‹ Nouvelles expériences sur la force psychiqueChapitre 6 sur 25 · IJ · texte numérisé non relu

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par le moyen d’instruments de contrôle appropriés à cet effet, examine certains courants électriques et certains mouvements qui passent à travers le câble Atlantique; il ne connaît pas la cause de ces mouvements et ignore si ces phénomènes sont produits parles imperfections des instruments de contrôle eux-mêmes, que ce soit par des courants terrestres ou par défaut d’isolement, ou bien s’ils le sont par un opérateur intelligent placé à l’autre extrémité de la ligne.

Londres, décembre 1871.

William Crookes.

Le Quarterly Review d’octobre contient sous le titre « Le spiritualisme et ses nouveaux convertis » un article dans lequel mes recherches et celles d’autres hommes de science, sont rigoureusement prises à partie, dans ce vieux et mauvais style plein de dépit qui caractérisait autrefois ce recueil périodique, et dont je le croyais fort heureusement débarrassé. Il est revenu à l’inexcusable façon de prouver la vérité par la réputation des individus. Si l’écrivain s’était contenté d’une critique loyale, quoique rudement appliquée, je n’en aurais pas fait publiquement la remarque, je m’y serais soumis avec la meilleure grâce possible. Mais pour ce qui me concerne, il a exposé de la manière la plus inexacte et a défiguré le but et la nature de mes investigations ; il a écrit sur ma personnalité avec autant d’assurance que s’il m’eût connu dès l’enfance, et eût été complètement familier avec toutes les circonstances de ma carrière professionnelle et scientifique. De sorte

que je me trouve contraint à protester contre sa déloyauté manifeste, ses préventions et son incapacité à traiter ce sujet et les rapports qui s’y rattachent. Quoique d’autres investigateurs, parmi lesquels le docteur Huggins, Serjeant Gox, M. Varley et lord Lindsay, soient compris dans son acte d’accusation, et soient reconnus coupables avec circonstances atténuantes, il ne peut pas éprouver à mon égard une indulgence que, n’étaient mes péchés récents (il est assez bon pour le faire observer), « il aurait d’ailleurs éprouvé pour un homme qui, dans sa carrière antérieure, a fait un honorable usage des rares occasions qui s’étaient offertes à lui, » Les autres délinquants qu’il attaque pourront bien se défendre eux-mêmes; qu’on me laisse à présent me justifier.

Ma bonne ou ma mauvaise fortune, comme on le voudra, a été d’avoir une heure de conversation (si l’on peut s’exprimer ainsi, quand la parole est entièrement d’un seul côté; avec le critique en question du Quarterly ; heure pendant laquelle j’eus l’occasion de remarquer le ton curieusement dogmatique de son esprit, et de juger de son incapacité à traiter tout sujet en désaccord avec ses préventions et ses idées préconçues. A la dernière assemblée de l’Association britannique à Edimbourg, nous fûmes présentés, lui comme un physiologiste qui étudiait cette science depuis quinze ou vingt ans; moi comme investigateur scientifique d’une certaine branche de ce sujet. Voici un aperçu de notre entrevue, exact dans le fond sinon dans les termes.

Ah! M. Grookes, dit-il, je suis content

d’avoir une occasion pour vous parler de ce spiritualisme sur lequel vous avez écrit. — Vous ne faites que perdre votre temps ! Il y a bien des années de cela, je consacrai beaucoup de temps au mesmérisme, à la double-vue, à l’électro-biologie, aux tables tournantes, aux esprits frappeurs, et à tout le reste, et je trouvai qu’au fond de tout cela, il n’y avait rien. J’expliquai ces faits dans l’article que j’écrivis dans le Quarterly Review. Il est dommage, je crois, que vous ayez écrit sur ce sujet avant de vous être bien pénétré de mes écrits et de mes vues sur ce sujet que, du reste, j ai épuisé.

— « Mais, Monsieur, répliquai-je, vous me permettrez de vous dire que vous vous trompez, si...

— « Non! non! interrompit-il, je ne me trompe pas. Je sais ce que vous voulez dire.

