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EXPLIQUER LES PHÉNOMÈNES OBSERVÉS

Première théorie. — Les phénomènes sont tous le résultat de fraudes, d’habiles arrangements mécaniques ou de prestidigitation ; les médiums sont des imposteurs, et les assistants sont des imbéciles.

Il est évident que cette théorie ne peut expliquer qu’un très petit nombre des faits observés. J’admets volontiers que, parmi les médiums qui ont paru devant le public, il y en a beaucoup qui sont des imposteurs fieffés, qui ont profité du goût du public pour les séances spiritualistes, pour remplir leur bourse de guinées gagnées sans peine ; qu’il y en a d’autres qui, n’ayant pour tromper aucun intérêt pécuniaire, sontamenés à le faire parle seul désir, semblet-il, d’acquérir de la notoriété.

Je me suis trouvé en présence de plusieurs de ces fraudes : quelques-unes étaient très ingénieuses ; les autres étaient si grossières, qu’il n’est pas une personne ayant été témoin de phénomènes réels qui pût s’y laisser prendre. Un investigateur de ce genre de faits qui, au début de ses recherches, rencontre une de ces

tromperies, sè prend de dégoût h cause de ce qu’il découvre, et il est naturel que, soit en particulier, soit par la voix de la presse, il donne un libre essor à ses opinions et englobe dans la même réprobation toute la race des « médiums ».

Avec un médium véritable, il arrive que les premiers phénomènes que l’on observe se trouvent généralement être de légers mouvements de la table, et de faibles coups frappés sous les pieds ou les mains du médium. Ces effets, j’en conviens, sont très faciles à imiter par le médium ou par toute autre personne assise à la table. Si, comme cela arrive quelquefois, il ne se produit rien, l’observateur sceptique se retire fermement convaincu que dans sa pénétration hors ligne il a découvert que le médium trichait, et qu’alors celui-ci a craint d’exposer d’autres ruses en sa présence. Il écrira donc aux journaux, expliquera la fraude, et probablement il se répandra en sentiments de commisération à la vue du triste spectacle de gens qui, intelligents en apparence, se laissent prendre à la fourberie qu’il a, lui, découverte du premier coup.

11 y a une énorme différence entre les tours d’un escamoteur de profession qui, entouré de ses appareils, aidé par un certain nombre de gens cachés et de compères, trompe les sens par son adresse et sa légèreté de main, sur son propre théâtre, et les phénomènes qui se produisent en présence de M. Home, en pleine lumière, dans un appartement privé qui, jusques au commencement de la séance, a été occupé sans discontinuité, par moi et mes amis, qui non seulement n’auraient pas favorisé la plus petite

supercherie, mais encore observaient de près tout ce qui se passait. Bien plus, M. Home a souvent été fouillé avant et après les séances, et il demande toujours qu’il en soit ainsi. Pendant les manifestations les plus remarquables, j’ai parfois tenu ses deux mains et placé mes pieds sur ses pieds. Je n’ai pas proposé une seule fois de modifier les dispositions prises pour rendre la supercherie moins possible, sans qu’il n’y ait tout de suite consenti, et souvent même il a appelé l’attention sur les moyens de contrôle qu’on pouvait employer.

Je parle surtout de M. Home, parce qu’il a beaucoup plus de puissance que les autres médiums avec lesquels j’ai fait mes expériences. Mais avec tous, j’ai pris des précautions suffisantes pour que 1a. fraude fût rayée de la liste des explications possibles.

Qu’on n’oublie pas qu’une explication, pour être valable, doit satisfaire à toutes les conditions du problème. Il n’est donc pas logique qu’une personne, qui peut-être n’aura vu que quelques-uns des phénomènes inférieurs, dise : « Je soupçonne que tout cela est de la superchecherie » ou bien : « J’ai vu comment ces tours pourraient être exécutés. »

Deuxième théorie. — Les personnes qui assistent à une séance sont victimes d’une espèce de folie ou d’illusion, et s’imaginent qu’il se produit des phénomènes qui n’existent réellement pas.

Troisième théorie. — Tout cela est le résultat de l’action consciente ou inconsciente du cerveau.

Ces deux théories ne peuvent évidemment

embrasser qu’une très petite partie des phénomènes, et même elles ne les expliquent que d’une manière improbable. Elles peuvent se réfuter en très peu de mots.

