FORMES ET FIGURES DE FANTOMES
Ces phénomènes sont les plus rares de tous ceux dont j’ai été témoin. Les conditions nécessaires pour leur apparition semblent être si délicates, et il faut si peu de chose pour contrarier leur manifestation, que je n’ai eu que de très rares occasions de les voir dans des conditions de contrôle satisfaisantes. Je mentionnerai deux de ces cas.
Au déclin du jour, pendant une séance de M. Home chez moi, je vis s’agiter les rideaux d’une fenêtre, qui était environ à huit pieds de distance de M. Home. Une forme sombre, obscure, demi-transparente, semblable à une forme humaine, fut aperçue par tous les assistants, debout près de la croisée, et cette forme agitait le rideau avec sa main. Pendant que nous la regardions, elle s’évanouit et les rideaux cessèrent de se mouvoir.
Le cas qui suit est encore plus frappant.
Comme dans le cas précédent, M. Home était le médium. Une forme de fantôme s’avança d’un coin de la chambre, alla prendre un accordéon,
et ensuite glissa clans l’appartement en jouant de cet instrument. Cette forme fut visible pendant plusieurs minutes pour toutes les personnes présentes, et en même temps on voyait aussi M. Home. Le fantôme s’approcha d’une dame qui était assise à une certaine distance du reste des assistants; cette dame poussa un petit cri, à la suite duquel l’ombre disparut.
XII e CLASSE
CAS PARTICULIERS SEMBLANT INDIQUER L’ACTION d’une intelligence extérieure
Il a déjà été prouvé que ces phénomènes sont gouvernés par une intelligence. Il est très important de connaître la source de cette intelligence. Est-ce c&le du médium ou bien celle d’une des personnes qui sont dans l’appartement, ou bien cette intelligence est-elle en dehors d’eux? Sans vouloir à présent me prononcer positivement sur ce point, je puis dire que, tout en constatant que dans bien des cas la volonté et l’intelligence du médium ont paru avoir beaucoup d’action sur les phénomènes, j’ai observé aussi plusieurs cas qui semblent montrer d’une manière concluante l’action d’une intelligence extérieure et étrangère à toutes les personnes présentes (1). L’espace ne me permet
(1) Je désire qu’on comprenne bien le sens de mes paroles : je ne veux pas dire que la volonté et l’intelligence du médium s’employent activement d’une manière consciente ou déloyale à la production des phénomènes ; mais bien qu’il arrive quelquefois que ses facultés semblent agir d’une fa(jon inconsciente.
pas de donner ici tous les arguments qu’on peut mettre en avant pour prouver ces assertions, mais parmi un grand nombre défaits j’en mentionnerai brièvement un ou deux.
En ma présence plusieurs phénomènes se sont produits en môme temps, et le médium ne les connaissait pas tous. Il m’est arrivé de voir M Uo Fox écrire automatiquement une communication pour un des assistants, pendant qu’une autre communication sur un autre sujet lui était donnée pour une autre personne aü moyen de l’alphabet et par « coups frappés , » et pendant tout ce temps le médiüm causait avec une troisième personne, sans le moindre embarras, sur un sujet tout à fait différent des deux autres.
Un cas peut-être plus frappant est le suivant. Pendant une séance avec M. Home, la petite latte dont j’ai déjà parlé, traversa la table pour venir à moi en pleine lumière, et me donna une communication en me frappant sur la main.
J’épelais l’alphabet, et la latte me frappait aux lettres qu’il fallait. L’autre bout de la latte reposait sur la table, à une certaine distance des mains de M. Home.
Les coups étaient si nets et si précis, et la règle était si évidemment sous l’influence d’une puissance invisible qui dirigeait ses mouvements que je dis : « L’intelligence qui dirige les mouvements de cette règle peut-elle changer le caractère de ses mouvements, et me donner au moyen de coups frappés sur ma main un message télégraphique avec l’alphabet de Morse? »
J’ai toutes les raisons possibles pour croire que l’alphabet de Morse était tout à fait in-
connu des personnes présentes, et moi-môme je ne le connaissais qu’imparfaitement. J’avais à peine prononcé ces paroles que le caractère des coups frappés changea; et le message fut continué de la manière que j’avais demandée.
Les lettres me furent données trop rapidement pour pouvoir faire autre chose que de saisir un mot,par-ci par-là, et par conséquent ce message fut perdu; mais j’en avais assez vu pour me convaincre qù’à l’autre bout de la latte il y avait un bon opérateur de Morse, quel qu’il pût être d’ailleurs.
Encore un autre exemple : une dame écrivait automatiquement au moyen de la planchette.
J’essayai de découvrir le moyen de prouver que ce qu’elle écrivait n’était pas dû à l’action inconsciente du cerveau. La planchette, comme elle le fait toujours, affirmait que quoi qu’elle fût mise en mouvement par la main et le bras de cette dame, Y intelligence qui la dirigeait était celle d’un être invisible, qui jouait du cerveau de la dame comme d’un instrument de musique, et faisait ainsi mouvoir ses muscles.
Je dis alors à cette intelligence : « Voyez-vous ce qu’il y a dans cette chambre? — Oui, écrivit la planchette. — Voyez-vous ce journal et pouvez-vous le lire? ajoutai-je, en mettant mon doigt sur un numéro du Times qui était sur une table derrière moi, mais sans le regarder. — Oui, répondit la planchette. — Bien, dis-je, si vous pouvez le voir, écrivez le mot qui est maintenant couvert par mon doigt, et je vous croirai. » La planchette commença à se mouvoir lentement et avec beaucoup de difficulté elle écrivit le mot « however. » Je me tournai et je
vis que le mot honneur était couvert par le bout de mon doigt.
Lorsque je fis cette expérience, j’avais évité à dessein de regarder le journal, et il était impossible a la dame, l’eût-elle essayé, de voir un seul des mots imprimés, car elle était assise à une table, le journal était sur une autre table dernere moi, et mon corps lui en cachait la