I. Ms. leur
esté divisée, chascun de vous Ta tosl brisée. Si sachiez» et l'imprimez en vos cuers, que, tant que serez ensemble, nul deffault vous n'arez, mais quant vous serez divisez, tantost en indigence et décadence venrez ; car vous avez acoustumé d'estre bien et largement gouvernez tant que vous vivez ensemble et qu'estes tout ung, car vous avez assez, et ne vous fault que une maison, ung serviteur et ung feu ; et quant vous serez divisez, chascun de vous n'avra pas assez pour vivre comme avez acoustumé, si ne le pourrez endurer, parquoy vendrez a povreté ; car, quant on est plusieurs, les diligens supportent lez negligens. » Hz ne tindrent pas ccst appointtement, significacion et adviz, mais se séparèrent et divisèrent. Et ne demoura gueres qu'ilz vindrent en grant nécessité. Si retournèrent devers le roy Salomon, qui leur dit ce qu'avenu leur cstoit comme devoit ; car qui conseil ne croit ce n'est pas merveilles s'il ne foloit. Le roy eut pitié d'eulx, leur donna chevance, pour eulx remettre en chastel, et leur conseilla de vivre en communautté, considéré leur prochainnelé, jusques a ce qu'ilz sceussent gaigner pour eulx vivre et gouverner. Et ainsy le firent, parquoy sans nécessité vesquirent.
Le conte qui est ici rattaché à la légende des Jugements de Salomon est un apologue ésopique, dont H. Régnier a réuni de nombreuses variantes, à propos de la fable de La Fontaine Le Vieillard et ses enfants ^.
1. H. Uegnior, Œuvres de J. de La Fontaine^ J, p. 835-3G (Les grands (écrivains de la Franco).
DE LA DKMANDE SALMON A MAUCIIUS
Salomon ung jour aloît a Tcsbat, bien acompaigné de princes et autlres gens. Comme il yssoit de la ville, vist venir ung monlt grant philosophe, nomme Marchus. Si dist Salomon a ses princes : « Or entendez ce que diray a Marchus, que la voiez, et qu'il me respondra, et puis vous en souvicngne en temps et lieu. » Ilz respondirent que aussy feroienl ilz. Si dist Salomon : « Dieu gard Marchus. Dittcs nous en brief qui est la chose de ce monde que amez le plus ^ » Marchus respond : (( Pain. » Plus ne parlèrent. Au bout de xnu moys, le roy vist venir a Pcncontre de luy Marchus, sans aultre chose dire fors : « Quel ? » Marchus respondy : u Bis * » ; puis se départirent. Quatre moys après, Salmoii dist : u Pour quoy, et qui vous meut ? — Il fait aler a chambre et bien nourrist. » Ces princes furent bien esmcrveillez de Marchus, de sa retentîve, comment sans penser pouoit si bien au propos respondre et proprement.
Marconi (allas Marcoii, Marcus, de.) osl un personnage inséparaljlc de Salomon dans la littérature du moyen-âge.
1. Cf. dans un cliapitrc de Pantagruel (Lixre V, cli. xxvii), intitulé Comment Panunje interrogeant un frère Fredon n'eut response de luy qu'en monosyllabes : « Que mangent-elles ? — Pain. — Quel? — ïiis. »
NOUVELLES FRANÇAISES DU XV SIECLE 1x3
Un poème, dont il existe diverses rédactions, est exclusivement composé de proverbes, alternativement attribués à l'un des deux sages, Marcoul prenant toujours le contrepied de Salomon. Rabelais cite encore une de ces sentences à réplique : (( Qui ne s'adventure n'a cheval ny mule, ce dit Salomon. — Qui trop s'adventure perd cheval et mule, respondit Malcon. » (Liv. 1, ch. xxxiii).
Le petit conte inséré dans le manuscrit du Vatican ne se retrouve pas ailleurs.