J’arrive maintenant aux théories « spirituelles. » Il faut se rappeler que le mot « esprits » est employé dans un sens très vague par le plus grand nombre de personnes.

Quatrième théorie. — Les phénomènes produits sont le résultat de l’esprit du médium qui s’associe peut-être à l’esprit de toutes les personnes présentes ou de quelques-unes seulement.

Cinquième théorie. — Ils sont dus à l’action des mauvais esprits ou diables, qui se manifestent par qui il leur plaît et de la manière qu’il leur plaît, afin de saper le christianisme et de perdre les âmes des hommes.

Sixième théorie. — Ils sont produits par une certaine classe d’êtres, vivant sur cette terre, mais immatériels et invisibles à nos yeux et capables toutefois, en certains cas, de manifester leur présence. Dans tous les pays et à toutes les époques, ils ont été connus sous le nom de démons (ce qui ne veut pas dire qu’ils soient nécessairement mauvais), de gnomes, fées, lutins, farfadets, nains, etc.

Septième théorie. — Les manifestations sont dues à l’intervention des morts : c’est là la théorie spirituelle par excellence.

Huitième théorie. — Théorie de la Force psychique. Cette théorie est plutôt un complément des théories 4, 5, 6 et 7, qu’une théorie en ellemême.

D’après cette théorie, le médium ou le cercle

de personne? réuntés ensemble pour former un tout est supposé posséder une force, un pouvoir, une influence, une vertu ou un don au moyen desquels des êtres intelligents peuvent produire les phénomènes observés. Quant à ce que peuvent être ces êtres intelligents, c’est là matière à d’autres théories.

Ce qu’il y a de certain, c’est qu’un médium possède un quelque chose qu’un être ordinaire n’a pas en sa possession. Donnez un nom à ce quelque chose; appelez-le X si vous voulez, M. Serjeant Cox l’appelle Force psychique. Ce sujet a été si mal compris que je crois, bien faire d’en donner l’explication qui suit, en me servant des propres paroles de M. Serjeant Cox :

. La théorie de la Force psychique n’est autre chose que la simpleconstatation du fait presque indiscutable maintenant que, dans de certaines conditions encore imparfaitement fixées et à une certaine distance, encore indéterminée, du -corps de certaines personnes, douées d’une organisation nerveuse spéciale, il se manifeste aine force qui, saris le contact des muscles ou <dë ce qui s’y rattache, exerce une action à distancé, produit visiblement le mouvement de corps solides ety faitrésonner des sons. Comme la présence d’une telle organisation est néces- ..saire .à la production des phénomènes, il est raisonnable d’en conclure que cette force, par un moyen encore inconnu, procède de cette organisation. De même que l’organisme luimême est mû et dirigé intérieurement par une Force qui est l’Ame, ou est gouvernée par l’Ame, d’Esprit ou l’Intelligence (donnez-lui le nom

qu il vous plaira) qui constitue l’Ôtre individuel que nous appelons Y homme-, de même il est raisonnable de conclure que la force qui produit le mouvement au delà des limites du corps est la même que celle qui le produit en dedans de ° es limites. Et, de meme qu’on voit souvent la force extérieure dirigée par une Intelligence; de morne il est raisonnable de conclure aussi que l’Intelligence qui dirige la force extérieure est la même que celle qui la gouverne intérieurement. G est à cette force que j’ai donné le nom de Force psychique, parce que ce nom définit bien la force qui, selon moi, prend sa source dans l’Ame ou l’Intelligence de l’homme.

Mais, pas plus que tous ceux qui adoptent cette théorie de la force psychique comme étant l’agent par lequel les phénomènes se produisent, je ne prétends pas affirmer que cetto Force ne puisse pas être quelquefois saisie et dirigée par quelque autre intelligence que celle de la force psychique. Les plus ardents spiritualistes admettent en réalité l’existence de cette force sous le nom tout à fait impropre de magnétisme, avec lequel elle n’a pas le moindre rapport, car ils affirment que les esprits des morts ne peuvent accomplir les actes qu’on leur attribue qu au moyen de la force magnétique du médium, c’est-à-dire de la force psychique.

