U NOUVELLES EXPÉRIENCES
rature de 100°, ou à très-peu de chose près, alors je le faisais boucher et conservais encore le liquide en ébullition pendant cinq à vingt- cinq minutes. J'ai même expérimenté
Fig. 2. — Appareils de M. Pouchet pour la contre-expérience de Schultze.
diverses fois avec des décoctions qui avaient préalablement bouilli plus de cinq heures (1).
Ensuite, on laissait l'appareil se refroidir lentement, pour
(1) Lorsque après cinq heures d'ébullition on voit des organismes apparaître dans les décoctions, ainsi qu'à diverses reprises j'ai pu l'observer, j'espère que personne ne pourra supposer que les œufs ou les spores résistent à une telle épreuve. Us ne résistent pas plus à la simple ébullition de quelques minutes.
éviter une trop brusque rentrée de l'air, et être certain que celui-ci se lavait bien exactement en clapotant dans les boules.
L'appareil une fois refroidi, on ne s'en occupait plus. Et, en le plaçant à l'ombre, dans un lieu où la température ne subissait pas trop d'oscillations, aucune nouvelle portion d'air n'y rentrait (i).
En employant, dans cet appareil, de la colle de farine extrêmement légère, de l'albumine, de l'urine, de la bière, du foin, ou de la noix de galle, constamment on voit apparaître des microphytes ou des microzoaires après un temps fort court.
J'ai varié encore l'expérience de Schultze de la manière suivante; et je l'ai rendue beaucoup plus sévère en me servant de l'appareil figuré ci-dessous.
Dans un ballon dont le col placé horizontalement supporte un robinet, je mets une certaine quantité d'eau ordinaire. Un corps fermentescible* renfermé dans un gros tube de verre, et qui a été préalablement chauffé à 150° pendant cinq heures, est placé à l'intérieur du col de ce ballon ; ce tube est fermé par un opercule rodé à l'émeri et scellé hermétiquement avec lui par une substance facilement soluble dans l'eau. Le ballon communique avec trois tubes en U et des boules de Liebig. L'un de ces tubes contient de la ponce sulfurique, un autre de la potasse caustique, elle troisième du coton cardé.
Les boules de Liebig sont remplies d'acide sulfurique concentré.
A l'aide d'une lampe, on met l'eau du ballon en ébullition pendant dix minutes, et ce n'est qu'ensuite qu'on
(1) Quand on le veut, cependant, mon appareil respire de lui-même; pour cela on n'a qu'à l'exposer au soleil. La température élevée du jour dilate l'air et en chasse une portion; la nuit il se produit un effet contraire, l'air rentre.
articule les tubes en U avec l'appareil ; alors on chauffe encore, et la vapeur sort par l'extrémité du tube de Liebig. Enfin, on éteint la lampe, et, tandis que l'appareil se refroidit, l'air extérieur y rentre en traversant l'acide sulfurique, le coton, la ponce sulfurique et la potasse. Quand l'appareil est parvenu à la température ambiante, on fait tomber le tube dans le liquide, et lorsque celui-ci a dissous la subs-
Fig. 3. — Autre appareil de M. Pouchet pour V expérience de SckulUe.
tance soluble qui lute l'opercule, ce dernier souvre, et l'eau envahit l'intérieur de ce tube.
Peu de temps après, constamment, on voit la liqueur du ballon se peupler de végétaux et d'animaux microscopiques selon les substances que l'on a confinées dans le tube. Jamais, en suivant ce procédé, l'expérience ne manque (expériences 1 à 7).
Contre-expérlence de Sehwann, par M. Pouchet.
Le mode d'expérimentation de Schwann n'était guère plus rigoureux au fond que celui de son compatriote, cependant il semblait d'abord offrir plus de garanties : ce savant opérait dans l'air calciné. Mais ses expériences, qui furent acclamées en France avec tant de faveur, n'eurent
pas le même succès en Allemagne. Otton, Renner, Sachs et Huschke, éomme on peut le voir dans Ylsis, les regardèrent, avec raison, comme étant absolument insignifiantes contre la doctrine de la génération équivoque (1).
