UNIVERSITÉ DE LONDRES
Burlington-House, W., 16 janvier 1863.
« Cher monsieur, je serais heureux de voir votre nom sur la liste des membres de la Société Royale, et si vous n’avez pas d’objection à y faire, voudriez-vous me faire l’honneur de me laisser proposer votre élection à la Société. Pourriez-vous disposer d’un quart d’heure, lundi prochain apres midi, pour causer de cette affaire avec moi au collège de l’Université, et " liger
Votre bien dévoué,
Alex. W. Williamson.
Cette bienveillance que je n’avais pas du tout recherchée était ce qui me plaisait le plus. Quand nous nous vîmes, mon certificat fut rempli en partie et laissé entre les mains du
professeur Williamson pour obtenir les signatures nécessaires. Après cette entrevue avec ce professeur, je ne fis plus la moindre démarche à ce sujet, et je n’en parlai à personne; mais, en temps voulu, le professeur Williamson m’écrivit que la Société Royale avait dûment reçu mon certificat et qu’on l’avait lu en séance. Il ajoutait :
« Les chimistes qui font à présent partie du Conseil apprécient sincèrement la haute valeur de vos titres. »
Plus tard, le même bienveillant ami m’écrivit;
« J’ai beaucoup de plaisir à vous féliciter et à nous féliciter nous-mêmes de ce que vous êtes un des quinze que le Conseil de la Société Royale a choisis pour l’élection. «
Je fus définitivement nommé le 4 juin i863.
La discussion eut lieu lorsque mon nom vint devant le Conseil, comme une chose toute naturelle. Lorsque, sur environ cinquante candidats, il n’y en a que quinze à nommer, il faut s’attendre que les titres de chacun seront sévèrement examinés; mais, quoi que mon chroniqueur anonyme puisse dire à bon escient à ce sujet, le fait qui subsiste, c’est que je fus nommé à ma première demande, honneur presque inouï pour un homme si jeune. En considérant le grand nombre d’éminents candidats dont l'élection est renvoyée d’année en année (quelquefois même à dix ans), il n’y a pas de raison pour que mon élection n’eût pas été différée d’au moins une année, s’il y avait du
vrai dans 1 allégation « qu’on avait montré beaucoup d’hésitation à me décerner cette distinction. »
La grossièreté de l’imputation, que la Société Royale m’a admis quoique mes recherches n’eussent qu’un mérite purement technique , est étourdissante quand on considère les mérites des membres en général. Je les considérerais presque tous comme des travailleurs purement techniques dans le champ de la science, pour peu qu’ils eussent travaillé; mais la chose est bien curieuse quand nous trouvons que l’enquête en question est purement technique. Bien certainement, c’est une question d’appareils. En abordant des recherches que je me suis efforcé de maintenir dans les limites de faits étendus, tangibles et d’une démonstration aisée, quelles sont les qualités que le bon sens demande à un investigateur? Faudrait-il avoir confiance dans des recherches qui seraient conduites par un chimiste visionnaire qui ferait des théories à l’heure, et couvrirait des arpents de papier de formules chimiques, mais qui, dans un laboratoire, serait incapable de faire la plus simple analyse ou bien d’agencer une pièce d’un appareil de chimie? Qu’on ne suppose pas cependant que je ne me souviens plus des travaux philosophiques et fécondants que Hofmann, Williamson et autres ont accomplis dans le champ de la chimie philosophique. Mais, pour revenir à ces recherches, pour sûr elles seraient conduites par quelqu’un « qui mérite qu’on ait confiance en lui dans une enquête qui, pour arriver à un heureux résultat, exige des connaissances spéciales. »
Le chroniqueur prétend que les phénomènes de suspension en l’air de corps pesants, les mouvements de haut et de bas d’une planche, et l’enregistrement de la pression variable sur une balance à ressort, sont psychiques et non pas physiques; et il soutient que dans des faits de la nature de ceux que j’ai obtenus, on ne doit pas avoir confiance dans ses propres yeux, parce que dans de telles circonstances « voir n’est pas croire. »
Pour montrer mon incapacité à déterminer le poids d’une pièce de bois, il m’accuse d’ignorer la chimie philosophique! Cependant, du haut de son trône olympien, il condescend à admettre que j'ai des capacités spéciales, que j'ai fait un honorable usage des rares occasions qui m’ont été offertes, et il donne à entendre qu’on peut avoir confiance en moi pour une enquête qui, pour aboutir heureusement, demande quelques connaissances spéciales. Or, qu’est-ce que tout cela veut dire? J’avais toujours cru que les qualités qu’il me concède si dédaigneusement étaient justement de celles qui ont le plus de prix dans ce pays-ci. Qu’estce surtout qui a placé l’Angleterre dans la position industrielle qu’elle occupe à présent, si ce n'est la science technique et les recherches spéciales?