La différence entre les partisans de la force psychique et ceux du spiritualisme consiste en ceci : — que nous soutenons qu’on n’a encore prouvé que d’une manière insuffisante qu’il existe un agent de direction autre que l’intelligence du médium, et qu’on n’a donné aucune

espèce de preuve que ce sont les esprits des morts; tandis que les spiritualistes acceptent comme article de foi, sans en demander plus de preuves, que ce sont les esprits des morts qui sont les seuls agents de la production de tous les phénomènes.

Ainsi la controverse se réduit à une pure question de fait, qui ne pourra se résoudre que par une laborieuse suite d’expériences et par la réunion d’un grand nombre de faits psychologiques. Ce sera là le premier devoir qu’aura à remplir la Société de psychologie qui s’organise en ce moment.

MÉDIUMNITÉ

DE

M l “ Florence COOK

Les lettres qui suivent ont paru dans les

tent rn Ene, S ? iritUal ! St , eS aUX dates qu ’ eUes P° r tent. Elles forment la conclusion naturelle de

cette suite de mémoires.

Monsieur,

Je me suis efforcé, le plus que j’ai pu, d’éviter toute controverse en écrivant ou en parlant sur un suiet

FTrènt • la f lmable qUÔ leS f’ h6nomèlles appelés spirites* d f. ns u ï* très petit nombre de cas ou lS ente position de mes adversaires aurait pu faire donner a mon silence d’autres motifs que \es véritables, je naijamais répliqué aux attaques**et aux fausses

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est nn«V eté SU1 - <lueI< ï u,un - Et lorsque ce quelqu’un est une femme, jeune, sensible et innocente c’est tout sp e cialement un devoir pour moi d’apporter ]e p 2

jSïïüssy en faveur de « d - * «*£

Parmi tous ies arguments mis en avant de part et d autre, touchant les phénomènes obtenus pi fa mt

diumnité de M lle Cook, je vois très peu de faits établis de manière à amener un lecteur non prévenu à dire, pourvu qu’il puisse avoir confiance dans le jugement et la véracité du narrateur : « Enfin, voici une preuve absolue 1 »

Je vois beaucoup de fortes assertions,. beaucoup d’exagération non intentionnelle, des conjectures et des suppositions sans fin, pas mal d’insinuations de fraude, un peu de bouffonnerie vulgaire, mais je ne vois personne se présenter avec l’affirmation positive, basée sur l’évidence de ses propres sens, que quand la forme qui se donne elle-même le nom de « Katie » est dans la chambre, le corps de M lle C'ooke est au même moment dans le cabinet, ou bien n’y est pas.

Il me semble que toute la question se resserre entre les étroites limites. Qu’on prouve comme un fait l’une ou l’autre des deux alternatives précédentes, et toutes les autres questions subsidiaires seront écartées. Mais la preuve doit être absolue i elle ne doit pas etre basée sur un raisonnement par induction, ou acceptée d’après l’intégrité supposée des cachets, des nœuds ou des coutures? car j’ai des raisons pour être certain que le pouvoir à l’œuvre dans ces phénomènes est comme l’amour, et qu'il « se rit des serrures. »

J’avais l’espoir que quelques - uns des amis de M lle Cook, qui ont suivi ses séances presque depuis leur commencement, et qui semblent avoir été hautement favorisés dans les preuves qu’ils ont reçues, auraient avant moi donné leur témoignage en sa faveur, Mais à défaut des témoins qui ont suivi ces phénomènes depuis leur début, il y a environ trois ans de cela, qu’il me soit permis, à moi qui n’ai été admis réellement qu’à la onzième heure, d’exposer un fait constaté dans une séance où j’étais invité à la demande de M lle Cook, et qui eut lieu quelques jours après la désagréable affaire qui a donné naissance à cette controverse,

La séance se tenait dans la maison de M. Luxmore,

et le « cabinet » était un arrière-salon séparé par un rideau de la chambre de devant, dans laquelle se trouvait l’assistance.

La formalité ordinaire d’inspecter la chambre et d’examiner les fermetures ayant été effectuée,M lle Cook pénétra dans le cabinet.

Au bout de peu de temps, la forme de Katie apparut à côté du rideau, mais elle se retira bientôt, en disant que son médium n’était pas bien et ne pouvait pas être mis dans un sommeil suffisamment profond pour qu’il * fût sans danger pour elle de s’en éloigner.