Mais il est tout à fait évident, d’après la remarque que vous venez défaire, que vous vous êtes laissé mettre dedans par ces gens-là, alors que vous ignoriez complètement avec quelle persévérance j’ai, avec d’autres hommes compétents éminemment capables de traiter les problèmes les plus difficiles, porté mes investigations sur ces phénomènes. Vous auriez dû savoir que j’explique tout ce que vous avez vu par « l’action inconsciente du cerveau » et par l’action musculaire inconsciente, et si vous aviez seulement dans votre esprit une idée nette de l’exacte signification de ces deux phrases, vous verriez qu’elles suffisent pour tout expliquer.

— « Mais, Monsieur...

« Qui, oui, mes explications éclairciraient

toutes les difficultés que vous avez rencontrées. J’ai vu beaucoup de mesméristes et de voyants, et tout était produit par « l’action inconsciente du cerveau. » Et quant aux tables tournantes, tout le monde sait comment Faraday a renversé cela. Il est dommage que vous ne connaissiez pas le bel indicateur de Faraday; mais peu importe, celui qui ne connaît pas mes écrits ne peut savoir comment il démontre que l’action musculaire inconsciente suffit pour expliquer tous ces mouvements.

« Pardonnez-moi, lui dis-je, mais Faraday lui-même a montré...

Mais ce fut en vain, et le torrent de sa personnalité inconsciente continua son cours.

— « Oui, bien entendu; c’est ce que j’ai dit : Si vous eussiez connu l’indicateur de Faraday et que vous vous en fussiez servi avec M. Home, il n’aurait jamais pu accomplir ses exercices.

— « Mais comment, m’efforçai-je de dire, l’indicateur aurait-il pu servir, quand nous voyons que ni M. Home, ni personne ne touchait le...

— « C’est justement cela. Evidemment vous ne connaissez en rien l’indicateur. Vous n’avez pas lu mes articles ni les explications que j’ai données de tout ce que vous avez vu, et vous ignorez complètement ce qui s’est passé antérieurement sur ce sujet. Ne savez-vous pas que vous avez compromis la Société' Royale? C’est bien dommage qu’on vous ait laissé ressusciter un sujet que, dans mes articles, j’ai enterré, il y a dix ans de cela; et on n’aurait pas dû vous permettre d’envoyer des mémoires là-dessus; cependant, nous pouvons en parler. »

Ici, je fus contraint de garder le silence. Pendant ce temps, mon infaillible interlocuteur continua ;

« Bien, M. Crookes, je suis charmé d’avoir eu l’occasion d’entendre ces explications données par vous-même. On apprend beaucoup dans une conversation comme celle-ci, et ce que vous dites a confirmé mon opinion sur plusieurs points dont je doutais auparavant.

Maintenant que j’ai eu l’avantage d’entendre tout cela de votre bouche, j’ai plus que jamais la satisfaction de penser que j’ai toujours eu raison, et que dans tous ces faits, il n’y a rien que l’action musculaire et l’action inconsciente du cerveau. »

A ce moment un bon Samaritain attira sur lui ce torrent de paroles; je m’échappai avec reconnaissance et avec un soupir de soulagement, ma mémoire me rappela ma première entrevue avec Faraday, dans laquelle nous discutâmes sur les tables tournantes et sur son invention pour découvrir le rôle joué par l’effort musculaire involontaire, dans la production de ces phénomènes. Combien, dans des circonstances semblables, sa conduite courtoise, aimable, impartiale, fut différente envers moi de celle du critique du Quarterly Review !

Maintenant, je le demande, quelle autorité a ce critique pour me désigner comme un nouveau converti au spiritualisme? Rien de ce que j’ai écrit ne peut justifier une assertion si peu fondée. Bien sûr, le mécontentement que mes articles ont causé à de nombreux spiritualistes prouve clairement qu’ils me regardent co mme indigne de marcher sous leur bannière. Dans

le premier article que j’ai publié, on trouve les phrases suivantes.