Mais il semble que mon crime le plus grand est d’être « un spécialiste parmi les spécialistes! » Moi, un spécialiste parmis les pécialistes! C’est vraiment nouveau pour moi, que j’aie limité mon attention à un seul sujet spécial Mon chroniqueur serait-il assez bon pour me dire quel est ce sujet? Est-ce la chimie gé-
nérale, dont j’ai fait des comptes rendus depuis la création du « Chemical News » en 1859? Est-ce le thallium, au sujet duquel le public a probablement entendu dire tout ce qui pouvait l’intéresser? Est-ce l’analyse chimique sur laquelle j’ai récemment publié un traité des « Méthodes choisies, » qui est le résultat de douze ans de travaux? Est-ce la désinfection,la prévention et la guérison de la peste bovine, sur laquelle j’ai publié un rapport qui, on peut le dire, a popularisé l’acide carbolique? Est-ce la photographie, sur laquelle j’ai écrit de trèsnombreux articles tant sur la théorie que sur la pratique. Est-ce la métallurgie de l’or et de l’argent, dans laquelle ma découverte de la valeur de sodium pour le procédé d'amalgamation est à présent largement employé en Australie, en Californie, et dans l’Amérique du Sud? Est-ce l’optique, branche pour laquelle je n’ai que la place de renvoyer à mes mémoires sur quelques phénomènes de la lumière po'arisée, publiés avant que j’eusse vingt et un ans ; à ma description détaillée du spectroscope et de mes travaux avec cet instrument à une époque où il était presque inconnu en Angleterre ; à mes articles sur les spectres solaires et terrestres; à mes études sur les phénomènes optiques des opales et à la construction du microscope spectral; à mes mémoires sur la mesure de l’intensité de la lumière et à la description de mon Photomètre de polarisation? Ou bien ma spécialité est-elle l’astronomie et la météorologie, puisque pendant un an j’ai été à 1 observatoire Radcliffe à Oxford, où, en plus de ma fonction principale de surveiller le département de la
météorologie, j’avais partagé mes loisirs entre Homère et les mathématiques à Msgdalen Hall ; la chasse aux planètes et les prises de passages avec M. Pogson, maintenant directeur de l’observatoire de Madras, et la photographie, céleste exécutée avec le magnifique héliomètre attaché à l’observatoire?
Les photographies de la lune prises par moi en 1855 à l’observatoire de M. Hartnup à Liverpool ont été pendant plusieurs années les meilleures qui existassent, et la Société Royale m’honora d’une gratification en argent pour poursuivre mes travaux sur ce sujet. Ces faits, joints à mon voyage à Oran l’année dernière, en qualité de membre de l’exposition envoyée par le gouvernement pour y observer l’éclipse, et l’invitation que j’ai reçue naguère de me rendre à Ceylan pour le même but, sembleraient montrer que l’astronomie est ma spécialité. A vrai dire, peu d’hommes de science prêtent moins que moi à l’accusation d’être « un spécialiste parmi les spécialistes. »
Tandis que le scepticisme de notre chroniqueur, à l’égard du degré de croyance en d’éminents témoins qui donnent leurs noms et des récits détaillés de faits précis, dépasse toutes les bornes raisonnables, sa crédulité à ajouter foi aux allégations non attestées d’autres personnes, ou à attendre que ses lecteurs donnent créance à toutes les histoires absurdes de sa propre expérience, est réjouissante dans sa simplicité. Il donne cinq comptes rendus différents de certaines séances, où il ne vit rien se produire, mais il est avare de détails : sauf une seule exception, il ne donne ni noms, ni
preuves, ni même le moindre indice qui puisse aider à vérifier la véracité de ce qu’il dit. Le seul cas où il produit un nom et quelque chose comme un détail, c’est le récit d’une visite à M. Foster. Entre autres choses étranges qui y sont racontées, mais qui ne sont pas expliquées d’une façon satisfaisante, même par notre chroniqueur, se trouve le fait suivant :
« On ne nous nomma pas quand nous fûmes introduits près de lui, et nous ne pensons pas qu’il eût pu avoir l’occasion de connaître notre personne. Néanmoins non seulement il répondit aux différentes questions que nous lui posâmes sur l’époque et la cause de la mort de plusieurs de nos parents et amis décédés, dont nous avions écrit les noms sur des morceaux de papier que nous avions pliés et roulés en boule avant de les lui mettre dans les mains, mais encore il produisit sur son bras nu les noms et les dates écrits correctement en grosses lettres rouges, rougeur produite par le gonflement des petits vaisseaux de la peau, et, au bout de quelques minutes, disparaissant comme la rougeur du visage. »
Les réponses exactes aux questions du chroniqueur sont censées s’expliquer par « faction idéo-motrice inconsciente » qui, comme « l’action inconsciente du cerveau, » doit expliquer tous les phénomènes passés, présents et futurs. Quant aux derniers phénomènes, il dit : « Les recherches de nos amis médecins dévoilèrent le truc par lequel les lettres rouges étaient produites. » —Si le chroniqueur ne veut pas croire à mon entier exposé des faits fortifiés par d’éminents témoignages, comment peut-il attendre de ses lecteurs qu’ils croient à ses allégations sur la simple parole d’un écrivain anonyme. Sa
sotte incrédulité, pour employer sa propre mais grossière et significative expression, se montre pleinement dans son aveugle croyance en un exposé manifestement exagéré qu’a fait le célèbre Robert Houdin sur la manière dont lui et son fils exécutaient quelques-uns de leurs tours,
Il est curieux de remarquer comment le D r Carpenter s’insinue dans l’article du « Quai'terly Review. » Tout le long de son article, le chroniqueur exprime l’aveugle conviction qu’il a que le docteur Carpenter doit être regardé comme l’autorité suprême dans les subtiles questions psychologiques qui sont du domaine des phénomènes dits spiritualistes. Les théories des profonds psychologistes de l'Allemagne, pour ne rien dire de celles de nos propres compatriotes, sont tout à fait abandonnées pour les hypothèses du docteur William Carpenter. Une évidente et aveugle croyance dans les dires de M. Carpenter, au sujet de nos opérations mentales, a conduit le chroniqueur à ignorer complètement ce fait, que ces explications ne sont pas acceptées par les meilleurs esprits qui se sont consacrés aux recherches psychologiques. Je n’ai pas intention de manquer de respect au docteur Carpenter, qui, dans certaines branches de la science, a fait d’excellents ouvrages, quoiqu’ils ne soient peut-être pas toujours conçus dans un esprit simple et non dogmatique, si je dis « à bon escient » qu’il manque de la qualité philosophique de pénétration et de généralisation qui l’aurait rendu propre à débrouiller les problèmes compliqués qui se cachent sous la structure du cerveau humain.
