‹ Nouvelles expériences sur la force psychiqueChapitre 3 sur 25 · SUR LA · texte numérisé non relu

SUR LA

« Je suis attaqué par deux sectes « bien opposées : les savants et les « ignorants. — Les uns et les autres « se rient de moi, et m’appellent le « maître de danse des grenouilles.

« Eh bien soit ! mais je sais que « j’ai découvert une des plus gran- « des forces de la nature. »

Galvani.

Extrait du a Quarterly journal of science . » 1er oc t. 1871.

J’avais l’intention de laisser plus de temps s’écouler avant de traiter de nouveau, dans ce journal, le sujet de la Force psychique. La raison de cette résolution n’était pas le manque de nouveaux faits ni de nouveaux résultats ; — bien au contraire, j’ai beaucoup de choses nouvelles, dans le champ de l’évidence expérimentale, qui viennent confirmer les conclusions que j’ai déjà formulées; — mais j’éprouvais quelques répugnances à imposer aux lecteurs du Quarterly journal of science un sujet qui pourrait ne trouver auprès d’eux que peu de faveur.

Lorsque l’éditeur d’un journal scientifique est aussi un chercheur qui expérimente ou qui étudie une branche spéciale quelconque de connaissances, il éprouve une tendance naturelle h exagérer indûment l’importance de ce qui occupe alors ses pensées; le journal qu’il dirige est en danger de perdre sa largeur de base, de se faire l’avocat de certaines opinions, ou de recevoir le reflet de manières de voir toutes particulières.

La manière dont on a accueilli les recherches expérimentales décrites dans le dernier numéro du Quarterly , éloigne tous les doutes que je pourrais avoir sur ce chapitre. Les très nombreuses communications qui ont été adressées au bureau de ce journal montrent qu’un autre article sur le même sujet ne serait pas désagréable à un grand nombre de ceux qui ont lu mon premier article; et, de plus, on paraît penser généralement que je ferais bien de saisir une occasion favorable de répoùdre à quelques unes des critiques provoquées par le caractère remarquable des résultats des expériences que j’ai décrites.

Bien des objections, qui ont été faites à mes premières expériences, recevront une réponse par ce qui suivra et ce que je rapporterai plus tard. La plus grande partie des critiques auxquelles j’ai été sujet ont été parfaitement convenables et courtoises, et à celles-là je m’efforcerai de répondre de la manière la plus complète possible. Quelques critiques cependant ont commis l’erreur de me regarder comme l’avocat de certaines opinions qu’ils ont jugé bon de m’attribuer, tandis qu’en réalité je n’a-

vais que le simple but d’établir nettement des faits et de n’exprimer aucun opinion. Ayant fait sortir des hommes de paille de leur propre imagination, ils les ont poursuivis avec vigueur pour les tuer, avec l’idée qu’ils allaient m’anéantir moi-même. D’autres, — et je suis heureux de dire qu’ils sont très peu nombreux, — ont été jusqu’au point de mettre en question ma véracité : « M. Crookes devra se procurer de meilleurs témoins avant qu’on puisse le croire ! » Accoutumé comme je le suis à être cru sur parole et sans témoins, ceci est un argument auquel je ne condescendrai point à répondre. Tous ceux qui me connaissent et lisent mes articles tiendront pour certain, je l’espère, que les faits que j’expose devant eux sont exacts, et que les expériences sont faites honnêtement, dans le seul but de faire jaillir la vérité.

Il est édifiant de comparer quelques-unes des critiques actuelles avec ce qu’on écrivait il y a un an de cela. Lorsque, pour la première fois, je dis dans ce journal que j’étais sur le point de porter mes recherches sur les phénomènes appelés spiritualistes, cette annonce provoqua un sentiment universel d’approbation. L’un dit que mes « desseins méritaient une respectueuse considération ; » l’autre ex-prima « sa profonde satisfaction que ce sujet fût sur le point d’être étudié par un homme aussi compétent que, » etc. ; un troisième était « satisfait d’apprendre que cette matière était soumise à l’attention d’hommes froids, clairvoyants, et occupant un rang distingué dans la science ; » un quatrième affirmait que « personne ne pouvait douter de la

capacité de M. Crookes à conduire ces recherches avec une impartialité rigide et philosophique, » et enfin un cinquième était assez bon pour dire à ses lecteurs : « Si des hommes, comme M. Crookes, n’admettant rien que ce qui est prouvé s’attaquent à ce sujet, nous saurons bientôt ce que nous pourrons croire. »

Ces remarques, cependant, furent écrites trop vite. Ces écrivains tenaient pour certain que les résultats de mes expériences concorderaient avec leurs idées préconçues. Ce qu’ils désiraient réellement, ce n’était pas la « vérité,» mais un témoignage de plus en faveur des propres opinions qu’ils s’étaient déjà faites. Lorsqu’il se trouva que les faits établis par cette enquête ne pouvaient pas favoriser ces opinions, pourquoi dirent-ils « tant pis pour les faits I » Ils essayèrent de revenir adroitement sur leurs recommandations de confiance en l’enquête, en déclarant que « M. Home est un habile magicien, qui nous a tous dupés. »

« M. Crookes aurait pu, tout aussi bien, examiner les tours d’un jongleur indien. »

« M. Crookes devra se procurer de meilleurs témoins avant qu’on puisse le croire. » « La chose est trop absurde pour être traitée sérieusement, » « C’est impossible, et par conséquent cela ne peut pas être (1). » « Les observateurs ont tous été hallucinés, et se sont figuré voir des choses qui n’ont jamais réellement eu lieu.» Etc., etc.

