‹ Nouvelles franc̜aises inédites du quinzième siècleChapitre 69 sur 87 · Ms. hoquettes · texte numérisé non relu

Ms. hoquettes

2. Voici ce paragraphe clans A, avec les variantes de B, deux manuscrits dont je parlerai plus loin : L'en dit communément selonc le monde : De (B que de) nouvel tout est bel, et pour ce le monde, qui celé pardedanz sa corruption et sa mauvestié, et monstre par dehors ce que il a de bêle aparance^ x^our ce que il soit couvoitié et amé, a moustré puis un pou de temps m nouveletez (fî omet les onze derniers mots)^ c'est assavoir chançons hoquetees, robes boutonnées et chauces coulourees. Et ces III choses entendues esperituement sont empeschement de vie esperituele et de pardurable sauvement (Bibl. nat. fr. ii3C, f. 78).

3. Ce paragraphe a été enlevé dans A, en même temps qu'une miniature qui se trouvait au côté opposé du feuillet ; voici le texte de B : Les chançons hoquetees. Et entendez que par les chançons qui yssent de la

* Par les herbes medecinables que vous

diz, devez entendre médecine de pénitence, par quoyay espérance de la guérir, a ce que puisse la mort pardurable eschever, et la grâce de son père desservir et pourchassier. Après ou je aloie? Je respondy : Ou vous alez. C'est voir, car tous generalment et continuelment alons a la mort, qui est la fin et le terme par ou yssent et trespassent tous ceulx et celles qui en ce monde entrent et vivent. Naturelment tous convient mourir 2.

Ce chapitre se retrouve dans les manuscrits Bibl. Nat. fr. ii36, f. i33 (A) et Bibl. Nat. fr. 957, f. i (B). La comparaison des trois leçons prouve que celle du ms. du Vatican, que j'appellerai V dans les lignes qui suivent, ne procède pas directement de A. Au début, les mots u et amé, a moustré puis un pou de temps m nouveletez » de A manquent dans B et V ; cette omission est une faute ; non seulement elle altère le sens, mais elle tronque une phrase qui reste inachevée. 11 est peu vraisemblable qu'elle ait été commise indépendamment par deux auteurs. B et V omettent de même l'histoire du maître qui annonce sa dam-

bouclic, qui est rinstrument de la parole (ms. de la bouche parole), que Dieu a donnée a homnae et non pas a aucune autre créature terrienne, nous entendons la lumière de raison, que Dieu a donnée a homme pour cognoistre bien et mal : le bien pour le faire et le mal pour soy en retraire ; et par le hoquetement de chant, qui empesche l'entendement des paroles, nous entendons les mouvemens et la desordonnance de propre voulenté, qui empesche la manière de droite raison, aussi comme la toile qui vient sur l'ueil, qui empesche la vcue. Or laissiez donc, beau filz, les hoquetemens, c'est a dire les desordonnez esmouvemens de nostrc propre voulenté (Bibl. nat. fr. 907, f. i).

1. La partie du texte que je supprime occuperait environ 55 lignes.

2. Texte de A, avec les variantes de B : Par les erbes medicinables que je vous dis que je queroie pour faire médecine a la guarir, vous devez entendre la médecine de penitance, par quoy j'c espérance de la guarir, a ce que je puisse la mort pardurable eschiver et sa grâce deservir et pourchacier. Et ce otroil a moy et a touz autres le (B Et ce me ottroit le) père et le filz et le saint esperit. Amen. Et ainsi le riche homme, par les paroles dou povre home fu converti aus bobens et aus délices dou {B de ce) monde lessier et fouir (B omet et fouir), et aus euvrcs de vertu et {B omet de vertu et) de penitance faire et maintenir (B omet et maintenir); et garda s'ame netement, et aclieva sa vie saintement (B omet ces cinq mots). Par quoi il deservi la joie de paradis pardurablement (B omet pardurablement). Que nous otroit le bcneoit filz Dieu {B Q. n. o. Diex Jhesu Crist) par sa très douce pitié (B p. et miséricorde). Amen.

Ici s'achicvc le trettié des Nouveletez dou monde. (B n'a pas cet explicit).

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nation à ses trois disciples. Or B ne dérive pas de V, puisqu'il a de nombreuses leçons de A que V n'a pas gardées : A H tout est bel et pour ce, V /. m'est b, pour quoy ; A B qui cete par dedens, V q, p. d. c,, A h et moustre par dehors, V e. p. d, m,, etc. V pourrait provenir de B ; mais comme il reproduit d'autres chapitres qui appartiennent à A et ne se retrouvent pas dans B, il faudrait supposer que l'auteur de V, tout en puisant à discrétion dans un manuscrit qui contenait les \ouvellctés, fût allé cliercher ailleurs ce morceau. Une explication plus simple rend parfaitement compte des rapports de A, B et A ; il suffit de supposer un ms. A', copie de A, qui serait responsable des fautes communes à B et à V, et à qui B devrait les Nouvelle tés, et V non seulement les Xourelletés, mais aussi tous les chapitres qu'il a en commun avec A.

La première partie des .\ouvelletés est intéressante, à cause des mots lioque terne nts et chansons hoquetees, et c'est pouniuoi je l'ai imprimée. Godefroy ne donne qu'un seul exemple de ces expressions, avec le sens qu'elles ont ici, et la source en est si vaguement indiquée qu'elle serait difficile à retrouver : Mélanges dévots, Richel. 907. Le ms. Bibl. Nat. fr. 907 n'a pas moins de i4o feuillets, et des quatorze traités qu'il contient, aucun ne porte le titre de Mélanges dévots, qui ne peut s'appliquer qu'à l'ensemble du volume. En réalité, c'est dans la version B des Xouvelletés que le lexicographe a recueilli ces deux expressions ^ .

Dans le paragraphe relatif aux robes boutonnées, A et B font allusion à une légende bien connue : « Et 2 vous souviegne dou jugement d'un (B du) maistre qui fu a Paris, qui moût fu dampné horriblement pour la (B sa) vaine gloire que il avoit eue (B eu)... » L'auteur de V, suivant son habitude, donne un nom à ce maître : « et souvenir du grant et dernier jugement qui fut d'uug grant clerc de Paris, nommé Mathieu de Lorris, qui fut dampné pour sa vaine gloire qu'il avoit eue... »

Après le paragraphe des robes boutonnées, A raconte la légende tout au long : Trois clercs priaient près du corps de leur maître mort ; après la première mâtine, le mort se dressa et dit : Jus tus est qui me judicavit ; après la seconde, il dit : Juslus est qui me judicavit et condampnavit ; après la troisième : Justus est qui me judicavit et condampnavit et tortoribus tradidit. Les trois clercs abandonnent le monde et

1. Hicn qu'il ail imprimé hoctement, au lieu de hoqnetement du ms.

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