Il faut que je termine ici cette justification
qu’on m’a obligé à faire. Il m’a été très désagréable d’avoir été contraint de parler de moi. Je m’abstiens de caractériser avec les expressions qu’il mérite l’esprit de cette attaque contre un travailleur de la science, il me suffit d’avoir prouvé que, dans dix circonstances différentes, le chroniqueur m’a calomnié de propos délibéré. C’est là une accusation vraiment pénible à imputer à quiconque occupe parmi les hommes de science la situation de chroniqueur.
Je ne puis m’empêcher de citer, d’après le « Birmingham Morning News », la critique tranchante qui suit et qui émane de la plume d’un éminent chimiste qui, lui-même, ne croit pas au Spiritualisme. Elle servira, comme un exemple entre beaucoup d’autres, à montrer quelle impression de dégoût a provoqué parmi les hommesde science l’articledu Quarterly Review, quelles que puissent être du reste leurs opinions sur ce sujet. Après quelques remarques préalables, l’écrivain continue ainsi :
« Ou bien une nouvelle force très extraordinaire vient d’être découverte, ou bien des hommes très éminents, spécialement habitués à des recherches physiques rigoureuses, ont été les victimes d’une illusion matérielle des plus étonnantes, sans précédents, et inexpliquable. Je dis sans précédents, parce que, bien qu’on se souvienne de maintes erreurs populaires de même nature et de même importance, et d’illusions spéculatives parmi les savants, je ne puis Citer aucun exemple d’expérimentateurs habiles
qui aient été trompés complètement, au suprême degré, et d'une façon répétée, par l’action mécanique des appareils de contrôle construits avec soin et employés par eux-mêmes dans leurs expériences.
« Comme l’intérêt qui s’attache à ce sujet s’accroît rapidement et devient à la fois plus grand et plus profond; comme une discussion très chaude est pendante, et qu’on nous réserve d’autres révélations expérimentales encore plus extraordinaires, mes lecteurs accueilleront sans doute favorablement un bavardage un peu plus long que je n’en consacre d'ordinaire à un simple sujet.
« Je dois d’autant plus m’étendre sur ce chapitre que les journaux et articles de revues qui ont paru jusqu'ici, ont pour la plupart, suivant la route tracée par le Quarterly Review , embrouillé tout ce sujet d’une manière absurde, et exposé d’une manière inexacte et ridicule la position de M. Crookes et celles d’autres savants. En premier lieu, tous ces écrivains qui marchent sur les traces du Quarterly ne font aucune mention, ni aucune allusion au mémoire préliminaire de M. Crookes publié en juillet 1810; mémoire qui est d’une très grande importance, puisqu’il expose le but de toutes les recherches qui ont suivi.
« Dans ce mémoire M. Crookes dit : « On a annoncé dans une revue [Thé Athenœum ), il y a déjà quelques semaines, que je venais d’entreprendre des investigations au sujet de ce qu’on appelle le Spiritualisme; et à cause des nombreuses communications que j’ai reçues depuis lors, je juge qu'il est convenable de dire quel-
ques mots touchant les recherches que j’ai commencées. Je ne puis pas dire que j’aie des vues ou des opinions sur un sujet que je n’ai pas la prétention de comprendre. J’estime qu’il est du devoir des hommes de science qui ont appris à travailler d’une manière exacte, d’examiner les phénomènes qui attirent l’attention du public, afin d’expliquer, si c’est possible, les illusions des honnêtes gens, ou de dévoiler les fraudes des trompeurs. »
Il continue ensuite en établissant la position de la science vis-à-vis du spiritualisme, et il s’exprime en ces termes :
« Le spiritualiste parle de corps, pesant 50 ou 100 livres, qui sont enlevés en l’air sans l'intervention de force connue; mais le savant chimiste est accoutumé à faire usage d’une balance sensible à un poids si petit qu’il en faudrait dix mille comme lui pour faire un grain. Il est donc fondé à demander que ce pouvoir, qui se dit guidé par une intelligence, qui élève jusqu’au plafond un corps pesant, fasse aussi mouvoir sous des conditions de contrôle sa balance si délicatement équi ibrée.
« Le spiritualiste parle de lourds objets d’ameublement se mouvant d’une chambre à l’autre, sans l’action de l’homme. Mais l’homme de science a construit des instruments qui diviseraient un pouce en un million de parties, et il est fondé à douter de l’exactitude des observations effectuées, si la même force est impuissante à faire mouvoir d’un simple degré l’index de son instrument.
« Le spiritualiste parle de fleurs mouillées de fraîche rosée, de fruits, et même d’êtres vivants
apportés à travers les croisées fermées, et même à travers de solides murailles de briques. L’investigateur scientifique demande naturellement qu’un poids additionnel (ne fût-il que la millième partie d’un grain) soit déposé dans un des plateaux de sa balance quand la boîte en est fermée à clef. Et le chimiste demande qu’on introduise la millième partie d’un grain d’arsenic à travers les parois d’un tube de verre dans lequel de l’eau pure est hermétiquement scellée. »
Ces conditions et bien d’autres encore sont énumérées par M. Crookes, et en même temps il continue à exposer les principes d’investigation rigoureusement inductive qui doivent être appliqués à une pareille recherche. Un an après, il publia un compte rendu des expériences que j’ai décrites dans une première lettre, et à son propre témoignage il ajouta celui de l’éminent physicien et astronome, le docteur Huggins, et celui de Serjeant Gox. Plus tard, c’est-à-dire dans le dernier numéro du Quarterly journal of science, il a publié les détails d’une autre série d’expériences.
