‹ Nouvelles franc̜aises inédites du quinzième siècleChapitre 34 sur 87 · I. Ms. lestaingny · texte numérisé non relu

I. Ms. lestaingny

quiestoit sur le jardin, et s'en yssy par Tuys de la chambre et puis le ferma ; et appella Toste, devant le jour, et luy dist : w Beaux hostes, ne vous desplaise de la paine que je vous faiz, il me convient estre aux plais de Vendosme, ou je perdray mon procès. Vecyqueje vous doybz. Au regard de mon compaignon, je le laisse mal disposé. Je vous prie que bien en pensiez et le laissez reposer jusques a heure de prime, qu'on luy appareille ung poulet aux herbes. » La porte luy fut ouverte, et s'en yssy hors, et l'oste se râla concilier. Et lors le larron tout coyement par dessus le mur du jardin rentra par la fenestre en la chambre dont il estoit party. Il print le marchant qu'il avoit estouffé et tous ses vestemens et abillemens, et tout gentement lez mist ou fons du lit, puis refîst le lit et dedens se coucha. L'endemain, a heure de prime, Toste et l'ostesse le vynrent veoir, luy demandèrent quelle chiere il faisoit et comment se sentoit, en luy disant que son compaignon a luy se recommandoit et qu'il estoit party a la mynuit. Il respondy que petitement se sentoit et que confession vouloit. Quant il fut confessé et qu'il eust fait son testament, on luy aporta a menger ; tout ce qu'il prenoit hors remettoit, les yeulx roulloit, contenance faisoit d'estre très fort malade, par son lit se degettoit, comme homme qui se meurt. Quant se vint sur le tart, il s'apaisa ung peu, puis a requis que seul on le laissast afïîn qu'il print repos. Quant l'oste et les gens s'en furent alez et que l'uys fut clos, il se leva et tyra le mort du fons du lit et le coucha et mist dedens le lit, et le couvryt de ses robes, et print son argent et s'en yssy par ou il estoit revenu, comme dit est. Environ xr heures de nuyt, que l'oste et l'ostesse se vouloient aler coucher, vindrent veoir comment leur hoste le faisoit, ilz le trouvèrent mort ; adonc l'ont anoncié a justice et fut en terre bouté et son service fait.

Quant ce larron eust ce confessé, fut traîné et pendu comme droit et justice le requeroit. Et pour ce il fait bon savoir en quelle compaignie on se met.

Le précepte de ne pas accepter un inconnu pour compagnon de voyage est assez souvent illustré dans la littérature écrite ou dans la tradition orale par quelque histoire de vol ou de meurtre. Mais le sujet principal de la nouvelle que je publie est moins l'assassinat même que l'artifice imaginé par le bandit pour dissimuler son crime, et cet artifice je ne l'ai rencontré nulle part ailleurs. C'est peut-être une histoire vraie.

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