Ces remarques impliquent un oubli curieux

(1) La citation me revient : « Je n’ai jamais dit que ce fut possible, j’ai dit seulement que c’était vrai. »

des vraies fonctions que le savant qui fait des recherches a à remplir. Je suis à peine surpris que les contradicteurs, sans avoir fait aucune recherche personnelle, disent que j’ai été trompé, simplement parce qu’ils ne sont pas convaincus, puisque le même système d’argument à priori, qui n’a rien de scientifique, a été opposé à toutes les grandes découvertes. Lorsqu’on me dit que ce que je décris ne peut pas s’expliquer en s’accordant avec les idées qu’on s’est faites des lois de la nature, celui qui fait cette objection sort en réalité de la question même, et a recours à un mode de raisonnement qui mène la science à l’immobilité. L’argument tourne dans ce cercle vicieux : On ne doit pas affirmer un fait avant d’être sûr qu’il est d’accord avec les lois de la nature, tandis que notre seule connaissance des lois de la nature doit être basée sur une large observation des faits. Si un fait nouveau semble être en contradiction avec ce qu’on appelle une loi de la nature, cela ne prouve pas que le fait en question soit faux ; mais cela prouve seulement qu’on n’a pas encore bien établi quelles sont les lois de la nature, ou qu’on ne les connaît pas exactement.

Dans son discours d’ouverture prononcé cette année (1871) devant l’Association Britannique à Edimbourg, sir William Thomson a dit : « La science est tenue par l’éternelle loi de l’honneur à regarder en face et sans crainte tout problème qui peut franchement se présenter à elle. » Mon but, en mettant ainsi en lumière les résultats de séries d’expériences très remarquables, est de présenter un de ces problèmes que, d’après

Sir William Thomson, « la science est tenue par l’éternelle loi de l’honneur à regarder en face et sans crainte. » Il ne suffira pas de nier simplement son existence, ou d’essayer de l’ensevelir sous la moquerie. Qu’on se souvienne que je ne hasarde ni hypothèse, ni théorie quelles qu’elles soient; j’affirme tout simplement certains faits, et n’ai qu’un seul objectif : — la vérité. Doutez, mais ne niez pas; montrez, par la critique la plus sévère, ce que dans mes épreuves expérimentales il faut considérer comme erreurs, et suggérez des essais plus concluants; mais ne nous faites pas à la hâte traiter nos sens de témoins menteurs, parce quils auront témoigné contre vos idées préconçues. Je dirai à mes critiques : Essayez des expériences; cherchez avec soin et patience comme je l’ai fait. Si, après examen, vous découvrez fraude ou illusion, proclamez-le et dites comment cela s’est fait. Mais si vous trouvez que c’est un fait, avouez-le sans crainte, comme « par l’éternelle loi de l’honneur » vous êtes tenu de le faire.

Il faut que je réponde â l’instant à une objection qui a été faite de différents côtés, à savoir : que les résultats obtenus par moi auraient eu plus de poids s’ils avaient été mis à l’essai un plus grand nombre de fois, et avec d’autres personnes que M. Home. Voici le fait : j’ai travaillé à ce sujet pendant deux ans, et j’ai trouvé neuf ou dix personnes possédant le pouvoir psychique à un degré plus ou moins grand; mais il était développé d’une manière si puissante dans M. Home, que, m’étant convaincu par des expériences faites avec soin de la réa-

lité des phénomènes observés, j’ai, simplement par raison de commodité, continué mes expériences avec lui, plutôt que de le faire avec d’autres en qui ce pouvoir existait à un degré moins frappant. Un grand nombre des expériences que je vais décrire ont été cependant accomplies avec une personne autre que M. Home, et en son absence.

Avant de procéder à la description de mes nouvelles expériences, je veux dire quelques mots au sujet de celles qui ont déjà été décrites. On a élevé l’objection que l’annonce de faits d’une telle importance n’aurait pas dû être faite sur la foi d’une ou deux expériences accomplies à la hâte. Je répondrai que mes conclusions n’avaient pas été prises précipitamment, ni d’après les résultats de deux ou trois expériences seulement. Dans mon premier article ('Quarterly journal of science , page 340), je faisais remarquer ceci : « Ce n’est pas avant d’avoir été témoin de ces faits des demi-douzaines de fois, et de les avoir scrutés avec toute la rigueur de critique dont je suis capable, que je suis devônu convaincu de leur vraie réalité. » Avant de construire des appareils spéciaux pour ces expériences, j’avais vu, en cinq occasions différentes, des objets, dont le poids variait de 25 à 100 livres, être momentanément influencés de telle manière, que moi et d’autres personnes présentes, nous ne pouvions qu’avec difficulté les enlever au-dessus du plancher. Désirant établir d’une manière certaine si cela était dû à un fait physique, ou si c’était simplement l’influence de l’imagination qui faisait varier la puissance de notre propre force, je mis à l’é-