Pour le moment je ne m’en occuperai pas, mais j’établirai simplement que les conclusions de M. Crookes sont en complète opposition avec celles des spiritualistes. Ii rejette complètement, positivement, sans détours et à plusieurs reprises, toute croyance dans les opérations d’esprits supposés, ou de tout autre agent surnaturel quel qu’il soit, et il attribue les phénomènes dont il a été témoin à une origine tout à fait différente, c’est-à-dire à l’action directe du médium. Il suppose qu’une force analogue à
celle que lesnerfsdeleurscentresganglionnaires envoient aux muscles pour produire la contraction musculaire, peut, par un effort de la volonté, se transmettre à la matière extérieure inanimée, de manière à influencer dans une certaine mesure sa puissance de gravitation, et à produire un mouvement vibratoire. Il appelle cela Force psychique.
Or, c’est là positivement et sans équivoque de l’ anti-spiritualisme. C’est une théorie mise en opposition avec les hypothèses surnaturelles des spiritualistes, et la position de M. Crookes, par rapport au spiritualisme, est précisément analogue à celle de Faraday vis-à-vis des tables tournantes. Absolument pour les mêmes raisons que celles qui sont citées plus haut, le grand maître de la recherche expérimentale examina les phénomènes dits des tables tournantes, et il conclut qu’ils étaient dus à la force musculaire,, exactement comme M. Crookes conclut que les phénomènes plus complexes qu’il a étudiés sont dus à la force psychique,
Parlant des théories des spiritualistes, M.
Crookes, dans son premier mémoire (juillet 1870), dit :
« Le spiritualiste faux savant fait profession de tout connaître. Pas de calculs qui troublent' sa sérénité, pas d’expériences difficiles, pas de lectures laborieuses, pas de tentatives pénibles pour exprimer en un langage clair ce qui a charmé le cœur et élevé l’esprit. Il parle avec volubilité de toutes les sciences et de tous les arts, submergeant son auditeur sous les termes de « électrobiologie, psychologie, magnétisme animal, etc., vrai jeu de mots qni montre plutôt l’ignorance que le savoir. »
J’avoue que la manière de raisonner de quelques spiritualistes semblerait presque justifier ces paroles sévères de Faraday, que « bien des chiens pourraient arriver à des conclusions plus logiques. »
J’ai déjà fait allusion à l’exposé inexact et embrouillé que les rédacteurs de journaux ont fait de la position de M. Crookes. A la presque unanimité ils représentent M. Crookes et le docteur Huggins, comme deux savants distingués qui se sont récemment convertis au spiritualisme. Les citations précédentes, auxquelles, si l’espace me le permettait, j’en pourrais ajouter une douzaine d’autres extraites du premier, du second, ou du troisième mémoire de M.
Crookes, où il combat franchement et résolument les rêves des spiritualistes, ces citations, dis-je, montrent que ces rédacteurs sont tombés dans l’erreur la plus complète. Ils se sont fiés tout natureliement à l’honorabilité reconnue du Quarterly Review , et ont ainsi eux-mêmes induit en erreur leurs lecteurs. Si l’on considère l’étonnante quantité de sujets que ces rédacteurs ont à traiter, et les arpents de papier qu’ils couvrent tous les jours de leur écriture, il n’est pas surprenant quils se soient ainsi égarés en parlant d’un sujet qui les éloignait considérablement de leur voie ordinaire ; mais l’offense du Quarterly n’est pas aussi légère. En fait, elle revêt un caractère très sérieux quand on l’examine plus longuement.
Le titre de l’article est : « Le spiritualisme et ses nouveaux convertis, » et les nouveaux convertis , nommés de la manière la plus spéciale et la plus claire, sont M. Crookes et le docteur Hug-
gins. Serjeant Gox est aussi désigné, mais non pas comme un nouveau converti, car le chroniqueur le dépeint comme un vieux spiritualiste endurci (1) à en désespérer. Ne sachant rien de Serjeant Gox, je ne suis pas en état de dire si les énergiques allégations personnelles du chroniqueur à son sujet sont vraies ou fausses, s’il est réellement un des plus dupés parmi les dupés, bien que je doive exprimer combien je déteste l’abominable mauvais goût qu’il déploie dans son attaque contre ce gentleman. Tout son crime consiste à avoir certifié l’exactitude des comptes rendus de certaines expériences de M. Grookes, et pour avoir fait cette simple chose, le chroniqueur, conformément à la plus basse tactique des avocats de Old Dailey , se met à injurier le témoin, et à publier des détails inconvenants sur ce qu’il a fait, il y a? vingt-cinq ans de cela.
(1) Au sujet de M. Serjeant Cox, il est juste de dire qu’au lieu d’être un vieux spiritualiste, il n’avait rien vu du spiritualisme, avant de se joindre à la commission d’investigation de la Dialectical Society, dans la pensée d’aider à dissiper une illusion, ou à dévoiler une imposture ; mais par l’examen soigneux qu’il en fit -il eut la satisfaction (comme il le dit dans son rapport) de constater qu’un grand nombre de phénomènes avancés étaient réels, mais qu’il n’y avait aucune preuve qui vînt à l’appui de la théorie spiritualiste ; que ce qu’il avait vu l’avait convaincu que la force était purement psychique, et qu’elle n’était produite en aucune manière par les âmes des morts. En fait, il est adversaire décidé de la théorie des spiritualistes, et sous le titre de « Réponse de la science au spiritualisme (Spiritualism answered by science) il vient de oublier un livre où il détaille ses expériences. L’auteur de l’article du Quarterly doit certainement avoir eu connaissance de ce fait, car il cite un passage d’une lettre crue M. Serjeant Cox m’a écrite, dans laquelle il rejette formellement la théorie du spiritualisme. » W. C.
