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LES SLAVES AU XIX' SIECLE

tes en Pologne par Mîckiewicz, en Russie par Pouch- ' kine.

Les Slaves, par cela même qu'ils ont beaucoup souffert, [jar cela même qu'ils ont été longtemps les parias \ lie l'Europe, ont eu lora de leur renaissance une tendance maladive au mj'sticisme, un goût passionné pour les impostures qui flallaieut leur amour-propre national. Le messianisme qui, hélas, fut autrefois prêché iciméme, n'est plus aujourd'hui qu'un souvenir. Haia vous rencontrerez encore aujourd'hui des Slaves de bonnes , foi, qui rêvent de résoudre les problèmes politiques par l'application des formules des mathématiques trans- a pendantes, ou de créer des titres de gloire à leur race \ par les découvertes les plus invraisemblables.

Récemment encore n'a-t-on pas voulu nous faire retrouver dans les gorges du Rhodope des poèmes or- ' phiques, conservés — 6 merveille — par des pâtres bulgares. Vous pouvez entendre des hommes graves, considérés dans leur pays, revendiquer pour la race slave Ariatote, né en Thessalîe, Alexandre, né en Macédoine, Attila, dont on ignore la pairie.

Un orthodoxe passionné vous affirmera qu'il n'eat point de nationalité slave en dehors de l'alphabet cyril- j lique et du culte grec ; un ethnographe ennemi irrécon-J ciliable de la Russie, faussera l'I.i^luire et la linguistî'A que pour exclure de la race slave un peuple qui, selo^J lui, en compromet l'harmonie et l'unité. 1

Nous n'avons pas le ,droit d'ignorer ces aberrali

nous devons vous mettre en garde contre elles, nous rendre compte des causes qui les ont fait naître et de la valeur des œuvres littéraires qu'elles ont produites. Au point de vue de l'art pur, certaines ne sont pas sans mérite. 11 y a deux façons d'étudier la vie d'un peuple; il faut la comprendre telle qu'il s'imagine l'avoir vécue; il faut la voir telle qu'elle a été dans la réalité.

D'ailleurs, si vous avez à vous garder des exagérations qu'inspire parfois aux Slaves un patriotisme mal entendu, vous ferez bien aussi de ne pas prêter une oreille docile aux assertions de leurs ennemis. Soyez très prudents dans vos lectures. N'oubliez pas que tous les peuples slaves sont en lutte avec des voisins intéressés à amoindrir leur valeur morale, leur territoire ethnique, ou môme à nier leur existence.

De la Méditerranée à la Baltique les marches du monde slave lui sont disputées par les races les plus diverses. Ici ce sont les Grecs qui revendiquent la Macédoine contre les Bulgares : là, les Italiens qui réclament ristrie aux Slovènes et aux Croates ; plus loin, les Hongrois contestent aux Slovaques et aux Petits Russes jusqu'au droit d'exister. A entendre les Allemands, ils seraient les seuls maîtres de la Bohême, de la Moravie, de la Silésie et du duché de Poznanie.

De tous ces ennemis vous ne pouvez guère attendre un jugement strictement impartial. Si des Slaves sont enlutte les uns contre les autres, comme les Serbes et les Croates, les Russes et les Polonais, gardez*vous de

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les croire sur paroles et lâchez de vérifier leur assertioRB. Apprenez à juger par vous-môme. Défîez-voua des synihèses ambitieuses et des généralisations prémalurées. Rappelez-vous que chacun des peuples de cette grande race a sa physionomie bien distincte, son hiaioîre particulière, et qu'avant de conclure il faut avant tout procéder à une minutieuse analyse.

Quand il s'agit de peuples vivants et pour qui le dolaine de l'avenir est plus vaste encore que celui d ^saê, lavérité ne se trouve pas seulement dans les Srres. Il faut aller la chercher sur le sol même où les ions se meuvent ; assister à leur vie politique et lit- ^aire, prendre part àleurs fêtes, à leurs deuils, àleurs [itea religieux. En ce qui me concerne, depuis vingtje me suis appliqué à observer par moi-même cette IFie contemporaine dont les voyages seuls peuvent donune idée exacte. J'ai été l'étudier au pied du Vysch- •ad et du Hradschin, sur les bords du Danube et de la Bave, dans les sanctuaires de Gniezno et de Kiev, de Bracovîe et de Moscou, sur les rives loi niai nés du Volga, lans les plaines classiques que baignent les flots de {"Isker et de la Marîtsa, Les souvenirs que j'ai rapportés ie ces lointaines excursions me permettront, je l'espère, |q vous intéresser plus vivement aux destinées des nalons dont j'ai été l'hôte, et qui loutes, pour des raisons IrerseB, parfois même conlr*lictoires, sont égalemest kttachées à notre pays.

