‹ Nouvelles expériences sur la génération spontanée et la résistance vitaleChapitre 14 sur 39 · EXPÉRIENCES DE M. PASTEL R · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES DE M. PASTEL R

Nous avons répété au Muséum d'histoire naturelle de Rouen toutes les expériences de Schultze et de Schwann, et avec une sévérité tout à fait inusitée jusqu'à ce jour. Cela nous était impérieusement imposé pour arriver à démontrer qu'elles étaient absolument erronées, et que, dans leur chute, elles devaient nécessairement entraîner toutes les hypothèses futiles auxquelles elles ont donné lieu, ou toutes les expériences qui n'en sont que la reproduction plus ou moins variée. Mais ceci une fois démontré, habitué au laboratoire de Rouen à ne nous consacrer qu'à de sérieuses recherches, nous avons dû constamment nous refusera répéter les expériences de M. Pasteur, par la même raison que nous nous étions, jusqu'à ce jour, refusé à soumettre les animalcules pseudo-ressuscitants au vide sec de la machine pneumatique, pour les sauvegarder d'une mort que celui-ci, selon nous, ne pouvait qu'activer, comme nous verrons plus loin que cela a lieu.

Nous avons refusé de répéter les expériences de M. Pasteur, parce que, logiquement, rationnellement, pour des physiologistes, du moment où il est reconnu que celles de Schwann sont absolument erronées, et je pense que pas un seul de ceux-ci ne voudrait aujourd'hui le contester, les expériences du chimiste de Paris sont conséquemment frappées de la même nullité.

leurs appareils, des pressions extrêmes; d'autres fois, c'est l'eau condensée qui retombe à la surface du liquide et empêche les organismes de s'y développer. Mais le plus souvent c'est l'inhabileté de l'observateur qui méconnaît ceux-ci et laisse passer inaperçu le moment où ils ont envahi ses appareils. Quand un expérimentateur me présente un ballon resté six mois dans une étuve, et m'en montre le liquide limpide, pour me persuader qu'il est vierge de productions organisées, cela indique simplement que l'observateur inattentif n'a pas vu passer les légions de microloaires dont les cadavres forment ce qu'il appelle un dépôt muqueux.

Et, d'un autre côté, après avoir émis sa singulière hypothèse de la panspermie limitée , ce savant n'aurait même jamais dû, s'il opérait avec cette sagesse qui préside à toutes les déductions scientifiques stables, oser le moins du monde entreprendre la plupart des expériences qu'il présente comme devant convaincre tout le monde, c'est son expression.

Comme à notre habitude, joignons les faits aux préceptes. M. Pasteur prétend qu'il frappe de stérilité ses ballons quand l'air les remplit en traversant une route accidentée qui arrête les œufs et les spores atmosphériques. Jamais une expérience semblable n'aurait dû être présentée, ni faite, par un savant qui suppose qu'il existe des veines stériles dans l'air. Car, en admettant que cette expérience fût exacte, ce qui n'est pas, comme l'ont démontré MM. Joly et Musset, tout le monde peut dire à l'expérimentateur que ses routes tortueuses n'ont rien arrêté, car il a pu opérer dans Tune de ses veines stériles de l'atmosphère.

L'existence de ces veines paradoxales aurait même dû, à tout jamais, empêcher ce savant d'oser produire ses ensemencements ; car il s'exposait à ne pas souvent réussir, en opérant dans des zones atmosphériques dépossédées de ces spores et de ces œufs qu'il assure cependant y recueillir.

Mais il est même inutile de nous appesantir sur ces objections, puisque les expériences de M. Pasteur se trouvent absolument renversées par celles qui ont été exécutées, soit depuis un certain nombre d'années, soit tout récemment, dans les laboratoires de Londres, de Pavie, de Toulouse, de Cambridge et de Rouen. Six expérimentateurs, séparés par tant de distance, sont unanimes sur ce point, et un seul ne peut avoir raison contre six.

En effet, qui ne sait qu'Ingenhousz voyait des protoorganismes apparaître dans des appareils qui étaient remplis d'air deux fois calciné. Aujourd'hui, sur les lieux mêmes où

Spallanzani opérait il y a cent ans, Mantegazza, dans cette Université de Pavie, qu'il contribue tant à illustrer, arrive à des résultats analogues. De leur côté, MM. Joly et Musset, de Toulouse, ont aussi démontré péremptoirement l'inanité des expériences à l'air calciné et des ensemencements. Et, pendant qu'en France ces derniers produisaient leurs belles recherches, le professeur Wyman, ainsi que nous l'avons dit, portait le dernier coup à la panspermie, en annonçant qu'avec des appareils d'une admirable simplicité, il obtenait des proto-organismes dans l'air brûlé , avec des liquides qui avaient subi une ébullition de deux heures.

