elle lui attirait souvent les railleries de ses ennemis. Ils se rendaient sous ses fenêtres et disaient ironiquement : « David, à quelle époque le temple sera-t-il construit? Quand irons-nous dans la maison du Seigneur? » David supportait ces injures, non seulement avec patience, mais avec joie, espérant qu'on verrait bientôt sa grande œuvre accomplie. Cependant le Très-Saint lui dit un jour : c David, le nombre de tes années sera complet, je n'en retrancherai rien; mais ce n'est pas toi qui construiras ma maison, c'est Ion fils Salomon, parce que les sacrifices qu'on y offrira me sont moins agréables que tes œuvres ; je veux parler de ton respect pour la justice et l'équité. » Puis on rappelle en manière de conclusion ou de moralité cette maxime des Proverbes : c La pratique de la justice est devant rÉternel préférable à tous les sacrifices*. »

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