Hais la science ne se préoccupe pas seulement des

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nations actueUcment existantes; elle porte un intérêt, une tendresse spéciale au>c peuples disparus. Elle s'efforce de reconstituer leur langue, leurs mœurs, lenr civilisation. La race slave a déjà vu succomber plus d'un de ses enfants. Elle a occupé jadis toute la rive droite de l'Elbe ; elle a laissé des noms slaves à la Poméranie, au Brandebourg. Les Obotrites, les Stodoranes, les Ratares, les Drevanes, les Sorabes ne sont plus qu'un souvenir ; le sanctuaire du Dieu Svalovit, dans rile de Rugen, est aujourd'hui l'avanl-postedeU marine prussienne dans la mer Baltique ; au xviii' siècle les accents d'un idiome slave résonnaient encore dans la province maintenant allemande de Lunebourg; ses habitants conservent encore aujourd'hui le nom de Vendes qui rappelle leur ancienne origine : « La voici, s'écrie le poète de la solidarité slave, la voici sous mes yeux mouillés de larmes, cette terre, jadis berceau, aujourd'hui tombeau de mon peuple ; qu'éles-vous devenus chers peuples slaves qui viviez naguère ici, qui buviez les eaux de In Poméranîe et celles de la Sale ; race paisibledes Sorabes, fils de l'empire obotrite? Où êtesvous, tribus des Wiltses, descendants des Velètes? Je regarde au loin à ma droite ; je fouille l'iioriion à ma gauche, mon œil dans la Slavie cherche en vain les Slaves, » Ces tribus dont le poète porte le deuil, nous essaierons d'en retrouver l'histoire. Elles sont bien mortes et nous n'avons Aucune espérance de les voir renaître k U lumiâre. £t cependant notre siècle a pres-

^L mortes et no H renaître à U

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que vu ce miracle de la résurrection des peuples, 11 a suffi qu'une étincelle survéciH houb la cendre pour que Tbistoire en ail rallumé la (lamme, pour que , telle nation condamnée à périr, ail repris sa place j parmi lea membres de la famille européenne. C'est ' grâce à des savants, à des philologues que la Bohême ] a recommencé de vivre. Tel livre d'histoire, celui de ] Palacky, par exemple, a plus fait pour elle quen'u- I valent fait au temps des Husaites dix batailles sanglan- I tes. Depuis un demi-siècle la race germanique a vu, ] grâce à la renaissance du génie slave, lui échapper bien i des provinces qu'elle croyait assimilées sans retour. 1 Au lendemain de nos désastres, M. Renan, dans une de 1 ses lettres à Strauss, signalait éloqoemment le danger j que pouvaient faire courir â l'Allemagne ces retours of- 4 fensifs de l'histoire: >• Chaque affirmation du germa- A nisme, écrivait notre illustre collègue, est nne affirma- Â mation du slavisme; chbque mouvcmenl de noncenlra- ' tration de la part des Allemands est un mouvement qui I Il précipite» le Slave, ledégage, lefaitélreséparémenl... 1 Le Slave dans ciuquanle ans saura que c'est vous qui I avez fait son nom synonyme d'esclave ; il verra cette I longue exploitation historique de sa race par la vûlre — I et le nombre des Slaves est double du vôtre. Songes<J quel poids pèsera dans la balance du monde, le jour oit M la Bobéme, la Moravie, la Croatie, la Serbie, toutes laiM populations slaves de l'empire ottoman sûrement destinées il raffranchissement, races héroïques encore, toutes

militaires et qui n'ont besoin que d'être commandées, se grouperont autour de ce grand conglomérat moscovite, qui parait bien le noyau désigné de la future unité

slave Une des blessures des Russes sera unjourdV

voir été civilisés par les Allemands. Ils le nieront, mais ils seTavoueront tout en le niant, et ce souvenir les exaspérera. L'académie de Saint-Pétersbourg en voudra autant un jour à celle de Berlin pour avoir été allemande que celle de Berlin nous en veut pour avoir été autrefois à moitié française. Notre siècle est le siècle du triomphe du serf sur le maître. Le slave a été et, à quelque égard, est encore votre serf..... Sous prétexte d'une étymologie germanique vous prenez pour la Prusse tel village de Lorraine. Les noms de Vienne, de Worms, de Mayence sont gaulois ; nous ne vous réclamerons jamais ces villes, mais si un jour les Slaves viennent revendiquer la Prusse proprement dite, la Poméranie,la Silésie, Berlin, par la raison que tous ces noms sont slaves ; s*il fonlsur l'Elbe et sur l'Oder ce que vous avez fait sur la Moselle; s'ils pointent sur la carte les villages obotrites ou velètes, qu'aurez-vousàdire?» Si jamais elles venaient à se produire, ces revendications dont M. Renan se faisait naguère le prophète, ce n'est pas à nous Frani^ais qu'il conviendrait d'en gémir. Nous n'avons point d'ailleurs à apprendre aux peuples Slaves ce qu'ils ont à faire. Mais en étudiant ce qu'ils ont été dans le passé, ce qu'ils sont dans le présent, nous pourrons peut-être conjecturer ce qu'ils

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doivent être un jour. Nous De devrons négliger aucun desélÉmenlsqui peuvent noua amener àla solution de ceproblèrae ou du moins nous en rapprocher. Il faut avant tout commencer par l'éLude des langues; elle est indispensable si nous voulons pénétrer le génie des nations dont elles sont l'organe, délimiter le domaine qu'elles occupent aujourd'hui, reconstituer celui qu'elles ont occupé autrefois el qu'elles reprendront peut-élre demain. L'archéologie et li» mylhologie comparée nous aideront à reconstruire le passé des Slaves, même dans ces périodes lointaines où l'histoire seule ne peut pénétrer; la littérature, quand il s'agît de peuples peu connuB ne saurait être comprisesans l'examen de l'histoire politique, des instilulions et des mœurs. Comme vous le vojez, Messieurs, noire tâche est immense el je n'éprouve qu'une crainle en l'abordant, c'est de n'avoir ni assez de forces, ni une vie assez longue pour parcourir avec vous le cycle entier de nos éludes. Permettez-moi de les recommander h vos sympathies cl décompter sur votre persévérance.

Quant à mon dévouement, il ne vous ferajamais défaut. J'ai la ferme conviction de servir non seulement la science, mais le pays en vous apprenant à mieux connaîlre une race qui malgré son éloignement, a été plus d'une fois en contact avec la nôtre et dont le développement ullérieur ne sera pas sans influence sur ootrsJ avenir.

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