Le docteur Huggins qui n’a eu rien à démêler avec ce sujet, si ce n’est d’attester qu’il a été témoin de ce qu’a décrit M. Crookes, et qui n’a pas hasardé un seul mot d’explication sur ces phénomènes, est traité avec la même insolence.
Le chroniqueur sort de la question pour informer le public que le docteur Huggins, après tout, n’est qu’un brasseur, et il fait savoir cela artificieusement en disant que : « comme M.
Whitbread,' M. LasSell, et d’aütres brasseurs qu’il pourrait nommer, le docteur Huggins s’est attaché tout d’abord à l’étude de l’astronomie. » Il continue ensuite en se moquant de « ces amateurs de science » et en faisant connaître au public qu’en règle générale, ils travaillent avec un sérieux désavantage parce qu’ils manquent de cette large base de culture scientifique, qui pourrait seule les soustraire à l’étroite et pernicieuse influence d’un spécialisme borné.
Le chroniqueur continue en disant qu’il « n’a pas de raison de croire que le docteur Huggins fasse exception à cette règle ; » et, plus loin, il affirme qu’il est autorisé à conclure que le docteur Huggins ne connaît « aucune autre branche de science que la petite subdivision de la branche à laquelle il s’est consacré avec tant de mérite. » Remarquez les mots « petite subdivision de la branche. » Suivant cet écrivain très peu véridique, ce n’est qu’à un simple rejeton de l’arbre de science que le docteur Huggins a toujours consacré ses études.
Si l’objet de cette lettre était une justification personnelle, je pourrais montrer aisément que
ces allégations au sujet des occupations présentes , de l’éducation scientifique et des connaissances actuelles du docteur Huggins sont les plus grossières et les plus énormes faussetés ; mais le docteur Huggins n’a pas besoin que je me fasse son champion, sa haute position scientifique, l’étendue et la profondeur de ses connaissances en général sont assez connues de tout le monde savant, à l’exception du chroniqueur du Quarttrly . Mon but n’est pas de discuter la question personnelle de savoir si faire un livre et se livrer à 1^ dépêche valent plus ou moins, au point de vue des recherches expérimentales, que les manipulations merveilleusement exactes et d’une délicatesse exquise des observatoires et des laboratoires modernes ; mais bien de protester contre la tentative d’arrêter le progrès des recherches, au .grand dommage des intérêts de la science et de la cause de la vérité, en jetant ainsi la boue d’un libelle méprisable sur quiconquemarche en dehors des sentiers battus des recherches ordinaires. Le vrai rôle de la science est de découvrir la vérité, de la chercher partout où on peut la trouver, de la poursuivre par les chemins de traverse et les grandes routes ; et, quand elle l’a rencontrée, de la proclamer complètement et sans crainte, sans ,se préoccuper de ce qui fait autorité de la mode ou des préjugés. Mais si des revues influentes comme le Quarterly Ileview deviennent le porte-voix d’efforts artificieusement élaborés, pour saper la réputation scientifique de tout homme qui fait ainsi son devoir de savant, c’est alors le moment de parler net et de protester avec vigueur.
Mes lecteurs seront heureux d’apprendre que c’est là le sentiment général des savants les plus autorisés de la métropole; quoiqu’ils puissent penser des recherches particulières de M. Crookes, ils sont unanimes à réprouver cet article du Quarterly.
L’attaque contre M. Grookes est encore plus méchante que contre le docteur Huggins. Parlant du titre de membre de la Société Royale accordée à M. Grookes, le chroniqueur s’exprime ainsi : « Nous parlons à bon escient en disant que cette distinction lui fut conférée avec beaucoup d’hésitation: » et plus loin il dit : « Nous sommes certains, d’après les plus hautes autorités, que parmi les chimistes, il est considéré comme un spécialiste entre les spécialistes, qu’il manque totalement de toute connaissance philosophique de la chimie, et qu’il ne mérite aucune confiance pour toute recherche qui, pour arriver à un heureux résultat, exige plus que les connaissances techniques. » C’est moi qui dans ces citations ai mis en italique quelques passages, afin d’indiquer certaines allégations auxquelles oh ne peut pas appliquer de mot plus doux que celui de fausseté.
Si l’espace me le permettait, je pourrais continuer à citer une longue suite d’exposés inexacts que cet essai singulièrement mensonger a donnés sur des points de fait. — L’écrivain en paraît connaître le caractère général, car, au milieu d’un de ses récits,il fait une sortie violente dans un renvoi, disant : « Ceci n’est pas une invention de notre part, mais bien Un fait qui nous a été communiqué par un témoin très intelligent qui avait été admis à une des
éances de M. Grookes. » J’ai pris la liberté dans scette note explicative d’accentuer le mot propre.
En comparant avec les remarques de M. Grookes ci-dessus énoncées la propre définition que lechroniqueur donne du spiritualisme, on verra qu’il comblela mesure del’injustice en avançant Z a 'diment que le docteur Huggins et M. Crookes sont « de récents convertis au spiritualisme. » Le chroniqueur dit : « Le dogme fondamental du spiritualisme consiste dans l’ancienne doctrine que les esprits des morts peuvent com-’ muniquer avec les vivants. » C’est là la définition du chroniqueur, et il conclut logiquement que M. Grookes est spiritualiste parce qu’il nie le dogme fondamental du spiritualisme; et que le docteur Huggins l’est aussi parce qu’il ne dit absolument rien sur cette question.