Jusqu’ici, je n’ai rien vu qui ait pu me convaincre de la vérité de la théorie spiritualiste. Dans une pareille recherche, l’intelligence exige que la preuve spirituelle soit tout à fait impossible à écarter ; la vérité doit en être si frappante et si convainquante, qu’on n’ose pas la contester. »

« L’exactitude et la connaissance de détail sont au premier rang parmi les grandes aspirations des savants modernes. Iïn’y a pas d’observations qui puissent servir à celui qui étudie la science, à moins quelles ne soient bien exactes, et qu’elles ne soient faites dans des conditions probantes, et dans le sujet spiritualiste qui nous occupe, je trouve que la majeure partie de la preuve fait défaut. Dans une matière qui, peut-être plus qu’aucune autre, prête à la tromperie et à la déception, les précautions prises contre la fraude paraissent dans la plupart des cas totalement insuffisantes. »

« J’avoue que le raisonnement de quelques spiritualistes semblerait presque justifier ces paroles sévères de Faraday, que « bien des chiens pourraient arriver à des conclusions plus logiques. » Leurs spéculations montrent une ignorance complète de toutes les théories de la force, qui n’est qu’une forme du mouvement moléculaire, et ils parlent de Force, Matière et Esprit comme de trois entités distinctes. »

Dans un autre mémoire, je disais que mes expériences semblaient établir l existence d une nouvelle force, liée d’une manière inconnue à l’organisation humaine; mais qu’on aurait tort de hasarder la plus vague hypothèse, quant à la cause du phénomène, quant à la nature de cette force et à la corrélation qui existe entre elle et les autres forces de la nature. « En vérité, disais-je, il est du devoir du chercheur de s’ab-

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stenir complètement de bâtir des théories, jusqu à ce qu’il ait accumulé un nombre suffisant de faits pour former une base solide sur laquelle il puisse raisonner. »

De nouvelles forces devront être découvertes, ou bien l’humanité demeurera dans une triste ignorance des mystères de la nature. Les forces dont la connaissance nous est inconnue seraient suffisantes pour créer l’Univers.

Dans un troisième mémoire, je rappelais force citations de précédents expérimentateurs qui montraient qu’ils n’attribuaient pas ces phénomènes au spiritualisme, et je disais que le nom de psychique avait été choisi pour ce sujet « parce que je désirais beaucoup éviter les conclusions prématurées qu’on attacherait au titre sous lequel, jusqu’ici, ils avaient été désignés, comme appartenant à un ordre de faits d’où étaient bannis les expériences et les arguments. »

Est-ce que ces citations paraissent spiritualistes?

Est-ce que la pensée qui y règne autorise le critique du Quarterly à dire que « la leçon donnée par la vraie méthode scientifique suivie par ce grand maître de la philosophie expérimentale (Faraday)... n’aurait pas dû être perdue pour ceux qui professent d’être ses disciples. Mais qu’elle avait été complètement méconnue.... par des hommes de qui on aurait pu attendre mieux?

J’ai entièrement consacré mes recherches à ces phénomènes physiques dans lesquels, selon le genre de cas,l’action musculaire inconsciente, la tromperie de soi-même ou même la fraude

bien volontaire, devaient être rendues impuissantes. Je n’ai entrepris d’investigations que sous telles conditions de lieu, de personnes, de lumière, de position et d’observation, que le contact était matériellement impossible ou bien ne pouvait avoir lieu que dans des conditions où le mouvement des mains, qu’il fut inconscient ou volontaire, ne pouvait vicier l expérience. Et les expériences ayant été faites dans ma propre maison, on ne peut pas dire qu’on avait préalablement disposé des artifices mécaniques pour venir en aide au medium.

Ce qu’il y a de plus curieux dans cet article du Quarterly, c’est que l’écrivain lui-même a la croyance en une nouvelle force, et il essaie avec arrogance d’empêcher toute tentative pour en mettre une autr en avant. Il renvoie à différentes hypothèses — à la pensée latente de sir William Hamilton — à l 'action réfléchie du cerveau, du docteur Laycock, et au principe idéomoteur de Carpenter. Il adopte sans hésitation l’hypothèse de Carpenter comme étant la solu tion vraie et complète du phénomène en question, bien que cette hypothèse soit rejetée par les physiologistes les plus capables de la juger.

