‹ Nouvelles françaises inédites du quinzième siècleChapitre 10 sur 61 · DE LOYS DE GIROLLES ET DE DAMOISELLE AGATHE DE POISSY · texte numérisé non relu

DE LOYS DE GIROLLES ET DE DAMOISELLE AGATHE DE POISSY

Loys de Girolles estoil ung bon et bel escuier : fut mis de son père, pour aprendre a servir et voyager, avecques messire Gilles de Poissy, chevalier, seigneur de Tarentes. Loys en tous ses faiz et dits estoit très gracieux, serviable et honnorable; pourquoy damoiscllc Agathe l'accueilly en grant amour, fille du dit messire Gilles ; et tellement qu'elle ne luy peut celer et luy dit ([ne liés fort l'amoit et bien signe d'amour luy monstroit : car tous plaisirs et service a son pouoir elle luy faisoit. Loys aussy bien l'apparcevoit : pourquoy pareillement il parfaitement l'amoit. Ad ce qu'il ne faillis! et que son serment ne trespassast, qu'il avoil avecques messire (iilles son maistre : car il estoit bon et loyal. Pleusl a Dieu que chascun serviteur fut ains\ envers son seigneur; le monde mieulx en vaulsist et les cieges de paradis plus tost en fussent rampliz, dont les deables cheyrent par leur orgueil ; car mentir et orgueillir est le propre de l'ennemy. Lors disl Loys a damoiselle Agathe : ci Très honnoree et très amee damoiselle, bien apperço} que grant amour avez a moy, considéré les plaisirs, services, regars et paroles que me faittes et dittes, bien les conçoy. Et en ce n'estes pas deceue, ne vostre amour et paine perdue, car sachiez que sur toute rien je vouldroye vostre honneur en tout bien autant ou plus que le mien propre. Et de ce m'en raporte a Dieu. Vecy que j'ai advisé ; s'il

vous plais) , je L'acheveray. C'est que soiez ma femme : parce nous garderons de pechié, blasme et diffemme, que l'en doil monlt doubter. C'est ce que je vous requier. » Elle monlt doucement le regarda et humblemeul le mercia, disant qu'il estoit bon, bel et sage, pourquoj «lu tout a \u\ s'adonnoil et habandonnoit luy faire tout son plaisir et a luy obéir en tout bien. De ce il la regracia, et de parole de présent la fiança, cl elle luy. eulx promettans de l'ung l'autre espouser, leur honneur en tout et partout garder.

Mcssiic Gilles apparcevant la grant amour et priveté qui entre eulx deux estoit. grande souspeson et paour avoil que entre eulx n'y eus! pechié de luxure ou aultre ordure, et pourcedonna a Loys congié, disant que plus ne vouloit d'eseu\er et que doresenavant n'avoit entencion de voyager. Très bien le contenta de son service. monll le loaet l'eu remercia. Eneores plus le fisl Loys. car il estoit bien apris. Print congié. puis vint a damoiselle Agathe, sa parfaite amye et fiancée, et luy disl qu'il luy en convenoit aler et que son seigneur de père luy a voit donné, congié ; n'y savoit occasion pourquoy, si non souspeson. « Si me recommande a vous et vous prie qu'il vous souviengne de moyet me gardez vos tre fo\ : de la mienne vous tenez asseuree. S'il avient que a aultre qu'a moy on vous vueille marier, faittes moy savoir, s'il vous plaist. le jour d'espouser; et je vous prometz que sans séjour a vous vendray a telle fontaine, pour vous amener el espouser; si ne vueillez faillir d'y venir. » Elle, ce oyant, print a souspirer el plourer tendrement pour la départie ; luy dist : « Mon très parfait fiancé et amy, je vous repute pour mon mary. monlt me fait mal que vous eslongnez de my : point ne se feist se g'y peusse remédier par pener, prier et supplier ; de tout ce que m'offrez vous mercy. Et vous plaise savoir que de tout mon pouoir

de chose que m'aiez cl i l te ne fauldray : vous vivant, jamaiz aultre de vous n'espouseray. Je vous en faiz de rechief serment. De mon estât vous feray savoir diligemment et secrètement : et vous prie qu'aussy faciez vous pareillement, pour ma grande consolacion. \ Dieu vous dy sans a Dieu : qu'il vous deffende el garde en tout lieu. »