Si Tétude des phénomènes sur lesquels le spiritualisme base son «dogme fondamental »et leur explication de quelque autre manière constituent la conversion au spiritualisme, alors le chroniqueur est un converti bien plus que ne l’est M. Grookes, qui essaye seulement d’expliquer les simples phénomènes qui ont eu lieu pendant ses propres expériences.
Depuis plus de six mois, des articles faux et injurieux à mon égard et au sujet de mes récentes investigations ont été régulièrement mis en circulation dans les cercles scientifiques. Quoique connaissant leur existence et leur origine, j’évitais de m’en occuper publiquement, dans la pensée que leur fausseté inhérente les rendrait trop lourds pour leur permettre de
surnager longtemps. Cependant la publication de l’attaque dirigée contre moi par le chroniqueur du Quarterly semble avoir encouragé mon calomniateur, et puisant de la hardiesse dans mon silence prolongé, on a adressé au journal YEcho une lettre signée B. dans laquelle l’écrivain donne un corps défini à quelques-uns de ces vilains bruits, et se prévaut de l’autorité d’un certain M. J. Ne me souciant pas d’engager dans un journal une polémique avec un calomniateur anonyme, je demandais que le masque fût levé, lorsque M. John Spiller, F.
C. S. se mit brusquement en ligne, et dans YEcho du 6 novembre, accepta la responsabilité des calomnies de B., et produisit pour les corroborer une longue lettre qu’il m’avait adressée six mois auparavant, et qui n’avait pas le moindre rapport avec les calomnies relatées par B.
Il est absolument nécessaire qu’un homme qui a une certaine réputation parmi les chimistes réponde à des accusations définies; et la considération de ma propre réputation me décide à me justifier d’une manière qui ne sera ni hésitante dans son langage, ni douteuse dans sa signification. Et d’abord qu’on me laisse montrer combien M. Spiller connaît peu le sujet dont il parle avec tant d’assurance. Il vint chez moi à l’improviste, un soir d’avril dernier, où M. Home et quelques amis avaient dîné avec moi. — Rien de digne de remarque ne se passa en cette occasion ; en fait, ce ne fut que quelques semaines après que j’achetai mon accordéon, et que j’imaginai mes appareils d’expériences. M. Spiller cependant parut si frappé du peu qu’il vit, qu’il me pria de l’inviter dans
de semblables occasions aussi souvent que je le pourrais. — M. Berjeant Gox m’ayant donné la permission générale d’amener chez lui tout gentleman qui prendrait intérêt à la question, j’usai de la permission et engageai M. Spiller à m’accompagner le 25 avril à une soirée absolument privée où M. Home était attendu.
Si j’avais pensé qu’il eût été capable de manquer si grossièrement aux lois de l’hospitalité et du savoir-vivre, en publiant une relation séparée et mensongère de ce qui se passa en particulier dans la salle à manger d’un gentleman, certainement je ne l’aurais pas considéré comme compris dans la permission générale.
Donc, nous nous réunîmes, et avant de nous asseoir, il fut convenu entre tous les gentlemen présents, que tonte objection, au sujet de trucs qu’on soupçonnerait, serait faite à l’instant même, afin qu’on pût immédiatement le prouver ou non. — M. Spiller acquiesça pleinement à cette condition.
La réunion qui eut lieu chezM. Sergeant Cox ne faisait pas partie de mes « séances d’épreuves » comme M. Spiller essaye de le faire croire; mais elle était purement privée et n’avait aucun rapport avec les expériences décrites dans le Quarterly journal of science. C’était un essai préliminaire pour me mettre à même déjuger quelle était la classe de phénomènes qu’on pouvait vérifier le plus facilement, et quel genre d’appareils de contrôle je pouvais imaginer. M. Spiller n’a jamais été présent à aucune de mes séances d’épreuves, et il n’a vu M. Home que dans les deux seules occasions que j’ai mentionnées.
Pendant la séance qui eut lieu chez M. Ser^ jeant Cox, maints phénomènes frappants se produisirent, et M. Spiller, en sa qualité d’étranger, fut spécialement invité par M. Home à tout examiner tant qu’il lui plairait. — Suivant mon habitude ordinaire de prendre des notes, j’écrivais tout le temps que je n’observais pas ce qui se passait, et par conséquent il m’était facile, non seulement de décrire les phénomènes qui se présentaient, mais encore d’enregistrer les propres paroles ou les commentaires de chaque assistant. De temps en temps je lisais à haute voix ce que je venais d’écrire, et je demandais à l’assistance si c’était bien cela ; lorsqu’une rectification était demandée elle était invariablement adoptée. Le récit de ce qui s’était passé fut transcrit en entier imfnédiatemént après, et M. Spiller en reçut une copie, ainsi que les autres personnes qui avaient été présentées, afin qu’elles l’approuvassent ou la corrigeassent. M. Spiller a fait à cet écrit l’honneur de lui donner le nom d’affidavit , tandis que ce n’était qu’une note tout à fait personnelle, qu’on n’a jamais eu l’intention de publier et qui n’a été rédigée que pour que chaque per> sonne pût posséder un compte rendu complètement fidèle de ce que l’on considérait alors comme une production de faits très remarquables.
J’ai devant moi l’exemplaire que M. Spiller renvoya corrigé au crayon, et chaque correction signée de ses initiales.
Il est évident qu’il approuve implicitement tout ce qu’il n’a pas corrigé. Ses objections sont
tout à fait insignifiantes, et en comparant ce qu’il accepte avec ce qu’il rejette, on verra qu’il s’efforce d’attraper des moustiques pendant qu’il avale des chameaux.
Il paraît donc que M. Spiller a complètement méconnu la convention consentie par tous ceux qui étaient présents, convention qui consistait à parler au moment même, afin d’inviter aux recherches les plus minutieuses et de les faciliter.