preuve les phénomènes avec une machine à peser, dans deux circonstances différentes où j’eus l’occasion de me rencontrer avec M. Home chez un ami. Dans le premier cas, l’accroissement de poids fut généralement de 8 livres pour des poids de 36 livres, 48 livres et 46 livres ; expériences qui furent faites successivement et sous le plus rigoureux contrôle. Dans le second cas qui eut lieu quinze jours plus tard et en présence d'autres observateurs, je trouvai que, dans trois expériences successives, dont les conditions furent variées, l’augmentation de poids fut de 8 livres pour des poids de 23livres, 43 livres et 27 livres. Gomme j’avais l’entière direction des essais susmentionnés, que j’employai un instrument d’une grande exactitude, et que je pris tous les soins voulus pour exclure la possibilité de résultats obtenus par fraude, je n’étais pas sans m’attendre à un résultat satisfaisant, lorsque le fait fut convenablement expérimenté dans mon propre laboratoire. La réunion qui eut lieu dans la circonstance que j’ai déjà racontée avait donc pour but de confirmer mes observations préalables, en y appliquant un contrôle sérieux, avec des appareils construits avec grand soin et d’une plus grande sensibilité encore.

Que ceci soit un sujet légitime de recherches scientifiques, c’est ce qui a à peine besoin d’être affirmé. Faraday lui-même ne considérait pas qu’il fût au-dessous de sa dignité d’examiner de pareils phénomènes; et dans une lettre à Sir Emerson Tennent, écrite en 1861, à l’occasion de la proposition d’une enquête expérimentale sur les phénomènes qui se produisaient en la

présence de M. Home, il écrivit : « Veut-il (M. Home) faire des recherches comme un philosophe et comme tel n’avoir rien de caché, rien d obscur, être franc dans ses communications, et aider à l’enquête de tous ses moyens?... Considère-t-il les effets produits comme naturels ou surnaturels?... S’ils sont les reflets d’une action naturelle dont la loi n’est pas encore formulée, ne doit-il pas être du devoir de quiconque a la moindre influence en ces matières de les développer personnellement, et d’aider aux autres à les développer par le plus de franchise et d’assistance possible, et en y appliquant toute méthode critique, soit intellectuelle, soit expérimentale, que l’esprit de l’homme peut imaginer.

Si les circonstances n’avaient pas empêché Faraday de se rencontrer avec M. Home, je ne doute pas qu’il n’eût été témoin de phénomènes semblables à ceux que je vais décrire, et il n’aurait pas manqué de voir qu’ils présentaient « les reflets d’une action naturelle dont la loi n’est pas encore formulée. »

J’ai déjà fait allusion à la publicité de l’insuccès obtenu par les membres du comité de Saint-Pétersbourg. Si les résultats avaient été satisfaisants, il faut croire sincèrement que ces membres auraient été également prêts à publier le compte rendu de leurs succès.

Mon ami le professeur Boutlerow (1) m’informe que, durant l’hiver dernier, il a tenté des expériences semblables à celles que je détaille

(1) Professeur de chimie à l’Université de St-Pétersbourg : auteur d’un ouvrage sur la chimie intitulé « Lehrbuch dèr organisehen chemie . » Leipzig 1868.

ci, et avec des résultats plus frappants encore. La tension normale du dynamomètre étant de 100 livres, elle fut portée jusqu’à 150 livres, les mains de M. Home étant mises en contact avec l’appareil d’une manière telle que tout effort de sa part aurait diminué la tension, au lieu de l’accroître.

En 1854, le comte Agénor de Gasparin a publié un livre (1) qui donne d’amples détails sur une longue série d’expériences physiques qui furent tentées avec quelques amis particuliers chez qui cette force se trouvait considérablement développée. Ces essais furent très nombreux et furent poursuivis dans les conditions du contrôle le plus rigoureux. Le fait du mouvement de corps pesants sans contact mécanique fut reconnu, prouvé et démontré. De soigneuses expériences furent faites pour mesurer la force, tant d’accroissement que de diminution de poids, qui se communiquait ainsi aux substances mises à l’épreuve, et le comte de Gasparin adopta un moyen ingénieux qui lui permit d'obtenir une évaluation numérique approximative du pouvoir de la force psychique qui existait dans chaque individu. L’auteur arrivait à la conclusion finale qu’on pouvait rendre compte de tous ces phénomènes par l’action de causes naturelles, et qu’il n’était pas besoin de supposer des miracles ni l’intervention d’influences spirituelles ou diaboliques. Il considérait comme un fait pleinement établi par ses expériences, que la volonté, dans certaines condi-

v i) « Science versus spiritualism. » Paris 1854. New- York 1857.

lions de l’organisme, peut agir à distance sur la matière inerte, et la plus grande partie de son livre est consacrée à établir les lois et les conditions sous lesquelles cette action se manifeste.

En 1855, M. Thury, professeur à l’Académie de Genève, a publié un ouvrage (1) dans lequel il passe en revue les expériences du comte de Gasparin, et il entre dans de longs détails sur les recherches qu’il a faites en même temps.