Dans toutes ses expériences, M. Pasteur en est constamment resté aux errements du siècle dernier , aux méthodes perturbatrices; seulement, il eut l'idée d'ensemencer ses ballons avec des bourres de coton et d'amiante saupoudrées de corpuscules atmosphériques.

Mais jamais, depuis Spallanzani, on n'a fait d'expériences plus défectueuses que ces prétendus ensemencements, et nous allons le prouver.

D'abord, ces expériences sont exécutées dans le vide toujours incomplet de la machine pneumatique ! Si les hétérogénistes en faisaient de semblables, on les accablerait de critiques.

Pour de telles expériences, l'appareil est d'autant plus irréprochable qu'il est plus simple, et celui de M. Pasteur est le plus compliqué qu'on ait jamais employé. Il s'y trouve plusieurs robinets et des tubes en caoutchouc. Si nous avions employé de tels appareils, on eût prétendu que leurs multiples anfractuosités recelaient des myriades d'organismes !

Enfin , lorsque dans cet appareil , M. Pasteur introduit des bourres de coton saupoudrées de corpuscules atmosphériques, il voit s'y développer des proto-organismes, et il prétend ainsi les y avoir ensemencés.

Au congrès scientifique de Paris, un de nos savants chimistes, M. Baudrimont, a parfaitement répondu à M. Pasteur en lui disant : « Vous obtenez des proto-organismes dans « vos ballons, parce que vous y introduisez, non des œufs « et des spores, mais simplement des débris organiques dé- « composables. » Tout est là.

S'il y avait réellement des œufs et des spores sur ses bourres de coton, M. Pasteur pourrait les montrer, on les connaît. Mais le savant chimiste persiste constamment à n'ensemencer que l'invisible, et il ne récolte constamment aussi que le produit du hasard!

J'ai plusieurs fois objecté aux panspermistes que si réellement c'était l'air qui introduisait des œufs dans leurs appareils, on y trouverait des animalcules de tous les ordres, comme on en voit apparaître dans les mêmes macérations exposées sous des cloches avec un volume d'air égal à celui des ballons.

Cette objection était fondamentale, et M. Pasteur dit « qu'elle mériterait un examen sérieux s'il était prouvé « qu'une même liqueur donne au contact de l'air ordinaire « de gros infusoires, tandis qu'elle en fournit seulement de « très-petits dans un ballon en présence de l'air chauffé. « Mais cela n'est pas (1). »

J'admire toujours la merveilleuse facilité avec laquelle l'habile chimiste se tire du plus mauvais pas. Ce qu'il nie si magistralement est un fait que nous reproduisons à chaque instant au laboratoire du Muséum de Rouen. Quand donc serai-je assez heureux pour n'être pas obligé de relever de telles assertions ?

Depuis cent ans on crie à M. Pasteur et à ses devanciers, que toutes leurs expériences à vaisseaux hermétiquement fermés à la lampe ne signifient absolument rien; et quelles

0) Pasteur, Sur la doctrine des générations spontanées. Paris, 1861, Ann. icient. nat. } t. XVI, p. 52.

s'opposent tout justement à ce qu'on leur demande. Je vais le prouver pour la centième fois.

L'expérience qui suit, que j'ai tant de fois répétée, le démontre jusqu'à la dernière évidence. Si vous partagez en deux portions une macération propre à donner des infusoires ciliés; si l'une est introduite dans un ballon, même avec de l'air ordinaire, et que Ton scelle celui-ci, jamais il n'y apparaît d'infusoires ciliés. Si vous placez, au contraire, l'autre portion sous une petite cloche dans le même volume d'air isolé, vous y trouverez des infusoires ciliés au bout de quatre à cinq jours. (Expérience n° 40.)

J'espère qu'il est impossible de répondre plus carrément à une objection sans fondement (1).

Il y a trois ans , dans Tune de ses communications , M. Pasteur annonçait à l'Académie des sciences qu'il allait abattre toutes les têtes de l'hydre de l'hétérogénie (2).

Cependant, comme ce savant est déjà revenu à diverses reprises sur l'annonce de ce triomphe final, cela prouve que ses promesses sont peut-être encore loin de pouvoir être prises au sérieux. Moi, je crois, au contraire, que c'est le monstre qui chaque jour dévore quelques-unes de ses hypothèses : ses têtes repoussent.

Encore dernièrement, en présentant à l'Institut plusieurs de ses expériences, M. Pasteur disait que celles-ci portaient le dernier coup à la doctrine des générations spontanées (3).