J’étais placé à quelques pieds du rideau derrière lequel M 1 ' 0 Cook était assise, le touchant presque, et je pouvais fréquemment entendre ses plaintes et ses sanglots, comme si elle souffrait. Ce malaise continua par intervalles presque pendant toute la durée de la séance, et une fois , comme la forme de Katie était devant moi dans la chambre , f entendis distinctement le son d’un sanglot 'plaintif\ identique à ceux que Âf le Cook avait fait entendre par intervalles tout le temps de la séance , et qui venait de derrière le rideau où elle devait être assise .

J’avoue que la figure était frappante d’apparence de vie et de réalité, et autant que je pouvais voir à la lumière un peu indécise, ses traits ressemblaient à ceux de M lle Cook ; mais cependant la preuve positive donnée par un de mes sens, que le soupir venait de M lie Cook, dans le eabinet, tandis que la figure état, au dehors, cette preuve, dis-je, est trop forte pour être renversée par une simple supposition du contrairei même bien soutenue.

Vos lecteurs. Messieurs, me connaissent, et voudront bien croire, j’espère, que je n’adopterai pas précipitamment une opinion, ni que je ne leur demanderai pas d’être d’accord avec moi, d’après une preuve insuffisante. C’est peut-être trop espérer que de penser que le petit incident que j’ai mentionné aura pour eux le même poids que celui qu’il a eu pour moi. Mais je

leur demanderai ceci : « Que ceux qui inclinent à juger durement M lle Cook suspendent leur jugement jusqu’à ce que j’apporte une preuve certaine, qui, je le crois, sera suffisante pour résoudre la question.

En ce moment, M lle Cook se consacre exclusivement à une série de séances privées auxquelles n’assistent qu’un ou deux de mes amis et moi. Ces séances se prolongeront probablement pendant quelques mois, et j’ai la promesse que toute preuve que je désirerai me sera donnée. Ces séances n’ont pas eu lieu depuis » quelques semaines, mais il y en a eu assez pour me convaincre pleinement de la sincérité et de l’honnêteté parfaites de M lle Cook, et pour me donner tout lieu de croire que les promesses que Katie m’a faites si librement seront tenues. ~ ;

Maintenant tout ce que je demande, c’est que vos lecteurs ne présument pas à la hâte'que tout ce qui à première vue paraît douteux implique nécessairement déception, et qu’ils veuillent bien suspendre leur jugement jusqu’à ce que je leur parle de nouveau de ces phénomènes.

Je suis, etc

William Crookes.

20, Mornington Road, London.

3 février 1874.

Dans une lettre que j’ai écrite à ce journal au commencement de février dernier, je parlais des phénomènes de formes d’esprits qui s’étaient manifestées par la médiumnité de M ,le Cook, et je disais : « Que ceux qui inclinent à juger durement M lle Cook suspendent leur jugement jusqu’à ce que j’apporte une preuve certaine qui, je le crois, sera suffisante pour résoudre la question.

« En ce moment M 110 Cook se consacre exclusivement à une série de séances privées auxquelles n’assistent qu’un ou deux de mes amis et moi..... J’en ai vu assez pour me convaincre pleinement de la sincérité et de l’honnêteté parfaites de M lle Cook, et pour me donner tout lieu de croire que les promesses que Katie m’a faites si librement seront tenues. »

Dans cette lettre je décrivais un incident qui, selon moi, était très propre à me convaincre que Katie et M lle Cook étaient deux êtres matériels distincts. Lorsque Katie était hors du cabinet, debout devant moi, j’entendis un son plaintif venant de M 11 ® Cook qui était dans le cabinet. Je suis heureux de dire que j’ai enfin obtenu « la preuve absolue » dont je parlais dans la lettre ci-dessus mentionnée.

Pour le moment, je ne parlerai pas de la plupart des preuves que Katie m’a données dans les nombreuses occasions où M lle Cook m’a favorisé de séances chez moi, et je n’en décrirai qu’une ou deux qui ont eu lieu récemment. Depuis quelque temps,

j’expérimentais avec une lampe à phosphore, consistant en une bouteille de 6 ou 8 onces qui contenait un peu d'huile phosphorée, et qui était solidement bouchée. J'avais des raisons pour espérer qu’à la lumière de cette lampe quelques-uns des mystérieux phénomènes du cabinet pourraient se rendre visibles, et Katie espérait, elle aussi, obtenir le même résultat.