Là aussi les essais furent faits avec l’aide d’amis intimes et furent conduits avec tout le soin qu’un homme de science est capable d’apporter en cette matière L’espace ne me permet pas de citer les importants et nombreux résultats obtenus par M. Thury, mais par les titres suivants de quelques-uns des chapitres, on verra que l’enquête n’a pas été faite superficiellement : faits qui établissent la réalité des nouveaux phénomènes ; action mécanique rendue impossible; mouvements effectués sans contact ; leurs causes ; conditions requises pour la production et l’action de la force; conditions de l’action eu égard aux opérateurs ; la volonté ; est-il nécessaire qu’il y ait plusieurs opérateurs? nécessités préliminaires; condition mentale des opérateurs ; conditions météorologiques ; conditions relatives aux instruments employés ; conditions relatives au mode d’action des opérateurs sur les instruments; action de substances interposées; production et transmission de la force ; examen des causes qu’on lui assigne ; fraude ; action musculaire incon-

(1) Genève, librairie allemande de J. Kessmann, 1855.

sciente produite par un état nerveux particulier ; électricité ; nervo-magnétisme ; théorie de M. de Gasparin d’un fluide spécial ; question générale au sujet de l’action de l’esprit sur la matière. l ro proposition : Dans les conditions ordinaires des corps la volonté n’agit directement que dans la sphère de l’organisme ; 2 me proposition : Dans l’organisme lui-même il y a une série d’actes médiats; 3 me proposition : La substance sur laquelle l’esprit agit directement, le psychode, n’est susceptible que de modifications très simples sous l’influence de l’intelligence. Explications basées sur l’intervention des esprits.

M. Thury réfute toutes ces explications et croit que ces effets sont dus à une substance particulière, à un fluide, ou à un agent, qui d’une manière analogue à celle de l’éther des savants qui transmet la lumière, pénètre toute matière nerveuse, organique ou inorganique, et qu’il appelle psychode. Il entre dans la pleine discussion des propriétés de cet état ou forme de matière, et propose le nom de force ecténique (àtTsvw, extension) au pouvoir qui s’exerce quand l’esprit agit à distance par le moyen de l’influence du psychode (1).

Voici également un autre cas bien constaté,

(1) La force ecténique du professeur Thury et ma force psychique sont évidemment des termes équivalents. Si j’avais connu cette expression il y a trois mois, je l’aurais adoptée. Or, l’idée d’une semblable hypothèse de fluide nerveux nous est venue d’une autre source complètement différente, exposée sous un point de vue particulier et exprimée dans le langage d’une des professions les plus importantes. Je fais allusion à la théorie d’une atmosphère nerveuse mise en avant par le docteur Benjamin W. Richardson M. I)., F. R. S. — dans « le Medical Times » n° 1088, 6 mai 1871.

dans lequel des épreuves expérimentales semblables furent tentées, avec les mêmes résultats, par un observateur tout à fait compétent. Peu le docteur Robert Hare, dans un de ses ouvrages (1), donne la gravure d’un appareil ressemblant beaucoup au mien. Le jeune homme avec qui il faisait ses expériences était mis hors d’état d’avoir des communications avec l’appareil excepté par le moyen de l’eau. Eh bien, dans ces conditions, la balance à ressort indiqua l’action d’une force égaleà 18 livres. Les détails de cette expérience furent communiqués par le docteur Hare à l’association américaine pour l’avancement des sciences, dans sa réunion d’août 1885.

Les citations que je viens de faire répondent donc à l’allégation que ces résultats doivent être vérifiés par d’autres personnes. Ils ont été vérifiés maintes et maintes fois. Et à vrai dire, mes propres expériences peuvent être regardées simplement comme la vérification de résultats déjà obtenus et publiés par des savants éminents de ce pays-ci et d’autres contrées (2).

Mais je ne me contentai pas de cela. Je pen-

(1) « Experimental investigation », par Robert Hare M. D. professeur émérite de chimie à l’Université de Pensylvanie. New-York : Partridge and Britton, 1858.

(2) Le compte rendu de la Société dialectique do spiritualisme paraîtra dans quelques jours, et on verra que le Comité de recherches, quoique ayant commencé ses expériences avec l’entière conviction qu’il découvrirait une imposture, les a terminées en affirmant qu’il était convaincu de l’existence d’une force émanant de l’organisation humaine; que par cette force, du mouvement pouvait être imprimé à des corps pesants; des sons distincts pouvaient être produits sur des corps solides sans contact musculaire ; il constate aussi que cette force est souvent dirigée par quelque intelligence.

sai que pouvant montrer ces phénomènes à d’autres personnes, je pourrais dans l’avenir être blâmé si, une fois pour toutes, je ne prenais pas les moyens de les porter à la connaissance du monde savant. En conséquence, le 15 juin 1871, j’envoyai un compte rendu de mes expériences à la Société Royale, et j’adressai moi-même aux deux secrétaires de cette Société, les professeurs Sharpey et Stokes, l’invitation de se rencontrer chez moi avec M. Home. Je les prévenais en même temps de la possibilité d’un résultat négatif, et les priais de revenir une seconde, et même une troisième fois, si cela était nécessaire, avant de se former un jugement.

Le docteur Sharpey déclina poliment mon invitation.