Il s’attribue la fonction de juge infaillible au lieu de celle d’honorable chercheur. Tout en proposant d’agir ouvertement et au grand jour, il poursuivait en réalité de furtives observations pour son propre compte. Il discrédite avec insouciance les autres témoins qui se trouvaient là, et il compte que le monde croira en sa propre et injustifiée assertion. Mises en lumière à l’époque, ses observations auraient pu être utiles; tandis qu’à cette date éloignée elles sont sans aucune valeur. M. Spiller semble s’imaginer que, tandis que tout dans la nature doit être contrôlé par des expériences sérieuses, ses propres conclusions précipitées doivent être accueillies sans réserves.
La première accusation que M. Spiller lance contre moi, c’est de supprimer la vérité. Il me fait dire que dans le Quarterly journal of science , j’ai rapporté certains phénomènes, et que j’en ai attribué la production à un genre de force jusqu’ici inconnue, bien que lui M. Spilter m’eût expliqué, il y avait six mois de cela, par quels trucs ces choses étaient reproduites (1).
;i) Écho, 6 novembre 1871,
Des différentes formes sous lesquelles cette accusation a été répétée, il ressort que M. Spiller essaye d’établir, ou qu’il était présent aux expériences d’essais sur lesquelles se basaient mes mémoires qui ont paru dans le Quarterly journal of science , ou bien que ces mémoires n’étaient que le récit de ce qui avait eu lieu en sa présence chez M. Serjeant Gox. Or, je n’ai publié aucune espèce de relation d’expériences auxquelles M. Spiller ait été présent, et dans aucun de mes mémoires je n’y ai fait allusion. Donc son assertion est fausse, de quelque côté qu’on l’envisage.
Dans Y Echo du 10 novembre, j’ai donné une analyse complète de ces diverses accusations, et en mettant en colonnes parallèles les extraits des lettres et des allégations de M. Spiller qui ont été imprimées, je lui ai pleinement prouvé que, dans chaque cas, il a fait un faux exposé des faits.
Pour montrer combien j’ignorais ses prétendues explications de quelques bagatelles qu’il pensait avoir découvertes chez M. Serjeant Gox, et pour prouver avec quel peu de succès je l’ai prié de m’instruire de ce qu’il prétend maintenant avoir été connu de moi, je n’ai besoin que de citer la lettre que je lui écrivais le 24 mai dernier. Elle est ainsi conçue :
Vous venez pour la troisième fois de me donner, avec beaucoup de mystère, l’avis que vous êtes en possession d’un fait qui est de nature à modifier complètement mon opinion au sujet de M. Home. Or, je'vous demande s’il ne serait pas beaucoup plus digne de notre amitié de me faire connaître franchement et loyalement
ce que vous savez plutôt que de me tenir en suspens de semaine eu semaine. Yous dites qu’il vous est impossible de Técrire. Voilà une parole que je ne comprends pas. Si vous voulez me donner une pleine connaissance de ce fait, et ne rien insinuer de malveillant contre ma famille ou contre moi-même, je vous promets que non seulement je vous en serai très reconnaissant, mais encore que je prêterai la plus sérieuse attention à ce que vous me direz. »
Monsieur Spiller n’est jamais venu, et mon appel pressant de me mettre en possession des faits cachés qu’il connaissait est v demeuré sans réponse. Et il a encore l’audace de dire que je connaissais parfaitement l’explication des phénomènes dont il a été témoin!
Mais on a dit plus loin que M. Spiller était mon aide pendant mes expériences d’essais, et qu’il découvrit chez moi comment le tour de l’accordéon s’exécutait (1). M. Spiller n’était pas mon aide, et il n’a été présent chez moi dans aucune circonstance où l’on ait fait usage de l’accordéon ou de tout autre appareil. Je renvoie à ce qu’il a dit à propos de la seule occasion qu’il a jamais eue de voir un accordéon dans la même chambre que M. Home. Je cite d’après une lettre qu’il m’écrivit le 3 mai (2) : « L’affaire de l’accordéon (chez M. Serjeant Cox) était tant soit peu curieuse, mais dans ce cas je n’é.tais pas sous la table au moment où la Dernière rose d'été fut jouée. » D’après l’expérience que j’ai de la méthode logique de M. Spiller, je ne suis pas surpris qu’il infère qu’être sous la table et
English Mechanic , 3 novembre ,1871.
Publiée par M. Spiller, dans Y Écho du 6 nov. 1871.
découvrir comment le tour s’exécute est exactement la même chose.
Réexposer le problème de l’accordéon prendrait trop de place, mais je renvoie ceux que cela intéresse à la description que j’en ai donnée dans le Quarterly journal of science de juillet dernier. Si M. Spiller a réellement découvert comment le tour s’exécute, pourquoi ne le publie-til pas? Car alors il aurait résolu un des problèmes les plus embarrassants qui se soient jamais présentés à lui, problème dont des têtes bien plus sages que la sienne n’ont pas encore trouvé la solution. Empêché par l’éditeur de Y Echo de faire plus longtemps usage des colonnes de ce journal, M. Spiller se réfugie dans celles d e YEnglish Méchante (1), et là il réitère les accusations dont je viens de montrer la fausseté au moyen de ses propres lettres. Il se plaint que les exposés inexacts et les faux rapports qu’il a faits aient attiré sur lui une critique sévère. Cela est vrai : mais cette critique n’est que la conséquence de ses attaques injustifiables. Je ne puis pas argumenter avec mon détracteur au sujet de la force psychique, ou à propos de l’explication des phénomènes mentionnés à mes séances d’essais, à cause de cette raison suffisante : qu’il n’a jamais assisté à aucune de ces expériences, et qu’il n’a eu aucune occasion de connaître ces phénomènes, excepté par les mémoires que j’ai publiés. Se posant en critique de mes investigations, il évite avec soin toute allusion à aucun de ces mémoires, et il chante victoire à propos d’une pauvre re-
(1) Englisch Mechanic , 1°* décembre 187< •
marque qu’il a faite sur la grosseur de ce qu’il appelle la breloque « monstre » suspendue à la chaîne de montre de M. Home. Quelqu’un d’étranger à la chose s’imaginerait qu’il doit résulter quelque chose de très important des dimensions exactes et du pouvoir réfléchissant de ce colifichet.
