‹ Nouvelles études sur le choléra asiatiqueChapitre 1 sur 6 · ROME · texte numérisé non relu

ROME

imprimerie de L’ITALIE,

à rUniversité romaine une autorité qui n’est pas contestée (1).

Depuis quinze ans que j’habite l’Italie, c’est la première fois que je mets la main à une traduction; j’avais toujours hésité à entreprendre un travail qui n’aurait pas eu pour mon pays une utilité pratique. Traduire des romans, à quoi bon ! quelques volumes de poésies, impossible ; des études économiques ou politiques, nous faisons mieux en France. Mais, ja Ta-

(1) M. le chev. comte Orsi, docteui’ en médecine, rapporteur de la commission nommée par le Y® congrès médical italien réuni à Rome en octobre 1871, et chargée d’étudier les moyens propres à préserver l’Italie d’une nouvelle invasion cholérique, s’est empressé de faire publier dans le journal médical Y Tppocratico ces études de M. le docteur Socrate Cadet, et cela en raison de la gravité du sujet et de l’importance du remède proposé. (Giornale Tlppocratico, anno XXXV, 10 febbraio, n. 4 délia Sérié III, Vol. XXI. — Forli 1872, p. 106.)

De son côté, M. le chev. docteur Aliprando IMoriggia, professeur d’histologie à l’Université de Rome, publiait l'article suivant daus VAnnuario scientifico ed industriale, anno VIII, 1871. — Milano 1872, p. 481 :

« 20. Solfuro nero di mercurio. — M. le prof. Cadet, de Rome, insistant avec la plus louable persévérance sm’ la puissante etScacité préventive et curative de ce remède contre la peste bovine, la fièvre jaune et le choléra asiatique, a eu le bonheur de le voir expérimenté, non-seulement en Italie, mais encore en Russie et jusqu’en Amérique, où il a toujours obtenu les effets que l’honorable professeur en attendait, toutes les fois qu’il fut administré en temps opportun, à justes doses et bien préparé.

« Le docteur Moriggia, l’auteur de cet article médical de YAnnuario, déjà convaincu, par la lecture des nombreuses publications de M. le prof. Cadet sur cet important sujet, de l'efficacité du remède recommandé par lui. a eu l'occasion, à Rome, d’entendre citer ses effets merveilleux et providentiels, pour ainsi dire, par les médecins les plus distingués des hôpitaux où il fut administré durant la dernière invasion du choléra. 11 faut donc espérer que, pour le bien do l'humanité, l'usago de cet anticholérique par excellence, de ce remédo aussi puissant (ju inoffensif, vienne à se répandre et à être adopté par tous les praticiens éclairés. Nous ajouterons qu'il avait été proposé au commencement du siècle dernier par l’illustre Vallisucri comme uii parasiticide infaillible. »

voue, la récente brochure de M. le professeur Cadet m’a profondément impressionné et j’ai cru de mon devoir de la faire connaître dans une langue plus répandue que la langue italienne. Ces statistiques officielles, et un peu sèches peut-être, plaident plus éloquemment que les plus beaux discours en faveur de l’emploi de l’éthiops minéral contre le choléra. J’ajouterai, pour soutenir la thèse du professeur Cadet, qui affirme qu’une bonne partie des maladies graves qui affligent l’humanité sont dues à la présence de parasites,' j’ajouterai que, dans la récente épidémie variolique à Rome, l’éthiops minéral a été employé avec le plus grand succès, soit comme préservatif, soit comme curatif (1). Les enfants auxquels on en

(1) M. le docteui' Desessartz, membre de l'Institut et des Sociétés de médecine de Paris, Bordeaux, Bruxelles, etc. etc., dans un ménioii’e lu à la classe des sciences mathématiques et physiques de 1 Institut national (l’an VI), sm‘ l’usage et les effets des préparations mercurielles <laus la petite vérole, a signalé le fait suivant, qui nous parait du plus haut intérêt : « Lobb, dit-il, rapporte 1 histoire de quatre personnes à qui il fit prendre de 1 oxyde de mercure sulfuré noir (éthiops minéral) associé avec de la cochenille, des yeux d écrevisse et de la racine d’ année. Aucune na eu la petite vérole, quoique toutes, avant de prendre ces poudres, aient été exposées aux exhalaisons varioleuses. » A ces^ quatre histoires, il joint celle d'une jeune fille traitée de la meme manière et avec le même succès par Richardson. Il cite plus loin ces paroles de Cotugno, médecin de Naples, dans son tiaite De Sedibus vartolarum ; « L’avantage que l’oxyde de mercure sublimé noir (éthiops minéral) procure aux varioleux ne consiste pas seulement à tuer les vers et à tenir le ventre libre ainsi que je 1 ai constamment observé, mais il a encore la faculté de favoriser la formation des pustules d'une manière si évi-

r “ ' pris ce re-

mède méthodiquement avoir des pustules maigres et à demi-for-

mées ; et mémo toutes les fois (ju’olles étaient petites, qu’elles •sortaient lentement, étaient déprimées, arrêtées! je les aï vuS .,0 relovei , à quelque période de la maladie que ce fût, après un

pu mme^ahs), et a aussi la propriété de corriger, do détruire

avait fait prendre par précaution n’ont eu que des maladies bénignes. J’en ai vu plusieurs qui n’avaient pas sur tout le corpsplusde cinquante pustules varioliques et qui sont restés sans la moindre trace de cette maladie, qui défigure presque toujours. Quant à ceux auxquels le remède n’a été administré qu’après la déclaratiou de la maladie, il a fait tout ce qu’il pouvait faire en les sauvant d’une mort à peu près certaine. Je l’ai vu très-efficace aussi dans le croup et dans la dipHlérite, dont les symptômes effrayants disparaissaient bien vite, après trois ou quatre doses administrées selon la formule.