La teneur entière de l’article, les nombreux renvois à différents phénomènes « spirituels »,et le compte rendu de quelques-unes des propres expériences du chroniqueur, font voir qu’il ne sait rien ou presque rien des phénomènes analogues à ceux que j’ai commencé d’étudier. Il renvoie au mesmérisme, a 1 influence curative, à la planchette écrivante, aux tables frappantes et tournantes, et aux communications obtenues par ces moyens. Lorsqu’il ne les impute pas à

la fraude, il explique les mouvements matériels par l'hypothèse de l’action musculaire inconsciente, et l’intelligence, qui, quelquefois gouverne ces mouvements, donne des communications, etc., par l’action inconsciente du cerveau ou par l’action idéo-motrice.

Il se peut bien que ces explications soient suffisantes pour rendre compte de beaucoup de faits venus à la connaissance personnelle du chroniqueur. Je lui rendrai la justice de croire que, comme il l’affirme, il a saisi toutes les occasions qu’il a pu d’être témoin des hauts phénomènes du spiritualisme, et que dans diverses occasions il a obtenu des résultats qui n’étaient nullement satisfaisants. L’erreur dans laquelle il tombe est celle-ci : — Parce qu’il n’a rien vu qu’il ait cru digne d’être étudié, il est donc impossible que quelque autre puisse être plus heureux, — Parce que lui et des savants .de ses amis ont étudié ce sujet pendant plus de douze ans, il s’ensuit que mes amis et moimême nous méritons d’être blâmés de poursuivre ces recherches depuis environ le même nombre de mois.

En suivant ce raisonnement, la science progresserait bien lentement. Combien d’exemples nous trduvons de recherches qui, ayant été abandonnées, ont été reprises par un autre chercheur, lequel, plus heureux dans les occasions qui se sont offertes, les a menées à un heureux résultat.

Le chroniqueur n’a pas les moindres raisons pour affirmer que M. Crookes ignore complètement quelles recherches laborieuses et conduites avec soin ont amené les hommes de

science les plus éminents à rejeter sans réplique et dans leur entier, tous ces hauts phénomènes du « mesmérisme » qu’on présente maintenant sous d’autres noms, comme étant les résultats d’un agent « spirituel » ou « psychique. »

Eh bien, ces recherches et les diverses explications produites avec tant de soin par le docteur Carpenter et autres, me sont familières. Je n’y ai fait aucune allusion, tout simplement parce que les phénomènes qui sont venus à leur connaissance sont entièrement différents de ceux que j’ai examinés. Pendant la durée de mes expériences j’ai vu des quantités d’exemples de planchettes écrivantes, de tables frappantes et tournantes, et j’ai reçu d’innombrables communications; mais je n’en ai pas tenté l’étude, surtout pour deux raisons : premièrement, parce que je frémissais devant l’énorme difficulté et la quantité de temps nécessaire pour faire marcher une enquête plus physiologique que physique; et secondement, parce que, sur ce sujet de communications ou de tables frappantes, il y a eu bien peu de chose, venu à ma connaissance, que je n’aie pu expliquer.

Mon critique objecte qu’on a expérimenté avec l’accordéon dans une cage, sous la table. Mon but s’explique aisément. Je dois me servir de mes propres méthodes d’expérimentation.

Je les ai jugées bonnes dans ces circonstances, et si le critique avait vu l’expérience avant de s’en plaindre, il aurait un peu plus ressemblé à un savant. Mais néanmoins la cage n’est pas essentielle, bien que, dans une expérience d'épreuves, elle soit une sauvegarde de plus.

Dans plusieurs occasions subséquentes, l’accordéon a joué sur la table, et dans d’autres endroits de ma chambre éloignés de la table, les clefs se mouvant et l’action des soufflets continuant. Un accordéon fut choisi, parce qu’avec cet instrument il est absolument impossible de tromper quand il est tenu de la manière indiquée. Je nie carrément que, tenir un accordéon par le bout opposé aux clefs et en jouer « avec une seule main, soit un tour de jongleur qu’on montre souvent aux foires ds campagne » à moins que pour cela il n’y ait un mécanisme spécial. Est-ce que notre critique ou toute autre personne a été témoin de ces phénomènes, soit à quelque foire de campagne, soit ailleurs? — Cette allégation n’est égalée en absurdité que par l’argument d’un écrivain qui, pour prouver que les récits des enlèvements de M. Home ne pouvaient pas être vrais, disait dernièrement :