Depuis plusieurs années, je n'ai pas cessé de perfectionner l'expérience de Schwann ; et je puis assurer aujourd'hui que, contrairement à ce qu'a avancé ce savant, Ton obtient constamment des organismes, lorsqu'on la dirige avec tout le soin qu'elle exige; et qu'elle démontre manifestement que ces mêmes organismes n'ont évidemment pu être apportés du dehors. Le procédé était aussi simple que facile à trouver ; il consiste uniquement à ne plonger le corps putrescible dans l'eau qui subit l'ébullition, qu'après que celle-ci est totalement refroidie, et que l'air calciné est rentré dans le ballon. En procédant ainsi, on peut chauffer ce corps jusqu'à 200 degrés et plus, sans compromettre le succès de l'opération.
Mon appareil est infiniment plus simple que ceux dont on a parlé dans ces derniers temps, et par conséquent moins susceptible d'introduire de perturbation dans le mode d'expérimentation. Il consiste en un ballon d'environ un litre de capacité, renfermant 150 centimètres cubes d'eau, et dont le col allongé, placé horizontalement , supporte un robinet (2).
. Celui-ci communique avec un tube de porcelaine, bourré de fragments de la même substance, et qui traverse un brasier ardent ; il est muni à sa terminaison de boules de Liebig remplies d'acide sulfurique.
Le corps putrescible, renfermé dans un tube de verre à opercule, après avoir été chauffé pendant deux heures à
(I) Comp. lits, 1837, p. 523.
(S) Un savant physiologiste m'a reproché d'employer un robinet dans cet appareil. Cela ne signifie rien, puisque son canal monteà la température humide de 100*, et qu'ensuite on plonge ce robinet dans l'huile chauffée.
150 degrés, est placé dans le col horizontal du ballon (1) ; on met, à l'aide dune lampe, l'eau de celui-ci en ébullition pendant un quart d'heure, afin de s'assurer que toute sa paroi a bien été portée à sa température. Alors, la vapeur traverse le tube rougi à blanc et sort un moment par les boules de Liebig qu'on y adapte. Quand elle a été abondamment expulsée, on éloigne seulement un peu la lampe du
ballon, pour que l'air ne soit aspiré qu'avec lenteur. Celuici rentre alors dans l'appareil en traversant d'abord l'acide sulfurique des boules de Liebig, puis le labyrinthe de fragments de porcelaine et de filaments d'amiante contenus dans le tube et portés au rouge le plus ardent. Enfin, quand le ballon se retrouve à la température ambiante, en en inclinant le col, on plonge dans l'eau refroidie le tube con-
(1) J'ai fait cette expérience avec de la gélatine et du sucre, de l'urine, des filaments de lin ; avec des tiges deLolium perenne, de Solarium dulcamara, d'Aster chinensis, et des racines de Glycyrrhiza glabra, etc. Ces substances préalablement desséchées aussi complètement que le permettent nos moyens physico-chimiques, étaient ensuite renfermées dans les tubes de verre munis d'opercules qui ne s'ouvrent que lorsqu'ils sont plongés dans l'eau du ballon. On peut, si on le veut, élever la température de ces tubes à 200°. Quelquefois, avant de les introduire dans l'appareil, îh avaient été deux jours dans des étuves chauffées de 98 à 100°.
SUR LA GÉNÉRATION SPONTANÉE. t9
tenant la substance putrescible. Le ballon est ensuite renversé, et, pour plus de sûreté, après avoir fermé le robinet, on enfonce celui-ci dans un bain d'huile préalablement chauffé à 150° (1).
Après un temps très-variable, et dont la durée est en rapport avec la température, la proportion et la nature du corps employé, le liquide se trouble, et bientôt après il y apparaît des Microzoaires ou des Mucédinées (2). Et ce qui est essentiellement à remarquer, et ce que cependant les physiologistes ont passé inattentivement , c'est que jamais ces Microzoaires ne sont identiques avec ceux qui apparaissent dans les mêmes décoctions placées au contact de l'air. Tous appartiennent à des degrés inférieurs de l'échelle zoologique. Il en est presque toujours de même pour les cryptogames.