Le professeur Stokes répondit qu’il y avait une cause d’erreurs dans mes appareils, et conclut en ces termes :

« Les faits que vous mentionnez dans votre mémoire paraissent certainement très étranges à première vue; mais cependant plusieurs modes d’explications possibles me sont venus à l’idée, et ils n’ont pas été éliminés par ce que j’ai lu dans le mémoire.Lorsque j’irai àLondres, si j’ai le temps, je ferai mon possible de passer chez vous. Je n’ai pas besoin d’y trouver personne, mon but étant d’examiner les appareils, et non d’en constater les effets. »

Je répondis à cela le 20 juin ; j’extrais les passages suivants de ma réponse :

« Je construis maintenant un appareil dans lequel le contact est produit par de l’eau seulement, de telle manière qu’il y a impossibilité de transmettre à la

planche un mouvement mécanique, et je prépare aussi une expérience dans laquelle M. Home ne touchera pas du tout l’appareil. Cette expérience n’aura lieu que quand le fluide sera très fort; mais hier soir j’ai essayé une expérience de ce genre, et j’ai obtenu un accroissement considérable de la tension de la balance à ressort, les mains de M. Home étant à trois pouces de distance. Avec lui ce pouvoir est si grand que je puis travailler avec des matériaux grossiers et imparfaits, et que je puis mesurer cette force avec des poids. Mais je me propose de construire un appareil délicat, avec un miroir et un rayon réfléchi de lumière pour montrer les fractions de grains. J’espère alors trouver que cette force n’est pas le privilège de quelques personnes, mais que, comme le magnétisme, elle est universelle. Le sujet sera étudié de la manière la plus scrupuleuse, et quels que soient les résultats que j’obtienne, je les publierai. J’estime qu’il est de mon devoir de m’adresser d’abord à la Société Royale, car en faisant ainsi je risque résolument ma réputation sur la vérité de ce que j’envoie. Mais la Société (ou la commission) (1) voudra-t-elle accepter mes faits comme des faits, ou exigera-t-elle des garants de mon honnêteté? Si mes allégations de faits sont tenues pour exactes et qu’on ne fasse d’objection qu’à l’interprétation que j’en fais ou à la disposition de mes appareils, alors il me semble qu’il sera juste, avant de prononcer définitivement, de me donner une occasion de répondre à ces objections. Quant à l’autre supposition que les faits cités par moi ne sont pas exacts, je ne puis en admettre la discussion que quand je serai positivement sûr qu’elle est formulée ainsi.

M. Home vient ici tous les mercredis et vendredis soir, si vous pouvez, à huit heures, venir l’un de ces jours ou tous les deux, je serai heureux de vous voir; ou si vous désirez seulement inspecter les appareils, j’y

(1) Allusion au bruit que mon mémoire avait été repoussé par 1a commission de la Société Royale.

serai à n’importe quel moment que vous me désignerez. »

Le 28 juin, j’envoyai un autre mémoire à la Société Royale. Deux jours après, le professeur Stokes m’écrivit une lettredont je vais citer quelques passages :

« Comme j’ai d’autres invitations, et que je ne pourrai guère facilement passer chez vous, je puis aussi bien vous indiquer les sources possibles d’erreur qui me sont venues à l’esprit à propos de votre premier appareil. Je 11e suppose pas qu’elles existent toutes; mais, évidemment, et vous l’admettrez volontiers vousmème, le défenseur d’une force nouvelle doit éloigner tout prétexte d’objections raisonnables.

La largeur du pied de la planche était, je crois, de un pouce et demi ou deux pouces, et la clochette placée dessus avait peut-être deux à trois pouces de large. (Je n’ai pas dans la tête les chiffres exacts.) Joignez le bord à gauche du haut de la cloche A, avec le bord, a droite du bas de la cloche B, et que E F soit la ligne qui les joint. Alors nous pouvons supposer que les doigts ont exercé une pression dans une direction quelconque tout près de la ligne E F. De plus, comme la planche était rigide, le point d’appui, d’après ce que nous supposons, devait être en C. Du point C, élevons une perpendiculaire C M sur la ligne E F, Alors la pression du doigt peut s’être exercée à la distance C M du point d’appui. De plus comme la base reposait à plat sur la table, et que, d’après notre supposition, toutes les deux étaient rigides, un coup très léger et f>ar conséquent imperceptible, communiqué à la table au moment de faire l’expérience, a pu transporter le point d’appui du bord D au bordC, de sorte que le poids de la main aurait pu agir paFun bras de levier plus long qu’auparavant, par C D, ce qui aurait aidé au résultat.

Dans votre second mémoire vous écartez l’incertitude relative au déplacement de l’effort. Mais lorsque la main est plongée dans l’eau, la pression sur la base du vaisseau de verre est, au bout de peu de temps, si l’orifice est petit, augmentée par le poids de i’eau déplacée, et peut en conséquence faire baisser la balance.

Je ne m’occupe pas des simples trépidations, car il faudrait des observations très soignées pour prouver qu’elles ne sont pas dues à un train qui passait, ou à un omnibus, ou à une agitation du corps de quelqu’un de la société..

Que désirez-vous qu’on fasse de vos mémoires? »

A cette lettre je répondis comme suit, le 1 er juillet.

« Dans votre lettre du 30 écoulé, que je viens de recevoir, vous avez parfaitement raison de dire que j’admettrai volontiers « que le défenseur d’une force nouvelle doit éloigner tout prétexte d’objections raisonnables. » Dans votre précédente lettre, datée du 19 juin, vous écrivez avec une égale franchise que votre opinion (celle de la Société Eoyale) est, que vous ne devez pas refuser d’admettre l’existence d’une force jusqu’ici non soupçonnée ; mais qu’avant de rien imprimer sur un tel sujet, vous deviez demander l’examen le plus rigoureux et le plus scrupuleux des preuves alléguées en faveur d’une pareille force.