« Un jongleur indien pourrait s’asseoir au milieu de Trafalgar-Square, et ensuite s’élever dans l’air lentement et sûrement jusqua la hauteur de cinq ou six pieds, toujours assis, et redescendre avec la même lenteur. » Curieuse logique que celle que certain phénomène fût impossible à M. Home parce qu’un lourdeau de campagne ou un jongleur indien serait capable de le produire 1

Dans l’expérience de la planche et de la balance à ressort, le choniqueur dit « que l’expérience est viciée par le manque de toute détermination de la pression verticale réelle exercée par les doigts de M. Home. »

Je maintiens que cette détermination est tout aussi inutile que la détermination de « sa pression verticale » sur la chaise où il était assis, ou

sur ses bottes, quand il était debout. Par rapport à ce point, je disais :

•« M. Home mit légèrement le bout de ses doigts sur Vextrême lout de la planche d’acajou qui reposait sur le support.

« Afin de voir s’il était possible de produire un effet notable sur la balance à ressort, en exerçant une pression à l’endroit où M. Home avait mis ses doigts, je montai sur la table et me plaçai sur un seul pied à l’extrémité de la planche. Le docteur Huggins, qui observait l’index de la balance, dit que l’action du poids entier de mon corps (140 livres) ne faisait fléchir l’index que de une livre et demie ou de deux livres, quand je donnais une secousse. Or M. Home était resté assis sur une chaise longue et n’avait donc pu, eût-il fait tous ses efforts pour cela, exercer aucune influence matérielle sur ces résultats.

« J’ai à peine besoin d’ajouter que ses pieds aussi bien que ses mains étaient surveillés de près par tous ceux qui se trouvaient dans la chambre.

« Le pied en bois ayant un pouce et demi de large, et reposant à plat sur la table, il est évident qu’un accroissement de pression exercée dans cet espace d’un pouce et demi ne pouvait produire aucune action sur la balance. »

Mais comme cette objection avait été faite par plusieurs personnes, j’imaginai certaines expériences dans le but cle supprimer tout contact mécanique, et ces expériences ont été amplement décrites dans mon dernier mémoire.

Pour montrer la singulière inexactitude des allégations et des inductions du chroniqueur, je donne ci-dessous, en colonnes parallèle, des citations du Quarterly Iieview , afin de marquer le contraste qui existe entre ses assertions dé-

loyales et le vrai langage qne j’ai tenu, tel qu’il est imprimé dans le Quarterlyjournalof science.

Quarterly lîeview.

Ootobre 1870.

« 11 admet qu’il n'a pas employé les moyens de contrôle que les hommes de science ont le droit d'exiger avant de donner créance à la réalité do ces phénomènes.

« Il a entrepris, avec une opinion préconçue qu’il avoue t l’enquôte dont à présent il publie les résultats.

« Ceci évidemment enlève à « sa conviction de leur vraie réalité »

mémo la faiblo importance que son caractère de savant aurait pu lui donner, si son témoignage oût été impartial. s

Quarterly journal of science .

Juillet 1870.

« Mon éducation scientifique tout entière n’a été qu’une longue leçon d'exactitude d’observation, et je désire qu'il soit bien compris que cette ferme conviction (celle de la réalité de certains phénomènes) est le résultat des recherches les plus minutieuses.

« Dans le oas présent, je préfère aborder mes recherches sans aucuno idée préconçue sur ce qui peut être ou n’être pas.,.. D'abord Je croyais que toute cette affaire était de la superstition, ou au moins quelque truc inexpliqué.

s J’aurais certainement une grande satisfaction si je pouvais projeter do la lumière dans une direction quelle qu'elle fût, et je puis sûrement dire que Je ne m'occupe pas de savoir quelle serait cette direction. Je ne..., puis, quant à présent, hasarder même la plus vague hypothèse sur la cause de ces phénomènes.