Il ne me reste plus qu’à répondre à ceux qui prétendent que l’idée du professeur Cadet n’est point une idée neuve et que l’étbiops est depuis longtemps du domaine de la pharmacopée. Dans une de ses préfaces, Boileau, ce vieux Mentor, qui vous paraît bien sévère et bien pédant quand on est jeune, mais auquel on revient plus tard pour ne plus le quitter, Boileau a dit excellemment : « Qu’est-ce qu’une pensée neuve, extraordinaire? Ce n’est point, comme se le persuadent les ignorants, une pensée que personne n’a jamais eue ni dû avoir, c’est, au contraire, une pensée qui a dû venir à tout le monde et que quelqu’un s’avise d’exprimer, » et j’ajouterai : de populariser.

Agréez, mon cher docteur, l’assurance de ma vieille et sincère amitié,

Comte Charles des Dorides.

la qualité caustique et rongeante tlo la matière varioleuse, car il est rare que ceux qui en ont fait usage soient marqués de la petite vérole. »

Extrait du journal l’IPPOCRATICO.

M. le docteur Socrate Cadet, professeur de physiologie à l’Université de Rome, avec un zèle infatigable et une profonde conviction, fruit de sa propre expérience et de celle de nombreux praticiens, combat depuis 1854 en faveur de l’efficacité du sulfure noir de mercure^ plus connu sous le nom ^éthio'ps minéral, comme mo}’en propre à prévenir et à guérir les maladies contagieuses de l’homme et des animaux domestiques.

En présence du choléra qui semble de nouveau menacer l’Europe, il recommande encore une fois l’emploi de ce remède, destiné à défendre l’humanité contre le terrible fléau, et nous fait connaître, dans les études que nous publions ici les résultats obtenus par Vëthiops minéral, comparés à ceux des autres méthodes curatives déjà employées à Rome contre le choléra.

M. le professeur Cadet est un de nos praticiens qui suivent avec le plus d’énergie et de succès les traces d’ Antonio Vallisneri qui, dès le commencement du XVIIR siècle, affirma l’ancienne conception latine qui consistait à expliquer la cause des maladies contagieuses et miasmatiques par la présence de parasites, et proposait lui-même de les combattre au moyen du sulfure noir de mercure.

M. le professeur Cadet, appliquant ce principe à la paihogénésie du choléra, et le trouvant confirmé par les expériences faites au mici’oscope en Angleterre, en Allemagne, en France et en Italie (i), se convainquit de plus en plus, en présence de faits précis et indiscutables, de l’utilité de Yébhiops minéral comme préservatif et comme

(1) Le professeur Cadet fut un de ceux qui étudiferent en Italie avec le microscope les évacuations cholériques (Complcs-rendus de l'Académie des sciences de Paris, T. XXXIX, 2 octobre 1854, p. 629. Intorno alcune forme di organici vedute in ma membrana indocolcrica in Roma neU'anno 1854, avec tables. Negli MU dell'Accademia pontiftcia dei Nuovi Lincei, anno XXI, T. XXI, 5 gennato 1868, p. 47).

curatif, surtout lorsqu’il est administré au début de la maladie. Nous croyons que là où le fléau se manifestera, le succès répondra toujours à la faveur, aujourd'hui si grande, de ce remède, que l’auteur recommande chaudement en Italie, qu’il propose aux Académies étrangères et qu’il proposa également au dernier Congrès médical réuni à Rome.

Nous connaissons un grand nombre de célébrités médicales, parmi lesquelles le docteur Lieto Regnoli, notre compatriote, l’un des médecins en chef des hôpitaux de Rome, qui affirment la grande efficacité de ce remède ; M . le professeur Serres, en France, en faisait également le plus grand éloge, et les docteurs de Lindemann, Girsztowt et M. le conseiller intime de l’empire Mianowski cherchent à le populariser en Russie, où il a- donné de bons résultats lors de la récente épidémie (1). Ne serait-ce pas un bonheur pour l’humanité que le fléau dévastateur pût être enfin circonscrit dans les limites de la région où il a pris naissance et d’où il est parti ?

En publiant ces études du professeur Cadet, nous avons pour but de faire connaître une chose utile et de rendre hommage à la persévérance et aux convictions profondes de leur auteur.

D>- LUIGI CAS ATI (2).

(1) Bollettino delle scienze mediche di Bologna, settembre 1871, p. SS6.

(2) Rédacteur du journal l'Ippocratico.

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