\ tant il se departy, le cucr joyeux, dolent et merry : joyeux pour l'amour de la promesse, dolent pour le département. Et elle ainsy estoit. Mais ce qui les reconfortoit estoit l'espérance d'acomplir ce que entre eulx estoit, aultrement le cuer leur fut failly. Loys vint en l'ostel de Gauchier de Girolles, son père, qui luy demanda pourquoy il s'en venoit et le service son maistre laissé avoit, qui luy en dist toute vérité, dont Gauchier luy sceut bon gré, pour ce que prudemment a son aviz y avoit ouvré. Et Loys faisoit bonne chiere el joyeuse, pensant tousjours a sa mie chiere.

Vdvinl que messire Girard, seigneur de Merrolles, vint disner aveeques messire Gilles de l'oissx. pour sa tille Agathe aviser, pour l'avoir a mariage. Elle moult luy pleust, luy a elle non. Il estoit vieil homme, et elle très belle, frique. mignote jouvencelle, aagee de xv ans. Si dist messire Girard a messire tulles : « Vostre fille très bien me plaist ; je vous prie que la me donniez pour estre ma femme. » Il s'i acorda Aoulcntiers, car il estoit inonlt chiche, et pourtant bien riche. Hz fiancèrent et prindrent jour despouser. Ce jour d'espouser prins, elle le fist savoir a Loys. Quant il le sceut, monta a cheval bien joliz ; en son chemin trouva ce seigneur de Merrolles, qui aloit espouser. richement vestuet mal monté, en chausses semellees, sans manteau ne sans chappeau, tout seul. Loys gracieusement le salua, luy demanda ou ainsy joliz aloit: luy dit espouser a la fille messire Gilles de Poissy. Lors

Loys luydist: v Monseigneur, se j'estoye aussy riche de vous, j'aroye avecques moy qui mon chemin abre geroil et que de deux lieues une me feroit. > De ce le seigneur se print a rire, disant et pensanl en s<>\ : h ( Usl 1 1 \ c \ n'esl pas trop sage de ce dire. Vu fort, ce l'ail jeunesse. »

Yhis\ comme ilz parloient, print fort a plouvoir cl furent liés bien mouliez. Si disl Loys : « Monseigneur, .se j'eslo>e pareil a vous, pourdoubte de temps pluyeux, porteroye ou porter feroye avec moy une maison, pour nie garder de moiller. » De ce le chevalier hocha la teste cl dil : e Je croj ces) homme est une heste de me dire chose impossible. » Puis vindrent a passer une rivière parfonde et estroille. Ce chevalier jusques aux ' genoulx en l'eaue entra, ses chausses semellees \ moilla. Si print Loys a soubzrire et dire : ci Monseigneur, vous deussiez porter avec vous ung pont, pour vous garder de mouller et plus aisiement passer. — Or dea ». dist lors messire Girard. « vecy trop bien dit ; et qui - se tendroit de rire de si grant flargomes oyr dire ? \<ius estes ung bon follet. » Quant approchèrent Le manoir de messire Gilles. Loys print congié cle messire Girard, disant qu'il avoit ailleurs a besongner. «El quoy » ? dit le chevalier. — ci H y a environ six moys que je lendy a une fontaine qui est près de cy ung amesson ou je mis bonne morson. pour prendre une anelle ou aultre bestellette : je voys veoir s'il y a riens prins, pour ce a Dieu vous dy. »

Le chevalier en l'ostel messire Gilles arriva moult nioullé. crotté et soullé, car il avoit esté bas monté ; pourquoj le convint despoulleret tous ses vestemens changer et chauler. En ce faisant, dit a messire Gilles : « En venant j'ay trouvé ung trop bon sotereau pour

i . Ms. nu.