« Je ne puis pas dire que j’aie des vues ou des opinions sur un sujet que je n’ai pas la prétention de comprendre.

cc L’emploi croissant des méthode»

scientiques fera n litre l’exactitude d’observation, t n pl ts grand amour de la vérité parmi les chercheurs, et produira une race d’observateurs qui chasseront les restes sans vaeur du Spiritualisme, jusque dans les limbes inconnus de la magie et de la nécromancie. »

A la page 351, le chroniqueur insinue que l’éducation scientifique de ma jeunesse, ainsi

que celle de mes coopérateurs, a été insuffisante. Pour ce qui me concerne, je dirai que mon éducation scientifique n’aurait pas pucommencer utilement avant l’époque où elle commença. Un peu avant l’âge de seize ans, je fus employé à des expériences dans un laboratoire particulier. Ensuite j’entrai au collège royal de chimie, sous le docteur Hofmann, et j’y demeurai six ans. Ma première recherche originale sur un sujet compliqué et difficile fut publiée à 19 ans ; et depuis cette époque jusqu’à ce moment-ci, mon éducation scientifique a été une leçon continuelle d’exactitude d’observation.

Les passages cités dans les colonnes parallèles qui suivent montrent que mon chroniqueur et moi nous ne différons que de peu dans notre opinion au sujet des qualités requises pour les recherches scientifiques.

Quarterly Beview.

Octobre 1870.

« Une partie au moins de ces prédispositions (à l’égard du spiritualisme) dépend de l’insuffisance d’une éducation scientifique précoce.

— Une telle éducation devrait comprendre : 1° l’habitude acquise

d’observer correctement les phénomènes qui chaque jour se produisent autour de nous ; 2° la culture de la faculté de raisonner sur ces phénomènes, de manière à arriver à des principes généraux, par la méthode d’induction ; 3° l’étude do la méthode de contrôler par expérience la valeur de telles inductions, et 4° l’application par déduction des principes acquis de cette manière, à la prévision des phénomènes qu^.

Quarterly journal of science .

Juillet 1870.

« Je pense donc que je rendrai quelque service si je fais connaître ici le genre d’idées qui a cours parmi ceux qui étudient la science, et si je dis quelle sorte de preuves expérimentales elle a le droit d’exiger avant d’admettre dans ses rangs une nouvelle branche de connaissances. Il ne faut pas mêler l’exact et l’inexact. La suprématie de l’exactitude doit être absolue.

« La première chose exigée est d’être sûr des faits', ensuite d’en déterminer les conditions ; et oufin les lois. L’exactitude et la connaissance de détail sont au premier rang, parmf les grandes aspirations des savants modernes. Il n'y a pas

Quarterly Iieview .

Octobre 1870.

peuvent être vérifiés par l’observation. »

Quarterly journal of science * Juillet 1870.

d’observations qui puissent servir à celui qui étudie la scionce, à moins qu’elles ne soient bien exactes, et • faites dans des conditions probantes.

« Le vrai savant a un grand avantage dans les investigations qui déjouent si complètement l’observateur ordinaire. Il a suivi la science dès le commencement et à travers une longue suite d’études ; il sait par conséquent dans quelle direction elle le mène : il sait quo d’un côté il y a des dangers, de l’autre des incertitudes, et d’un troisième côté la vérité presque absolue. Il volt une certaine éteuduc devant lui. Mais quand chaque pas se dirige vers le merveilleux et l’inattendu, les précautions et les preuves doivent s’accroître plutôt q ie diminuer.... Les chercheurs doivent travailler, quoique leur travail soit petit en quantité, pourvu quo son excellence intrinsèque fasse compensation. »

La Revue est si pleine d’inexactitudes méchantes, mal fondées ou remplies de prévention, qu’il n’est pas possible de les noter toutes. J’en passe sous silence un grand nombre que je voulais relever, et je dois me borner à en donner quelques-unes comme exemples.

Le chroniqueur dit que, dans mon mémoire de juillet 1870, mes conclusions « se basaient sur des preuves que je reconnaissais être scientifiquementincomplètes. » Or, dans ce mémoire, je ne donnais aucune preuve expérimentale quelle quelle fut. Après avoir positivement affirmé la réa'lité de deux de ces phénomènes, je donnais un aperçu de certaines preuves qui, dans mon

opinion, devaient être demandées, et, dans un renvoi, je disais que mes essais préliminaires sur ce chapitre avaient été satisfaisants. Est-ce là admettre que je n’avais pas contrôlé ces faits? — Est-il loyal de dire que les résultats obtenus par moi « se basaient sur des preuves que je reconnaissais être scientifiquement incomplètes? »