« Vous êtes maintenant assez bon pour m’expliquer d’une manière détaillée quelle est la cause d’erreur qui, selon vous, existe dans mes premières expériences, et que vous pensez être la source des erreurs possibles de mes essais subséquents.

En dessinant de nouveau la figure que vous donnez dans votre lettre (fig, 1), à sa grandeur naturelle, et complétant los données qui manquent, savoir : La position du point A et celle du point B, votre ligne C M

paraît avoir 2 pouces 9 dixièmes de long ; et comme vous supposez que le point d’appui sera en C, le levier devient un levier de troisième genre, les deux forces

agissant respectivement en P à 2 pouces 9/10 et en Q à 36 pouces du point G. Quelle force, P, doit-elle s’exercer en P pour vaincre une résistance ou un poids Q de 6 livres appliqué au bout du levier Q?

De là P X 2.9 = Q X 36 d’où : P = 74 livres 5 dixièmes

Donc il aurait fallu qu’une pression de *74 livres et demie eût été exercée par M. Home pour produire les résultats obtenus, même en tenant pour vraies toutes vos suppositions. Et si nous considérons qu’il était assis sur une chaise longue, et que quatre paires d’yeux perçants et soupçonneux veillaient à ce qu’il n’exerçât aucune pression, mais tînt légèremeut le bout de ses doigts sur l’instrument, il est suffisamment prouvé qu’un

effort de cette importance était impossible. Une pression verticale de quelques livres était tout ce qu’il aurait pu faire.

De plus, votre supposition que le point d’appui était en C, n’est pas justifiée. En concédant qu’un « coup très léger et par conséquent imperceptible « eût pu, tout à fait en commençant, le faire passer de D en C, il est évident que ce mouvement l’aurait à l’instant fait revenir de C en D. Pour qu’il n’en eût pas été ainsi, le coup en aurait dû être si sensible qu’on l’aurait remarqué tout de suite.

Mais, comme je le disais dans mon dernier mémoire, je préfère en appeler à de nouvelles expériences plutôt que de discuter sur les anciennes; de là mon emploi de l’eau pour transmettre la force. La profondeur de l’eau dans l’hémisphère de cuivre était seulement d’un pouce et demi, tandis que le vaisseau de verre avait 9 pouces de diamètre (1). J’ai fait l’expérience de plonger ma main le plus possible dans le vaisseau de cuivre (M. Home n’y enfonçait que le bout de ses doigts), et l’élévation du niveau de l’eau n’était pas assez grande pour produire un mouvement quelconque sur l’index de la balance : le frottement de l’appareil était suffisant pour annuler une once ou deux d’augmentation du poids. Dans mon appareil plus"délicat, cet accroissement de pression hydrostatique produit un mouvement marqué du point lumineux; mais je vaincrai cette difficulté en plaçant le vaisseau qui contient l’eau au-dessus du point d’appui, ou sur le côté le plus court

Vous dites « que vous ne vous occupez pas beaucoup des simples trépidations » comme si, dans les autres expériences décrites dans mon second mémoire, les mouvements de l’appareil n’étaient que de cette nature. Ceci n’est pas le cas : le tremblement de l’appareil a toujours eu lieu avant le mouvement de l’index, et l’oscillation de haut et de bas de la planche et de l’in—

(1) Pour la description rie cet appareil, voyez page 36.

: ? » î. . f < ; i y»; * t$H * r t ; * > t ; n i iwj fflw t nnj ^r r ;rf • t; tr rntrnprin-t ■ • : »; * ■ ;. » « ; » ; * j ♦ jftf» ? ; » htfi r

dex était d’an caractère très lent et très accusé : chaque montée et descente durait plusieurs secondes. Uneti’épidation produite par des véhicules qui passent est une chose bien différente d’une poussée régulière et verticale de 4 à 8 livres, qui dure plusieurs secondes.

Vous me dites que la session est close maintenant, et vous me demandez ce que je désire qu’on fasse de mes mémoires.

Il y a trois ans de cela (27 juin 1868), j’envoyai à la Société un mémoire sur « la mesure de l’intensité de la lumière, » immédiatement après la clôture de la session. Ce mémoire ne fut lu que le 17 décembre. Dans la circonstance présente je désirerais qu’on adoptât une semblable règle, quoique j’aie à peine assez de confiance pour m attendre â ce que ces communications soient prises en considération. Il y a tant d’hommes de science qui étudient maintenant ces phénomènes (y compris plusieurs membres de la Société Royale), qu'il ne peut pas s’écouler bien des années avant que ce sujet ne soit porté devant le monde scientifique et d’une façon telle qu’elle forcera l’attention. En envoyant ces mémoires à la Société, j’ai été, je le confesse, plus animé du désir d’être le premier expérimentateur scientifique qui se soit hasardé à prendre une telle résolution, que nourri de l’espérance personnelle qu’ils attireraient immédiatement l’attention. Je dois à la Société le premier avis de résultats scientifiques importants, et je continuerai à les lui envoyer « pour prendre date, » à défaut de toute autro raison.