Ainsi, dans les appareils hermétiquement clos, tous les Microzoaires que Ton rencontre appartiennent au genre Amiba, Monas, Trachelius, Bacterium, Vibrio, Spirillum, et jamais vous n'y découvrez ni Vorticelles, ni Kolpodes, ni Paramécies, ni Glaucomes, ni Kérones, etc. Cependant, si les œufs des animalcules provenaient du dehors, il deviendrait absolument impossible d'expliquer rationnellement cette délimitation. Et, en effet, si près de votre ballon scellé hermétiquement vous mettez une décoction pareille à celle qu'il contient; dans le premier, vous ne trouverez que des animalcules de l'ordre le plus infime, des monades et des vibrions ; et dans la seconde, vous voyez apparaître des Microzoaires d'une organisation élevée, des Infusoires ciliés.
L'expérience se charge donc seule de renverser tour à tour
(1) Il est facile de s'assurer que l'appareil a été hermétiquement isolé de l'extérieur, car pas une goutte d'huile n'y a pénétré ; et, d'ailleurs, si elle y pénétrait, on ne rencontrerait aucun animalcule.
(2) Ce temps est souvent compris entre quatre et quinze jours, mais je l'ai vu être de plus de trois mois.
toute cette subtilité d'argumentation que l'on dépense en vain pour obscurcir des phénomènes palpables, en leur substituant des arguments sans preuves. Si au lieu de s'obstiner à ne considérer les corps reproducteurs que comme des espèces d'entités métaphysiques ; si au lieu de n'opérer que sur des Infusoires dont la ténuité échappe presque à l'œil, on voulait transporter l'expérimentation dans une sphère plus élevée et plus philosophique, tout se dévoilerait ostensiblement.
Tous les physiologistes sont unanimement d'accord sur ce point, c'est qu'aucun œuf, aucun animal, aucune plante ne résiste à la température humide de 100° (1). Nous avons fait beaucoup d'expériences sur ce sujet, et dans celles-ci, nous avons toujours reconnu que cette température anéantissait absolument la vie dans tous les êtres organisés, et souvent même suffisait pour en altérer profondément la structure (2). Ainsi donc, lorsque, dans nos expériences avec l'air calciné, nous voyons apparaître des Microzoaires, ces animaux n'ayant pu résister à la température des appareils, ni provenir du dehors, l'hétérogénie seule peut en expliquer la production.
Si avec de l'air calciué j'obtiens toujours des organismes, même avec des corps chauffés à 200° et plus, c'est que je prends la précaution d'éviter les modifications chimiques que
(1) Telle est l'opinion de M. Claude Bernard. (Leçons sur les propriété* physiologiques de V organisme t U I f p. 488.) M. Milne-Edwards professe aussi que tout élre organisé qui renferme de l'eau s'altère et succombe audessous de la température suffisante pour la coagulation de l'albumine hydratée. (Comptes rendus, 1859, n° 1, p. 27.) — Telle est aussi, je pense, l'opinion de MM. Chevreul, Robin, etc.
(2) Nous avons vu que les spores des Mucédinées qui pullulent dans nos expériences se désorganisent elles-mêmes en quelques minutes, au-dessous delà température de l'eau bouillante, à 98°. (Hétérogénie, p. 282.) Bulliard, avant nous, avait fait des observations analogues. (Histoire des champignons, t. I, p. H 5.) — Récemment H. Hoffmann a vu la môme chose.
Bull, de la soc. botan. de France, t. VII, p. 80.)
l'ébullition fait constamment subira ceux-ci, et qui, comme on le sait vulgairement, ont pour premier effet d'entraver le mouvement fermentescible ; mouvement qui précède ou accompagne chaque manifestation génésique, et dont dépend par conséquent tout le succès de l'expérience.
Cette expérience, ainsi que celles que j'ai exposées dans mon Hétérogénie, renverse donc et sans retour, la trop fameuse expérience de Schwann et celles exécutées depuis par M. Pasteur, pour lui venir en aide (1).