A la page 346, mon chroniqueur, se rapportant aux résultats obtenus avec la planche et la balance, insiste sur ce qu’il ne semble jamais m’être arrivé « d’éprouver si les mêmes résultats n’auraient pas pu se produire en imprimant à la planche une vibration mesurée par l’effort intentionnel d’une action musculaire. » Eh bien, croira-t-on qu’à la page 344 il rend compte, dans les mêmes termes que moi, de mon expérience tentée dans des conditionsidentiques? S’il avait pris la peine de s’en référer à mon autre mémoire, page 486 du Quarterly journal of science, il aurait vu que j’avais éprouvé d’une manière semblable les appareils spéciaux auxquels il fait allusion. Notre chroniqueur a-t-il donc appris à souffler à la fois le froid et le chaud? La mémoire lui fait-elle défaut? — Ou bien le chagrin d’avoir passé à côté de la vérité durant ses longues investigations a-t-il altéré son caractère?

Le fait dont il est parlé à la page 347, que mes amis et moi nous avons attribué à la force psychique les rides produites à la surface de l’eau contenue dans un vase, tandis qu’en réalité elles étaient produites par le tremblement d’un train qui passait, ce fait, dis-je, comme beaucoup d’autres faits du chroniqueur, est sans consis-

tance aucune; mais comme il a soin de nous dire que, dans ce cas particulier le fait n’est pas un fait de son invention, que dira-t-on de sa modestie à croire son « témoignage éminemment intelligent? » — Non, pareille chose n’est pas arrivée; non, un train qui passe ne produira pas de rides à la surface de l’eau d’un vase dans ma chambre. — J'invite le « témoin éminemment intelligent » à vérifier le fait.

A la page 348, parlant de M. Varley, le chroniqueur dit que « ses connaissances scientifiques sont si peu prisées par ceux qui ont le mieux qualité pour les juger, qu’il n’a jamais pu se faire recevoir de la Société Royale. » Il semble naturel qu’on devrait ajouter que M.

Varley est membre de la Société Royale; il fut nommé en juin dernier. Je crois être du bon côté en disant juste le contraire du chroniqueur.

Pour ne pas fatiguer le lecteur, j’examinerai seulement trois autres inexactitudes, en choisissant pour exemples des cas où le chroniqueur se croit parfaitement sûr de son fait. Dans ces trois exemples, il commence son attaque contre moi par ces mots de mauvais augure :

« Nous parlons à bon escient. » Si cette expression a un sens, cela veut dire que l’écrivain a une certitude plus qu’ordinaire de l’allégation qu’il met en avant, — qu’il parle d’une manière réfléchie et circonspecte. Or, moi aussi, je parle « à bon escient quand j’affirme, preuves en mains, que des trois accusations fulminées contre moi, deux, si. ce n’est trois, sont ou des étourderies, ou des inexactitudes préméditées.

La première accusation est celle-ci :

« Or, nous parlons à bon escient quand nous disons que M. Crookes n’a rien absolument de la persévérance avec laquelle ces phénomènes ont été étudiés par des hommes de science qu’il n’a jamais eu l’avantage de fréquenter, et qui avaient qualité pour le faire à raison de leur longue expérience dans les recherches de ce genre. »

Cette allégation dépitée est complètement fausse. Je crois qu’il y a peu de personnes dans ce pays-ci qui aient examiné avec plus de soin ce qui a été écrit sur ce sujet, ou qui aient lu plus de livres en anglais, en français et en latin sur le spiritualisme, la démonologie, la sorcellerie, le magnétisme animal, la théologie spirituelle, la magie et la psychologie. Dans cette liste, je comprends même l’article du docteur Carpenter sur l’électro-biologie et le mesmérisme, qui a paru dans le Quarterly Review d’octobre 1853.

La seconde accusation bien formulée continue en ces termes :

« Nous parlons aussi à bon escient quand nous disons que M. Crookes ignorait entièrement l’historique de ce sujet, et qu’il ne connaissait pas même le moyen par lequel le professeur Faraday avait démontré la cause réelle du mouvement des tables tournantes. »

Quant à mon entière ignorance de l’histoire de ces phénomènes, je crois que le précédent paragraphe montre assez bien ce qu’il on est.