Le 12 mars, pendant une séance chez moi, et après que Katie eut marché au milieu de nous, qu’elle nous eut parlé pendant quelque temps, elle se retira derrière le rideau qui séparait mon laboratoire, où l’assistance était assise, de ma bibliothèque qui, temporairement, faisait l’office de cabinet. Au bout d’un moment, elle revint au rideau et m’appela à elle en disant : « Entrez dans la chambre, et soulevez la tête de mon médium : elle a glissé à terre. » Katie était alors debout devant moi, vêtue de sa robe blanche habituelle et coiffée de son turban. Immédiatement, je me dirigeai vers la bibliothèque pour relever M lle Cook, et Katie fit quelques pas de côté pour me laisser passer. En effet, M lle Cook avait glissé en partie de dessous le canapé, et sa tète penchait dans une position très pénible. Je la remis sur le canapé, et en faisant cela j'eus, malgré l’obscurité, la vive satisfaction de constater que M ü0 Cook n’était pas revêtue du costume de Katie, mais qu’elle portait son vêtement ordinaire de velours noir, et se trouvait dans une profonde léthargie. Il ne s’était pas écoulé plus de trois secondes entre le moment où je vis Katie en robe blanche devant moi, et celui où je relevai M lle Cook sur le canapé en la tirant de la position où elle se trouvait.

En retournant à mon poste d’observation, Katie apparut de nouveau, et dit qu’elle pensait qu’elle pourrait se montrer à moi en même temps que son médium. Le gaz fut baissé, et elle me demanda ma lampe à phosphore. Après s’être montrée à sa lueur pendant quelques secondes, elle me la remit dans les mains en

disant : « Maintenant, entrez, et venez voir mon médium. » Je la suivis de près dans ma bibliothèque et, à la lueur de ma lampe je vis M lle Cook reposant sur le sofa exactement comme je l’y avais laissée. Je regardai autour de moi pour voir Katie, mais elle avait disparu. Je l appelai, mais je ne reçus pas de réponse.

Je repris ma place et Katie réapparut bientôt, et me dit que tout le temps elle avait été debout auprès de M lle Cook. Elle demanda alors si elle ne pourrait pas elle-même essayer une expérience, et prenant de mes mains la lampe à phosphore, elle passa derrière le rideau, me priant de ne pas regarder dans le cabinet pour le moment. Au bout de quelques minutes, elle me rendit la lampe en me disant qu elle n’avait pas pu réussir, qu elle avait épuisé tout le fluide du médium, mais qu’elle essayerait de nouveau une autre fois. Mon fils aîné, un garçon de quatorze ans, qui était assis en face de moi, dans une position telle qu’il pouvait voir derrière le rideau, me dit qu’il avait vu distinctement la lampe à phosphore paraissant flotter dans l’espace au-dessus de M lle Cook, et l’éclairant pendant qu'elle était étendue sans mouvement sur le sofa, mais qu’il n'avait pu voir personne tenir, la lampe.

Je passe maintenant à la séance tenue hier soir à Hackney. Jamais Katie n’est apparue avec une aussi grande perfection ; pendant près de deux heures elle s’est promenée dans la chambre, en causant familièrement avec ceux qui étaient présents. Plusieurs fois elle prit mon bras en marchant, et l’impression ressentie par mon esprit que c’était une femme vivante qui se trouvait à mon côté, et non pas un visiteur de l’autre monde, cette impression, dis-je, fut si forte, que la tentation de répéter une récente et curieuse expérience devint presque irrésistible.

Pensant donc que si je n’avais pas un esprit près de moi, il y avait tout au moins une dame, je lui demandai la permission de la prendre dans mes bras, afin

de ne permettre de vérifier les intéressantes observations qu’un expérimentateur hardi avait récemment fait connaître d’une manière tant soit peu prolixe. Cette permission me fut gracieusement donnée, et en conséquence, j’en usai — convenablement, comme tout homme bien élevé l’eût fait dans ces circonstances. M. Yolckman sera charmé de savoir que je puis corroborer son assertion que le « fantôme » (qui, du reste, ne fit aucune résistance) était un être aussi matériel que M Uo Cook elle-même. Mais la suite montrera combien un expérimentateur a tort, quelque soignées que ses observations puissent être, de se hasarder à formuler une importante conclusion quand les preuves ne sont pas en quantité suffisante.

