‹ Nouvelles franc̜aises inédites du quinzième siècleChapitre 33 sur 87 · Raisonnablement · texte numérisé non relu

Raisonnablement

/i. Autant de fumée et de chaleur.

bien as tu d'argent? Va le quérir et le apporte en ung sachet assez longuet. » Facin y ala tout pensif, disant : « Je me merveille de ccst appointement ! En paieroye je bien argent pour fumée et chaleur ? L'air en emporte le demourant. » Et Jehan du Solier, qui la estoit, esperoit, puis qu'il aloit quérir son argent, que aucune chose en aroit. Facin venu, au juge son argent bailla, comme appointé avoit. Le juge le sac deslia, l'argent compta, puis ou sac le remistet au plus hault le relyaS Et fist venir Jehan du Solier prez de luy, puis ce sac fort locha, tellement que l'argent qui estoit ou sac fist grant son ; puis le prevost demanda a yceluy Jehan s'il a bien entendu ce son, lequel respondy qu'il l'avoit bien oy. Si dist le prevost par sentence et droit que, a cause de ce son, il estoit paie et sattisfait de la fumée de son rost et de la chaleur de son feu, que Facin receue et humée avoit. Et fut ce jugement monlt approuvé, et^ au roy de France qui pour lors estoit et aux seigneurs, qui en firent grande risée.

La plus récente bibliographie des différentes versions de ce ce conte est celle qu'on trouvera dans un article de M. Pietro Toldo sur La Fumée du Rôti et la Divination des Songes (Revue des Études Rabelaisiennes, I, p. 1 3-23).

On sait que Jean d'André (mort en i348), dans ses commentaires sur les Décrétâtes, a fait allusion à ce conte, en attribuant la sentence à un fou de Paris, et que beaucoup de canonistes ont reproduit cette allusion 3. Rabelais l'a développée (Pantagruel, 1. III, ch. 37), en citant comme sources

1. Au plus hault le vclya, c'est-à-dire « noua le cordon à l'extrémité supérieure du sac » (alin que les pièces de monnaie y fussent moins serrées).

2. n manque peut-être ici dans le manuscrit un mot tel que rapporté.

3. « Quam glossatores ad hoc notant ferme onmes post Johannem Andréas historiain r., dit Tiraqueau, en l'introduisant dans son traité De Lcgihus connubialibus (éd. de i5AC, XI, 5). Le texte de Jean d'André, ainsi que ceux du Panormitain et de Tiraqueau, ont été republiés dans la Revue des Études Rabelaisiennes, V, p. 187 ; celui de Johannes Neoizanus l'avait été déjà dans la même revue, Ul, p. 3o3.

5/( CHAPITUE IX

(( Jo. André, sus un canon de certain rescrit papal, adressé au maire et bourgeois de la Rochelle, et après lui Panorme en ce niesme canon, Barbatia sur les Pandectes, et recentement Jason en ses Conseilz. » L'historiette était donc connue au xv" siècle de tous les étudiants injure canonico.

Les noms que portent les personnages dans le manuscrit du Vatican leur ont été donnés par le rédacteur de ce recueil. Guillaume de Tignonville, mort en i4i4» fut prévôt de Paris de i4oi à ï4o8; il est l'auteur d'une traduction des Dicta Philosophorum qui eut du succès ; c'est peut-être ce double litre de prévôt et de philosophe qui l'a désigné pour le rôle de juge au compilateur, qui s'est écarté de la tradition scolaire, en faisant rendre la sentence, non plus par un fou quelconque, mais par un sage magistrat.

J'ai déjà publié le texte du manuscrit du Vatican dans la Revue des Études Rabelaisiennes, I, p. 222-24.

D*UNG LARRON ET MURDRIER NOMMÉ THIBAULT LE ROUX ET COMMENT IL FUT PRINS ET ACCUSÉ

Thibault le Roux en plusieurs forestz repairoit, ou les gens murdrissoit et roboit ; aultre meslier ne faisoit. En une église qu'on dedyoit deux burettes et ung calice d'argent y enibla, et ainsy comme on le poursuivoit se bouta en franchise et fut la prins, car sa larrecin en franchise faitte avoit, si fut condampné estre trayné et pendu, estranglé et mort. Il requist confession ad ce que Dieu luy fist pardon ; luy fust dist que, se bien vouloit faire, qu'il la feist en publique et que c'estoit le meilleur. Lors ainsy le fist et confessa avoir fait maints maulx ; entre lesquelz il dist que es avans de Noël estoit ou marchié de Paris, la vit Darian,. marchant de pourceaux, qui cent livres recevoit de mar-^ chandise, que vendue avoit, puis avisa quel chemin il tendroit. Tant le poursuyvy qu'il s'assembla avecques luy et luy demanda ou il vouloit estre et aler. Il dist. « A Nantes. — Et je vouldroie estre a Angiers », dist le larron, « si pouons ensemble aler. » Quant ilz furent a Saint Cler de Gommaiz, ensemble se logèrent, prindrent une basse chambre aboutissant sur ung jardin qui respondoit aux champs, souperent et puis se couchèrent. Le marchant endormy, a force l'estraingny * tant qu'il fut tout mort, une fenestre ouvry

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