Mais si j'ai été le premier en France à démontrer la fausse voie dans laquelle plusieurs de nos physiologistes s'étaient égarés en acceptant les travaux du docteur Schwann, d'autres savants de notre pays ou de l'étranger, par des expériences fort remarquables, sont arrivés au même but. MM. Joly et Musset, de Toulouse, qui ont aussi répété les expériences du célèbre Allemand, en leur donnant plus de précision, ont, comme nous, obtenu des organismes dans l'air calciné. Et, avant tous, le professeur Mantegazza a même vu des animalcules apparaître dans de l'oxygène élevé à la température rouge (2).
Enfin, tout récemment, le professeur J. Wyman, de Cambridge, a également vu des animalcules se produire dans des liquides qui avaient subi une à deux heures d'ébullition, à une pression de deux atmosphères, et qui ne se trouvaient en contact qu'avec de l'air calciné (3).
Ainsi se trouvent en même temps renversées, et sans retour, les expériences de Schwann et même celles de M. Pas- Ci) Pasteur, Mémoire sur les corpuscules organisés qui existent dans l'atmosphère. Annales des sciences naturelles, 4864, p. 5.
(2) Ch. Musset, Nouvelles Recherclus expérimentales sur r hétérogénie ou génération spontanée. Toulouse, 1862, p. 22. — Mantegazza, Recherches sur la génération des infusoires. Institut Lombard.
(3) Je (Tries Wyman, Experiments on the Formation of Infùsoria in Boiled Solutions of Organic Mat ter t enclosed in Hermetically Seated Vessels, and Supplied with Pure Air. Cambridge, 1862.
teùr, dans lesquelles, chose inouïe en physiologie, celui-ci, en s'eflbrçant de sauvegarder les premières, avait prétendu que les infusoires ou leurs œufs pouvaient conserver leur vitalité dans l'eau bouillante (1).
Il est aussi fort essentiel de remarquer que, dans ses appareils, le docteur Wyman ne s'est nullement servi de mercure; métal auquel, comme on le sait, M. Pasteur avait attribué la fécondité des expériences que ses adversaires lui opposent en masse.
Ainsi donc, il n'est plus possible de contester que dans de l'air calciné et avec des substances ayant bouilli dans les appareils pendant deux heures, et même pendant plus de cinq heures, comme nous l'avons vu précédemment, on obtient toujours des organismes.
Ce fait, démontré récemment par tant d'expérimentateurs, convaincra tous les esprits sérieux de l'inanité des hypothèses de Spallanzani , de Bonnet et de leurs continuateurs. La panspermie n'existe pas plus que l'emboîtement des germes. Ceux qui font tant d'efforts pour sauver de l'oubli ces idées surannées n'offrent, dans leurs expériences et dans leurs théories, qu'une suite de contradictions. Nous l'avons ostensiblement démontré (2).
(i) Pasteur, Annales des sciences naturelles, Zoologie, 1861, 4 e partie, p. 54, 55, s'exprime ainsi : « Le lait soumis à l'ébullition à 100° et aban- « donné au contact de l'air chauffé se remplit après quelques jours de
« petits infusoires C'est que les germes des infusoires, dont nous
o venons de parler, peuvent résister à la température humide de 100°. » Spallanzani allait encore plus loin. Après avoir exposé des spores de Mucédinées à l'action d'un brasier ardent. « J'ai trouvé, dit-il, que cette cha- « leur n'ôte pas à ces grains la faculté de se reproduire. » C'est cette physiologie du dix huitième siècle que l'habile chimiste continue. Chaque fois qu'il voit des organismes se reproduire, il en conclut, comme le savant Italien, que les œufs et les spores n'ont pas été détruits 1 On voit qu'avec un système pareil on peut tout soutenir, tout oser.
(2) Les expérimentateurs qui obtiennent des résultats négatifs les doivent à des recherches mal faites. Là, par une chaleur élevée, ils modifient trop profondément les corps employés ; ailleurs, il se produit, dans