En 1853, j’étais intimement lié avec feu Robert Murray, à cette époque régisseur chez M. Newman, constructeur d’instruments de physique, Regent Street. J’allais dans son magasin plusieurs fois par semaine, et en mai et juin de

cette année-la, Murray et moi nous eûmes force conversations au sujet des tables tournantes. Je me rappelle bien qu’il me dit un jour que le professeur Faraday lui avait donné le dessin d un appareil de contrôle, au moyen duquel il espérait prouver que la rotation de la table était due à une action musculaire inconsciente. Au bout d’un jotir ou deux, il me montra l’instrument qu’il allait précisément envoyer au professeur Faraday. A cette époque il n’était pas rare que feu le révérend J. Barlow, secrétaire du Royal Institut, me favorisât d’invitations chez lui, rue Berkeley; et dans une de ces occasions, comme j’entrais, il m’accueillit en ces termes : « M. Grookes, je suis heureux que vous soyez venu; nous faisons un peu tourner les tables, et nous venons juste d’essayer le nouvel instrument de Faraday. Il est ici, laissez-moi vous présenter à lui. »

Le professeur Faraday, avec cette affabilité qui lui était naturelle, m’expliqua complètement comment agissait son instrument, et au lieu de considérer comme enfantillages les remarques d’un simple jeune homme (car je n’avais que vingt et un ans) il accueillit mon objection que son instrument se basait sur la présomption que la force supposée et agissante des mains passerait par les rouleaux de verre, — et répondit qu’il avait songé à cela et qu’il avait surmonté la difficulté en liant ensemble les deux planches de manière à les rendre rigides, et qu’ainsi il avait trouvé que la table tournait aussi bien avec l’instrument que sans 1 instrument. Depuis lors, j'ai fréquemment employé le moyen d un long et délicat indicateur pour

amplifier les petits mouvements. Peut-être mon cri* tique ne sait-il pas que ce moyen est des plus usités dans les laboratoires de physique, et était d’un fréquent usage, longtemps avant qu’aucun homme de la présente génération n’eût vu le jour. Je l’ai adopté depuis 1853 jusqu’à aujourd’hui. Dans mes premières expériences je me suis servi de l’instrument de contrôle du professeur Faraday; mais ensuite, quand j’ai souvent posé comme condition sine quà non que l’opérateur ne toucherait ni la table •ni aucune partie de l’instrument, comme dans les expériences III, IV et VI (1), mon habile chroniqueur serait lui-même embarrassé de dire comment on pourrait avoir recours à l’instrument de Faraday. Dans de pareils cas, j’adopte un index bien connu et essentiellement délicat, le rayon de lumière.

Le Quarterly continue en exaltant l’expérience de Faraday sur les tables tournantes, et il oublie complètement que Faraday n’est pas arrivé à une conclusion semblable à celle du chroniqueur;'du moins, elle est bien plus obscurément exprimée, si toutefois elle l’est. Faraday, autant que je puisse le savoir, n’a jamais parlé d’un pouvoir latent au dedans de nous, duquel nous sommes inconscients, qui travaille, dans nos muscles, et leur fait produire des actes qui atteignent leur apogée sous forme de discours et d’écriture produits par les mouvements d’une table. Faraday aurait jugé que c’était là une grande nouveauté, si on l’avait exposée devant lui, comme je m’efforce de me l’exposer à moi-

(1) Quarterly journal of science , oct. 1871, pag. 487 etsuiv.

même après avoir lu l’article du Quarterly. Ma croyance, toutefois, est que Faraday n’a expérimenté qu’en présence de phénomènes suspects.

La troisième accusation que le chroniqueur formule à bon escient est ainsi exprimée :

a II fut récompensé de cette découverte (le Thallium) par le titre de membre de la Société Royale ; mais nous parlons à bon escient en disant que cette distinction lui fut décernée avec beaucoup d’hésitation. »

En janvier 1863, pendant que l’intérêt qui s’attachait à la découverte du corps simple le Thallium était nouveau dans l’esprit des savants, je fus à la fois surpris et charmé de recevoir la note suivante du professeur Williamson :

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