« Le Spectateur » du 22 juillet contenait une note de l’éditeur, où l’on affirmait que le comité avait refusé mon mémoire :

« La Société Royale, disait-on, était tout ouverte aux communications prouvant l’existence d’une force de la nature inconnue jusqu’à ce jour, pourvu que ces communications continssent une preuve scientifique

suffisante pour en établir la probabilité ; mais que, considérant ^improbabilité inhérente au cas exposé par M. Crookes, et le manque complet de précision scientifique dans la preuve fournie par lui, son mémoire ne paraissait pas mériter l’attention de la Société Royale. »

Ce paragraphe établissait non seulement que mes mémoires étaient rejetés, mais encore il cherchait à exposer les motifs de leur rejet. Le fait est que la majorité de la commission des mémoires n’étant pas présente, la question fut renvoyée à la prochaine session de novembre, et après renseignements pris à Burlington- House, le secrétaire adjoint de la Société Royale m’informa que mes mémoires, en compagnie d’autres, attendaient encore la décision de la commission. Par conséquent l’allégation qu’ils avaient été refusés était non seulement prématurée, mais purement imaginaire.

Il paraît cependant que cette allégation avait des raisons d’être, car, dans « le Spectateur» du 29 juillet 1871, l’éditeur répond ainsi :

« Notre note n’était pas basée sur un simple bruit. Les expressions dont nous nous sommes servi sont la copie fidèle des paroles qu’on nous a dit avoir été prononcées, non pas parla commission, comme nousl’avons dit par inadvertance, mais bien par un des secrétaires, le professeur Stokes, qui. en l’absence d’une majorité, exerçait temporairement le pouvoir discrétionnaire d’usage au sujet des mémoires présentés. »

Il ne m’est pas possible d’expliquer comment il se fait que l’acte que le professeur Stokes m’a donné, ainsi qu’à l’éditeur du Spectateur, puisse recevoir des interprétations si dilférentes, ni pourquoi on a choisi un journal hebdomadaire

pour qu’il me fît connaître le premier la décision de la commission des mémoires de la Société Royale.

Sur les instances d’un membre de la commission, section A, je communiquai à l’Association britannique un mémoire d’environ 16 pages d’écriture serrée. Dans ce mémoire je rapportais quelques-unes des expériences décrites dans le présent travail. La section Arenvoya le mémoire à une commission pour décider si on en ferait la lecture. Le professeur Stokes me remit ensuite le document suivant :

7 août 4871.

« Le mémoire m’ayant été remis vers dix heures, et une décision par écrit devant être donnée à onze heures moins le quart, j’ai été obligé de me hâter.

« Le sujet « paraît avoir été étudié dans un esprit philosophique, et je ne vois pas l’explication des résultats des expériences de la première catégorie ; en même temps je ne suis pas disposé à donner mon adhésion sans un complet passage au crible effectué par plus d’une personne. Je ne vois guère qu’il soit utile de discuter la chose dans les sections, encombrées comme elles le sont déjà; mais si un petit nombre de personnes, en qui le pubiic aurait confiance, voulaient volontairement s’inscrire comme membres d’une commission pour étudier ces faits, je ne vois aucune objection à la nomination de cette commission. Mais j’ai trop entendu parler des fraudes des spiritualistes pour me décider à donner mon temps à une telle commisse 011 * ® G. G. Stokes.

Tout en regrettant qu’un physicien aussi éminent que le professeur Stokes ait été obligé « de se hâter , » de se prononcer « à la hâte » sur le mérite d’un mémoire qu’il lui a été matériellement impossible de lire même une fois en en-

tier, je suis heureux de voir qu’il ne continue plus à parler « du manque complet de précision scientifique dans les preuves fournies » par moi, mais qu’il admet plutôt que « le sujet paraît avoir été étudié dans un esprit philosophique. »

En exposant ces expériences, on ne trouvera pas étrange que je les considère comme définitives jusqu’à ce qu’elles soient renversées par des arguments tirés des faits, et que je cherche à connaître sur quelles bases ces réfutations sont établies. Le professeur Allen Thomson, à la récente assemblée de l’Association britannique, a fait remarquer qu’aucune recherche sur la matière qui nous occupe « ne peut mériter le nom d’étude ou d’investigation. » Et pourquoi non?

D’un autre côté,[le professeur Ghallis, de Cambridge, écrit : « En un mot, les témoignages ont été si nombreux et si concordants qu’on doit admettre, ou que les faits sont tels qu’on les rapporte, ou bien qu’il n’y a plus de possibilité de certifier des faits par le témoignage des hommes. » Ce n’est certainement pas trop se hasarder que de supposer que le docteur Thomson a quelques bases pour formuler ses allégations; et il est vrai, comme il le reconnaît, « qu’un examen répété m’a pleinement convaincu de la fausseté des démonstrations spiritualistes: » mais où peut-on trouver les résultats de ses propres investigations? — Elles doivent être bien concluantes pour l’autoriser à se servir d’expressions telles que celles-ci : « que les quelques hommes de réputation reconnue dans quelques branches de la science, qui ont fait abandon de leur jugement au sujet de ces son-

ges creux, semblent être certainement sur les limites de la perte du bon sens. » Si la dénégation dogmatique du docteur Thomson provient simplement de l’étrangeté des faits que j’ai mis en avant, que doit-il penser du discours d’ouverturequele président a prononcé cette année. Concevoir une force nerveuse n’estcertainement pas plus difficile que « concevoir le mécanisme intime de l’atome, » et toute investigation, digne ou non de ce titre, s’exerçant sur un sujet en lequel des hommes éminents font l’aveu de croire, qui est au premier rang des questions sociales du jour, et qui compte ses adhérents par millions, a sûrement autant de mérite et est aussi instructif pour tous que les recherches hypothétiques sur « les atmosphères interatomiques et sur la gyration des atomes interatomiques. »

