‹ Nouvelles experiénces sur les animalcules spermatiques, et sur quelques unes des causes de la stérilité chez la femmeChapitre 2 sur 6 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

De l’action exercée par quelques fluides de l’économie sur les animalcules spermatiques.

Les auteurs qui se sont le plus occupés de l’étude des animalcules spermatiques, ne les ont point observés sous le point de vue que je vais considérer ici ; du moins on ne trouve rien dans Lewenhoeck, dans Spallanzani, dans de Gleichen sur la manière dont ces animalcules se comportent dans les différens fluides de l’économie, ni sur l’action que ces humeurs exercent sur eux; je ne sache pas non plus que des observateurs modernes aient traité cette matière. M. Pellier a étudié l’action de quelques liquides sur les zoospermes, mais sous [un rapport particulier; il a montré que ces animalcules ne commencent à s’agiter que lorsqu’une substance étrangère vient s’ajouter à la substance propre dans laquelle ils sont primitivement plongés, comme si leurs mouvemens n’avaient pour but que de mettre leurs corps en contact avec les particules nutritives, et qu’ils n’eussent aucun effort à faire à cet égard lorsqu’une matière essentiellement propre à leur existence les environne de toute part. Quant à MM. Prévost et Dumas, ces expériences n’entraient pas dans l’objet de leur beau Mémoire sur la génération. Je n’ai pas mis moi-même les zoo-

spermes en contact avec tous les liquides animaux, mais je vais rapporter les expériences que j’ai faites sur les principaux d’entre eux.

Je dois prévenir de suite que ce que j’ai observé dans l’action des divers liquides sur les zoospermes, est surtout relatif à la vie et à la mort de ces animalcules, c’est-à-dire que je me suis particulièrement attaché à connaître les fluides de l’économie qui sont propres à entretenir plus ou moins long-temps la vie des animalcules spermatiques humains , les fluides, en un mot, qui ne les tuent pas, et ceux au contraire qui sont impropres à l’existence de ces petits êtres, et qui les tuent promptement lorsqu’on les met en contact avec eux.

Action du sang sur les zoospermes.

Le sang n’exerce aucune action délétère sur les zoospermes , c t ces animalcules vivent au contraire très-bien et très-long-temps dans ce fluide ; leurs mouvemens ne sont nullement ralentis , et beaucoup d’entre eux sont encore vivans une heure, deux heures, trois heures meme après avoir été plongés dans le sang; tous ne sont pas encore morts au bout de quatre heures *. Le sang

1 II est bon de noter que j’ai fait mes expériences dans le courant du mois de septembre, à une époque où la température était encore douce.

humain n’est pas le seul qui entretienne aussi bien la vie des zoospermes; celui des animaux à sang froid ne leur est meme pas plus contraire: ainsi des animalcules spermatiques mis dans du sang de grenouille y vivent tout aussi long-temps que dans le sang de l’homme; ils y nagent avec rapidité, écartant et repoussant sans la moindre peine des globules dix fois plus gros qu’eux et qui ne paraissent pas faire le plus petit obstacle à leurs mouvemens; cette expérience offre un spectacle assez curieux à observer.

Lorsque leurs mouvemens se ralentissent, que la vie commence à les abandonner, et qu’enfin ils meurent, leur corps ne prend aucune forme particulière, et chaque animalcule reste dans la position où il se trouvait quand il a cessé de pouvoir s’agiter : ainsi on les aperçoit tout simplement couchés sur la lame de verre, tantôt la queue directement allongée, tantôt fléchie à droite ou à gauche et formant un demi-cercle; en un mot, la disposition de leurs corps n’offre rien de particulier à noter. Nous verrons tout à l’heure qu’il n’en est pas de même pour un autre liquide dont l’effet est assez singulier.

Action du lait.

C’est particulièrement le lait de femme dont

j’ai étudié l’action sur les zoospermes : ce liquide se comporte à leur égard absolument comme le sang , et au bout de quatre à cinq heures j’ai retrouvé encore plusieurs animalcules pleins de vivacité; je n’en dirai donc pas davantage sur cette substance.

Action de la salive.

L’action delà salive est assez singulière : d’abord les animalcules spermatiques vivent très-peu dans ce liquide; il les tue rapidement, mais avec cette circonstance que leur corps se contourne toujours sur lui-même , de manière à ce que la queue forme une espèce de nœud ou d’œillet. La salive de l’homme et celle de la femme ont agi de la même manière , et j’ai eu soin de la prendre chez des individus sains, ne présentant aucune altération de ce fluide : il était donc légèrement alcalin et ramenait au bleu le papier rouge de tournesol.

Action de l’urine.

Les animalcules spermatiques mis dans l’urine meurent instantanément, et leur corps reste toujours allongé en ligne droite, de manière que la queue ne forme aucun angle avec la tête, du moins quand l’urine est claire et que les animalcules sont librement suspendus dans ce liquide.

Je reviendrai sur la présence des zoospermes dans l’urine, à propos des pertes séminales; pour le moment, il suffit de rappeler que l’urine est acide; voici deux liquides , l’un alcalin, la salive, l’autre acide, l’urine, dans lesquels les animalcules ne peuvent pas vivre; généralement pourtant ils vivent mieux dans un liquide légèrement alcalin que dans les acides meme trèsfaibles : le sang et le lait sont, comme on sait, deux fluides alcalins.

Action de la matière purulente.

Les espèces de pus dont j’ai observé l’action sur les animalcules spermatiques provenaient du vagin, soit dans le cas de chancres, soit dans le cas de blennorrhagie vaginale ; ces petits êtres n’ont paru nullement affectés par le contact de ces matières; ils ont continué à se mouvoir comme d’habitude, et ils ne m’ont point paru vivre moins long-temps dans cette substance que dans la liqueur séminale elle-même; la même observation a été faite pour la matière mucopurulente de la leucorrhée utérine.

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