(1) Je dois dire que pour toujours réussir dans cette expérience, comme dans toutes les autres expériences d'hétérogénie, il faut avoir une grande habitude pour doser les substances. On le conçoit, puisque avec la môme macération, à volonté, on a ou Ton n'a pas d'animalcules ciliés.

(2) M. Pasteur s'exprimait ainsi, en parlant de la genèse spontanée :

« C'est une de ces questions que l'on peut comparer au monstre de « la fable à plusieurs têtes sans cesse renaissantes. Il faut les détruire « toutes. » (Acad. des sciences, séance du 3 sept. 1860.)

(3) Pasteur, Examen du rôle attribué au gaz oxygène atmosphérique dam la destruction des matières animales et végétales après la mort. (Comptes rendus, 1863, t. LVI, p. 740.)

Tant que ce chimiste n'attaquera cette doctrine que de la manière dont il le fait, il pourra multiplier indéfiniment ce dernier coup qu'il lui porte chaque année. Que signifie, en effet, contre l'hétérogénie tous ses ballons à col étiré et hermétiquement scellés par un trait de flamme? mais absolument rien, et il pourrait les répéter pendant des siècles que la question n'avancerait pas d'un millimètre; quand bien même toutes ses expériences ne se culbuteraient pas réciproquement ou ne seraient pas anéanties par celles de quelques savants considérables (1).

Mais même, si au lieu de ces contradictions sans nombre qui régnent dans les travaux de M. Pasteur et des panspermistes, on y rencontrait une harmonie parfaite, est-ce que cela signifierait la moindre chose contre l'hétérogénie (2)? Pour de sévères investigateurs, pour de graves physiologistes qui ne se laissent éblouir ni par l'assurance des uns, ni par l'acclamation des autres, que signifient tous ces ballons, y en eût-il un mille, contre des phénomènes d'embryogénie que l'on suit phase ^ar phase? Pour en démontrer la fausseté, ils n'ont pas plus d'autorité que si, en les invoquant, on préteudait nier que le poulet se forme dans son œuf.

Cette question d'embryogénie ne regarde nullement la

(i) N'avançons pas un seul fait sans en donner la preuve. Je pourrais citer vingt exemples de ce que je dis ici ; bornons-nous à un seul :

M. Pasteur assure que l'air des ballons où il ne se développe pas d'organismes reste presque intact. Après huit mois, l'un d'eux contient encore iS centièmes d'oxygène et i centième d'acide carbonique.

M. Cl. Bernard, dans un ballon également stérile, au contraire, après fur mois, trouva tout l'oxygène absorbé, et il y rencontra 12 centièmes d'acide carbonique !

Que ces savants commencent par se mettre d'accord à ce sujet, et après,.. nous leur dirons encore que cela ne signifie rien pour la question d'embryogénie qui nous occupe.

(2) Rien des gens l'ont déjà redit comme moi, en France comme à l'étranger : Le experienze di Schwann, Schultze, Milne-Edwards e Pasteur non provano niente contro alla generazione spontanea degli infusorii, dit, avec raison, Ezio Castoldi à la page 68 de sa brochure.

chimie , et son rôle , absolument accessoire , se borne à constater que l'absence d'oxygène paralyse le développement organique. Qui ne sait cela élémentairement?

Est-ce que ses ballons empêchent d'apercevoir les œufs se former par myriades dans leur membrane proligère, là où il n'existait précédemment aucune mère?

Est-ce qu'ils empêchent d'apercevoir le cœur du petit battre sous les enveloppes de ces mêmes œufs?

Est-ce qu'ils empêchent que la genèse spontanée cesse de se produire quand on enlève la membrane proligère ?

Est-ce que ses ballons empêchent aussi chaque fermentation de nous offrir une levure spéciale, dont l'air ne contient pas la semence ?

Enfin, est-ce qu'ils nous empêchent de montrer à tout le monde cette levure germant et produisant des végétaux souvent inconnus aux botanistes ?

Il y a un siècle, l'école iatro-chimique se croyait sans conteste en possession du secret de tous les phénomènes de la vie et pensait avoir fondé un monument indestructible. On sourit aujourd'hui des théories et des pauvretés de cette école. Nos chimistes contemporains ont la même prétention. Ils produisent, il est vrai, des expériences d'une bien autre précision ; mais cela n'empêchera pas que, dans un siècle, leurs travaux sur la génération spontanée n'excitent le même sourire.

Déjà même la fatale prédiction suit son cours à l'étranger; là les doctrines de M. Pasteur sont attaquées avec autant de savoir que de vigueur; c'est ce qu'on peut voir principalement dans le remarquable mémoire critique d'Ezio Castoldi(l).

(1) Ezio Castoldi, / fmomeni délia generazione spontanea. Milano, 1802.

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