Ad Corinth,y ch. xiii
rien. » Je ne veux pas aller plus loin, dans la crainte de tout copier.
11 y a maintenant une question qui se présente naturellement à l'esprit et qui n*est peut-être pas la plus facile à résoudre. Cette doctrine spirituelle à laquelle saint Paul a attaché son nom, et qui n'est que le développement de la promesse de Jésus qu'un jour viendra où Ton adorera Dieu en esprit et en vérité; cette doctrine a-t-elle prévalu dans le christianisme depuis que le christianisme a pris possession du monde civilisé? Il est difficile, quand on n'obéit pas à un mot d'ordre ou à la discipline d'un i)arti, que la l'épouse ne soit pas négative.
La pure spiritualité ou l'union directe de l'ûme avec Dieu; la foi élevée à ce d^ré où elle n'a plus besoin des œuvres, et même où les œuvres ne sont plus pour elle qu'une distraction et une entrave ; la grâce agissant par elle-même sans le concours d'aucun intermédiaire humain; la lettre sacrifiée à l'esprit et l'esprit se dirigeant seul dans l'interprétation des Écritures; ce sont des idées qui ont séduit dans tous les temps quelques âmes d'élite, celles qui composent, sans distinction d'origine ni de symbole, l'adorable famille des
mystiques; elles n'ont été, dans la masse des croyants ou dans l'histoire générale de l'Église, qu'un moyen d'opposition contre l'autorité ou contre l'unité. Elles ont produit certaines hérésies du moyen âge, la Réforme du xvi* siècle, et, comme on l'a très bien dit, les Réformateurs avant la Réforme *. On a fait plus d'une fois la remarque que les Églises protestantes relèvent de saint Paul. Oui, au moment où elles se séparent de l'Église romaine et tant qu'elles se défendent contre elle; mais dès qu'elles songent à se constituer, à se donner une organisation, un gouvernement, une règle de croyance et de conduite, elles font appel aux œuvres, aux intermédiaires, aux moyens extérieurs, aux interprétations consacrées sur lesquelles l'esprit n'a plus de prise. C'est donc, en définitive, la doctrine de saint Pierre qui l'emporte, c'est-à-dire une doctrine où les œuvres, quoique différentes, tiennent autant et plus de place que dans l'ancienne Loi et dans la tradition; je veux parler de la Loi et de l'ancienne tradition de l'Ancien Testament.
] . C*est le titre d'an intéressant et savant livre de M. Emile de Bonnecbose, mort il y a quelques années.
Est-ce un bien? est-ce un mal? Assurément c'est l'un ou l'autre; c'est peut-être l'un et l'autre, selon le point de vue où l'on se place. Mais c'est avant tout une nécessité, un fait qui s'explique par une loi de la nature humaine. Les idées pures et le pur amour ont peu d'accès chez la grande majorité des hommes. Il faut que les idées, pour pénétrer dans leur esprit, passent par le chemin des oreilles et des yeux, prennent une voix et un corps. Il faut que l'amour, lamour et l'admiration, qui sont inséparables de toute pensée religieuse, se manifestent, attestent leur présence et leur vie par des actes, ou, comme disent les théologiens, par des œuvres. Sans les œuvres, sans les pratiques plus ou moins nombreuses que le temps leur impose, ils finiraient, comme disait madame de Sévigné en parlant du quiétisme, par s'évaporer et par s'éteindre. Certes, ce n'est pas là ce qu'on peut appeler, avec Jésus, l'adoration de Dieu en esprit et en vérité. C'est plutôt, il n'y a pas à le dissimuler, une forme de l'idolâtrie. Mais l'idolâtrie a son principe dans la nature humaine. Pourvu qu'elle ne s'abaisse pas à de petiles idoles et ne dégénère pas en méprisables superstitions; pourvu qu'elle reste
féconde en œuvres d'art, de poésie, d'abnégation, de charité, sans avoir la prétention d'arrêter l'essor de la raison, les conquêtes de la science, les progrès de la liberté, il faut l'observer avec un intérêt respectueux et la laisser faire. Il faut la juger avec la raison d'un philosophe, non avec les passions d'un sectaire.
Les pharisiens n'ont pas bonne réputation dans le monde. Eh dehors d'un petit cercle d'érudits, on ne les connaît ^uère que par TÉvangile, et la plupart des passages de l'Évangile où ils sont mis en scène les représentent comme des hypocrites qui n'ont que le masque de la piété, ou comme des sophistes religieux qui n'invoquent la loi divine que pour en pervertir le sens au profit de leur orgueil et de leur intérêt. Il existait une classe de pharisiens, très nombreuse, très remuante, très querelleuse, qui méritait parfaitement ces reproches, et dont les docteurs de la synagogue ne parlent pas avec plus d'indulgence que le fondateur du christianisme. Ce sont ceux que le
1. Les Pharisiens j par M. J. Cohen. 2 volumes in-^*, chez Calmann Lévy. — Paris, 1877.
Talmud appelle les pharisiens teintSy c'est-à-dire les faux pharisiens, les mêmes que Jésus compare à des sépulcres blanchis.
L'Évangile parle aussi, mais plus rarement, et toujours avec honneur, des vrais pharisiens, car c'est évidemment à ceux-ci que s'appliquent ces mots de saint Paul : « Je suis pharisien, fils de pharisien. » C'est parmi eux qu'il faut comprendre son maître Gamaliel, qui, présidant le Sanhédrin, a revendiqué en faveur des apôtres le principe de la liberté religieuse. « Si cette œuvre vient des hommes, dit-il, elle périra; si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire*. » Sous le règne d' Agrippa II, ce sont les pharisiens qui vont dénoncer au roi, comme un acte d'iniquité, la sentence de mort rendue contre saint Jacques, le frère de Jésus, par le grand-prétre Hanan, et qui obtiennent la destitution de ce pontife indigne. On a l'habitude d'accuser les pharisiens de sacrifier le sens moral et le sens spirituel de l'Écriture au sens littéral ; c'est même de là que vient cette expression : interpréter judaïquement la loi. Eh bien I voici un pharisien particulièrement cher à la synagogue, antérieur