a. Ms. qiiil.

passer temps et faire rire. Jel'ay voulu amener, mais il m'a dit que ailleurs avoit a faire. Je vous dira} quoy. » Lors luy conta tout ee que dit est. Quant ot ce compté etdisl. il fut revestu, puis ou demanda la fille ; on ne la peut trouver et fut partout quise. Alee a la fontaine s'en estoit, Loys la menoit, si fut la compaignie troublée. Lors dit messire Gilles. « J'entens bien la muse: or nous réconfortons, je pense bien ou la trouverons. Quant aux choses que cil vous dit, elles sont soutives et aucunnement démonstratives, et significatives de grant substance. » Lors demanda messire Girard comment. — « Premièrement vous dit que s'il estoit ung tel seigneur que vous, il feroit qu'il aroit ung avecques lux qui de deux lieues une luy feroit. Ce s'entenl qu'il aroit bon cheval, bien cheminant et tost alant, cl aucun avec luy qui de plaisance lui parlerait, par quoy le chemin moins ennuierait el plus court semblerait. \u second, de la maison, etc. C'est qu'il avroit bon niantel et bon chappel, qui tic mouller le garderoit. Du pont, qui est le tiers, a la rivière, c'est qu'il avroit bons bouseaux. bon cheval et hault. Du quart, qu'il avoit tendu, etc. J'entens bien que c'est. 11 a prinse l'anette cl bestellete, c'est Agathe, la tille de céans, (pic deviez espouser. Bien pense ou elle sera trouvée. »

Si tost que Loys vint a la fontaine, Agathe sa mie y trouva, l'emmena el espoussa. Avec elle coucha, le nom de pucelle lux osta et le mariage consomma.

Messire Gilles vint la ou elle estoit et nouvelles en demanda. Luy en fui dit le vray. Il en fut ung peu troublé, puis s'apaisa quant sceut tout le fait et tout luy agréa, el depuis très bien les ama et du sien largement leur donna, et les fist demourcr avec luy. ou furent aises sans ennuy. Pourquoy Dieu ne mistrent pas en oubly.

Le seigneur de Merrolles, quant sceut le démené, légèrement en fut apaisié et en mercia Dieu. Car aussy

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n'estoil ce pas femme pour lux, veu qu'elle avoil aultre amy selon elle, cl que le dit chevalier estoit hop vielz.

Le thème de ce coule peut être ainsi formulé: In jeune homme, à qui la main d'une jeune iille a jadis élé promise, apprend que celle qu'il aime et dont il est aimé \a être mariée à un autre. 11 se rend vers elle ; sur sa route il rejoint son rival qui va l'épouser ; sans se l'aire connaître, il l'aco >ste, chemine avec lui, el lui tient des propos que celui-ci ne comprend pas, el prend pour des divagations de l'on. Avant d'arriver les deux voyageurs se séparent. Celui qui compte épouser la jeune iille se rend chez elle et ne tarde pas à apprendre que son compagnon de route, dont on lui explique» les propos énigmatiques, n'est pas un sol, et qu'il est venu lui ravir sa fiancée.

L'étude la plus récente el la plus complète des versions jusqu'ici connues de ce coule est celle de M. II. Suchier, dans l'introduction qui précède son édition du roman de Jehan el Blonde1. Aucune de ces versions ne peut être considérée comme la source de celle que je publie. L'auteur de celle-ci a connu un poème, aujourd'hui perdu, selon toute vraisemblance, qu'il a dérimé, mais pas assez habilement pour qu'on ne retrouve sous sa prose des rimes el souvent des vers entiers. Je crois qu'il a suivi son modèle pas à pas, qu'il n'en a rien supprimé ; mais qu'il a déplacé le lieu de la scène, qu'il a changé les noms des personnages s'ils en avaient, ou leur en a donné s'ils n'en possédaient pas, el que, probablement, aux propos énigmatiques tenus par l'un des voyageurs il en a ajouté un, le premier.