Katie dit alors que cette fois elle se croyait capable de se montrer en même temps que M llc Cook. Je baissai le gaz, et ensuite avec ma lampe à phosphore je pénétrai dans la chambre qui servait de cabinet. Mais préalablement, j’avais prié un de mes amis, qui est habile sténographe, de noter toute observation que je pourrais faire pendant que je serais dans ce cabinet, car je connais l’importance qui s’attache aux premières impressions, et je ne voulais pas me confier à ma mémoire plus qu’ii n’était nécessaire. Ses notes sont en ce moment devant moi.

J’entrai dans la chambre avec précaution ; il y faisait noir, et ce fut à tâtons que je cherchai M Ue Cook. Je la trouvai accroupie sur le plancher.

M’agenouillant, je laissai l’air entrer dans ma lampe, et à sa lueur je vis cette jeune dame vêtue de velours noir, comme elle l’était au début de la séance et ayant toute l’apparence d’être complètement insensible. Elle ne bougea pas lorsque je pris sa main et tins la lampe tout à fait près de sdn visage ; mais elle continua à respirer paisiblement.

Elevant la lampe, je regardai autour de moi, et je vis Katie qui se tenait debout tout près de M Ile Cook et derrière elle. Elle était vêtue d’une draperie blanche

et flottante comme nous l’avions déjà vue pendant la séance. Tenant une des mains de M Jle Cook dans la mienne, et m’agenouillant encore, j’élevai et j’abaissai la lampe, tant pour éclairer la figure entière de Katie que pour pleinement me convaincre que je voyais bien réellement la vraie Katie que j’avais pressée dans mes bras quelques minutes auparavant, et non pas le fantôme d’un cerveau malade. Elle ne parla pas, mais elle remua la tête en signe de reconnaissancé. Par trois fois différentes, j’examinai soigneusement M lle Cook accroupie devant moi, pour m’assurer que la main que je tenais était bien celle d’une femme vivante et, à trois reprises différentes je tournai ma lampe vers Katie pour l’examiner avec une attention soutenue, jusqu’à ce que je n’eusse plus le moindre doute qu’elle était bien là devant moi. A la fin, M n ° Cook fit un léger mouvement, et aussitôt Katie me fit signe de m’en aller. Je me retirai dans une autre partie du cabinet et cessai alors de voir Katie, mais je ne quittai pas la chambre jusqu’à ce que M n ° Cook se fût éveillée et que deux des assistants eussent pénétré avec de la lumière.

Avant de terminer cet article, je désire faire connaître quelques-unes des différences que j’ai observées entre M Ü0 Cook et Katie. La taille de Katie est variable : chez moi je l’ai vue plus grande de six pouces que M ,le Cook. Hier soir, ayant les pieds nus et ne se tenant pas sur la pointe des pieds, elle avait quatre pouces et demi de plus que M n ° Cook. Hier soir, Katie avait le cou découvert, la peau était parfaitement douce au toucher et à la vue, tandis que M lle Cook a au cou une cicatrice qui, dans des circonstances semblables, se voit distinctement et est rude au toucher. Lçs oreilles de Katie ne sont pas percées, tandis que M Uo Cook porte ordinairement des boucles d’oreilles. Le teint de Katie est très blanc, tandis que celui de M 110 Cook est très brun. Les doigts de Katie sont beaucoup plus longs que ceux de M Uo Cook, et son

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visage est aussi plus grand. Dans les façons et manières de s’exprimer il y a aussi bien des différences marquées.

La santé de M llû Cook n’est pas assez bonne pour lui permettre de donner, avant quelques semaines, d’autres séances expérimentales comme celles-ci, et nous l’avons en conséquence fortement engagée à prendre un repos complet avant de recommencer la campagne d’expériences dont, à cause d’elle, j’ai donné un aperçu, et dans un temps prochain, j’espère que je pourrai en faire connaître les résultats.

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