Le professeur Huxlez a fait observer que « s’il y a quelque chose de clair dans le progrès de la science moderne, c’est la tendance à ramener tous les problèmes scientifiques, excepté ceux qui touchent aux mathématiques pures, à des problèmes de physique moléculaire, — c’est-àdire à des attractions, des répulsions, des mouvements et des coordinations des dernières particules de la matière ! » — Cependant ces dernières particules, ou molécules, ou atomes, sont des produits de l’imagination, et de pures suppositions comme les « esprits » des spiritualistes. Majs peut-être le respect du docteur Thomson pour les mathématiques est si grand qu’il l’aveugle sur les choses réelles! Cela ne fait pas l’éloge de la philosophie scientifique moderne, qu’après les étonnantes révélations

du spectroscope durant ces dixdernièresannées, elle veuille railler des recherches, parce qu’elles appartiennent à un état de choses ultérieur, dont à présent nous n’avons qu’une faible idée. Que je n’aie pas fourni l’équivalent dynamique de la force psychique, ou donné les formules de l’intensité variable du pouvoir de M. Home, ce n’est certainement pas un argument quelconque contre l’existence de cette force. Les hommes pensaient avant l’invention du syllogisme, et quoique cela puisse paraître étrange à quelques esprits, la force existait avant sa démonstration en formules mathématiques.

En réponse à l’hypothèse un peu hardie du professeur Balfour Steward, qui prétend que M. Home possède une grande puissance électrobiologique (qu’on l’entende comme on voudra) par laquelle il influence ceux qui sont présents, je renvoie aux courbes contenues dans ce mémoire; mais quelque impressionnables que les personnes qui étaient dans la chambre aient pu être à cette prétendue influence, on soutiendra difficilement que M. Home ait fasciné aussi les instruments enregistreurs.

Je ne m’occuperai pas plus longtemps de ces questions personnelles, ni des explications qu’on m’a forcé de donner pour ma propre défense vis-à-vis de commentaires peu courtois, basés sur d’injustes appréciations; mais je vais passer à la description des expériences, dont pour la plupart, je dois le faire remarquer, le professeur Stokes et le professeur Sharpey auraient pu être les témoins, s’ils avaient accepté mes invitations..

La première fois que j e tentai ces expériences,

je pensais que le contact effectif des mains de M. Home et du corps suspendu, dont le poids devait être modifié, était essentiel à la manifestation de la force; mais je m’aperçus ensuite que ce n’était pas une condition nécessaire, et en conséquence je disposai mes appareils de la manière suivante :

Les dessins qui suivent (fig. 2, 3, 4) montrent

Fig. s.

cette disposition. La figure 2 est une vue d’ensemble, et les figures 3 et 4 montrent plus en détail les parties essentielles. Les lettres de renvoi sont les mêmes dans chaque dessin. A B est une planche d acajou de 36 pouces de long sur 9 et demi de large et 1 pouce d’épaisseurl Son extrémité B est suspendue à une balance à ressort G, munie d’un marqueur automatique D.

La balance est soutenue par un trépied très solide E.

La pièce suivante de l’appareil ne se voit pas

dans les figures. A l’index mobile O de la balance à ressort est soudée une fine pointe d’acier qui se projette horizontalement en dehors. En face de la balance, et solidement fixé à elle, se trouve un cadre à coulisse portant une boîte plate semblable à la chambre noire d’un appa¬

reil photographique. Un mouvement d’horlogerie fait mouvoir cette boîte horizontalement en face de l’index mobile, et elle renferme une feuille de verre à vitre, noircie à la fumée. La pointe d’acier qui fait saillie imprime une marque sur cette surface noircie.

Si la balance est au repos, et que le mouvement d’horlogerie vienne à marcher, il en résultera une ligne horizontale parfaitement droite. Si le mouvement est arrêté, et qu’on place des poids sur l’extrémité B de la planche, il en résultera une ligne verticale dont la longueur dé-

pendra du poids appliqué. Si, pendant que le mouvement d’horlogerie entraîne la feuille de verre, le poids de la planche (ou la tension de la balance) vient à varier, il en résultera une ligne courbe, d’après laquelle on pourra cal¬

culer la tension en grains, à n’importe quel moment de la durée des expériences.

L instrument pouvait indiquer une diminution aussi bien qu’un accroissement de la force de gravitation; des indications de cette diminution furent souvent obtenues. Cependant, pour éviter des complications, je ne parlerai "ici que des résultats où un accroissement de cette force fut constaté.

L’extrémité B de la planche étant supportée par la balance à ressort, l’extrémité A est posée sur une bande de bois F, vissée à travers son côté plat et coupée en lame de couteau. (Voy. fig. 4.) Ce point d’appui repose sur un banc de bois G H, solide et pesant. Sur la planche, juste

Fig. 5.

Page 1