Mais quels sont les faits? Dans la lettre qu'il m’a adressée le 3 mai (1), parlant d’un accordéon qu’il a vu, chez M. Serjeant Cox, jouer entre les mains de M. Home, M. Spiller dit qu’il vit un éclat de lumière pendant qu’il était sous la table de la salle à manger, « lumière réfléchie par la surface brillante de cette breloque; » et le 31 octobre (2), son ami B. pour lequel il se porte garant, raconte d’une manière tout à fait différente l’histoire de cette lumière, qui, nous dit-on alors pour la première fois, « se jouait sur les doigts de M. Home au moment où ils étaient sur ses genoux, effet produit par la réflexion du « côté opposé et poli » de la breloque en question. » Pour ce qui me concerne, je n’ai rien vu de cette prétendue lumière; et M. Home non plus n’y a pas fait attention. Mon rôle, dans cette opération, était simple. En cette occasion M. Spiller était l’observateur critique qui se tenait sous la table, et tout ce que j’avais à faire était de mettre par écrit ce qu’il disait. Dans les notes que j’ai écrites au moment même, et que neuf témoins ont approuvées, je lis :
« M. Spiller a déclaré que l’accordéon, pendant qu’il jouait, semblait lumineux par lui-même.
(1) Écho du 6 novembre 1871.
(2) Écho du 31 octobre 1871.
Plus tard il a nié cela. Libre à lui d’agir ainsi, car la question de savoir s’il a vu de la lumière ne tire pas à conséquence; la vraie question est celle-ci : l’accordéon jouait-il, et comment était-il joué?
Si M. Spiller a réellement aperçu de la lumière, la source de cette lumière qu’il a dit avoir vue, ou la grosseur des breloques de M. Home, n’ont rien à démêler avec le sujet de mes investigations. Quand même cette breloque aurait été aussi grosse qu’une assiette, et aussi polie qu’un miroir; quand môme la lumière réfléchie aurait été aussi brillante que le soleil en plein midi, ce a ne ferait que démontrer l’incapacité de mon calomniateur, en tant qu’observateur, pour ne l’avoir pas découvert ; ou son peu d’exactitude comme témoin pour ne pas l’avoir signalé au moment même, lorsqu’il était possible par une vérification immédiate de le constater ou non.
Dans un endroit, M. Spiller parle de la « surface brillante » de cette breloque; ailleurs, de « son revers poli , » et en une troisième occasion, il attire l’attention sur le fait que le platine « est un métal blanc employé quelquefois pour les réflexions. » Or, à ces assertions inconséquentes j’oppose des faits.
La breloque en question est actuellement sous mes yeux. La face et son revers sont tout à fait semblables, et tout est tellement couvert d’ornements gravés qu’il n’y existe pas une seule particule de platine poli. Bien plus, sur chaque côté, il y a quinze ornements en métal de formes différentes et en relief, qui diminuent encore la quantité de lumière réfléchie
par la surface. En outre, j’ai examiné avec beaucoup de soin les propriétés optiques de cette breloque. Mesuré par un photomètre exact, le pouvoir réflecteur de chaque face se trouve être égal à celui d’un miroir de verre argenté de 1.8 millimètres carrés (moins de ïô pouce). J engage M. Spiller à garder à l'avenir le silence au sujet de cette breloque « monstre » ou, comme un second Frankenstein, il verra qu’il a évoqué du fond de sa conscience intime un monstre qui dévorera sa réputation. r
Mais de toutes les allégations sans fondement que mon maladroit adversaire a mises en circulation, la plus outrageante est qu’on l’a menacé de poursuites judiciaires (1), pour avoir refusé de signer le compte rendu que je lui avais envoyé de la séance à laquelle il avait assisté chez M. Serjeant Gox. Or, quoique l’absurdité d une pareille menace, faite en présence meme d un savant docteur en droit, soit évidente pour tout le monde, je dois affirmer et je le fais de la manière la plus formelle, que cette accusation est complètement fausse. Je n’ai jamais menacé M. Spiller de poursuites judiciaires; je ne lui ai jamais insinué pareille chose, si peu que ce fût; jamais une telle pensée n est entrée dans mon esprit, et rien de ce qu il a dit ou écrit à propos de cette controverse na pu un seul moment m’amener à nourrir 1 idée de pareilles poursuites (2).
(0 Englisch Méchante, décembre 1871
. W c® 1 ?, 1 ! 18 que ces ''S 008 ont été écrites, on a fait retirer
cembre P 1870 S °l\ {En Æ h Phanie, 22 décem-
cemnre 18711. La façon désagréable avec laquelle il ré-
J’espère que j’en ai fini maintenant avec la tâche, répugnante pour moi, de relever les fausses et méchantes allégations, de réfuter les exposés inexacts me concernant, et qu’il me sera permis de me consacrer de nouveau à mes paisibles recherches.
racte ses paroles agressives « J'ai été menacé de poursuites judiciaires , » montre que son violent désir de dire quelque chose de méchant l’a conduit à dire une chose qui n’existait pa3.