Ces propos appellent quelques remarques. Ils sont dans le manuscrit du Vatican au nombre de quatre :

i" (i Se j'estoye aussj riche de fous, j'aroye avecques moj qui mon chemin abregeroit el que de deux lieues une me feroit. »

a" « Se j'estoye pareil a vous, pour doubte de temps pluveux, porteroye ou porter feroye avec moy une maison, pour me garder de moiller. »

i. Œuvres poétiques de Beaumanoir (Société des Anciens Textes), I, p. cn- CXViii. Le contenu d'un conte russe, mentionné par M. Suchier, a élé depuis donné par M. W. Sôderhjelm (Neaphilologische Mitteilungen, 1906, p. 05). M. Suchier croit que ce conte, parce que l'oiseau à prendre au filet y est une cane, ne peut provenir que de Jehan de Paris ; la version du ms. du Vatican prouve que cette conclusion est tirée de prémisses insuffisantes.

iG CHAPITRE III

3 " Vous deussiez porter avec vous ung pont, pour vous garder de mouller et plus aisiemenl passer. »

i° a II y a environ six moys quo je tendy a une fontaine qui est près de cy ung amesson ou je mis bonne morson, pour prendre une anette ou aultre bestellette ; je voys veoir s'il y a riens prins. »

De ces quatre phrases, la dernière seule, celle du lilet, n'a toute sa valeur que si les voyageurs vont à la conquête d'une même femme ; les trois autres peuvent s'échanger entre voyageurs poursuivant un but quelconque. On est dune en droit, non seulement d'admettre que l'énigme du lilet fait essentiellement partie du thème, mais aussi de supposer que 1rs trois autres ont pu lui être à l'origine étrangères. En fait elles ne figurent pas dans le roman de Horn, qui donne la plus ancienne des versions connues du conte, et on les retrouve dans des contes différents.

La deuxième et la troisième énigmes, celles de la maison et du pont, se retrouvenl dans la plupart des autres versions du conte '. Mais la première, celle du compagnon de voyage qui peut abréger la route, ne figure que dans le manuscrit du Vatican. Elle n'a de sens que si celui à qui elle est adressée voyage seul ; elle n'aurait pu trouver place ni dans Horn, ni dans Jekan cl Blonde, ni dans Jehan de Paris, où le prétendant dupé est accompagné d'une nombreuse escorte. Elle figure dans toutes les versions d'un autre conte, qui n'est pas nécessairement son berceau, car elle est d'une application si générale qu'elle a pu naître et vivre indépendamment de lui, mais où elle s'est installée très anciennement. Or ce conte fait aussi partie du manuscrit du Vatican.

La double circonstance, que de toutes les versions du conte des fiancés, celle de ce manuscrit seule donne cette énigme, et que celle-ci se retrouve dans un autre conte du même recueil, autorise à supposer que c'est l'auteur de la collection qui l'a transportée du second récit dans le premier-. L'identité de sa forme dans les deux nouvelles appuie fortement celle hypothèse. On vient de la voir dans l'une. la voici dans l'autre : « Se j'estoie en vostre point, j'avroye en ma compaignie qui mon chemin abregeroit. » Elle se présente très différemment partout ailleurs où on la rencontre : Dans un conte du xn" siècle : (i Porte-moi ou je te porterai » ; même forme dans un conte afghan ; dans une nouvelle de Sercambi : « Montez sur notre cheval ou nous

i. Voir ftomania, \. p. 559, II. Suchier, loc. cit., p. i:i\,R. Kôhler, Kleinere Schriften... herausgegeben von J. Hotte, I, 197 et II p. 607, \V. Sôderhjelm, loc. cit., p. 03.

NOUVELLES FRANÇAISES lu \\" SIECLE in

monterons sur le vôtre »*. Le manuscril du Vatican offre du reste d'autres exemples de semblables répétitions qu'on ne peul attribuer qu'à son rédacteur.

Bien que l'énigme du ponl figure égalemenl dans les deux nouvelles, on ne saurait lui appliquer la même hypothèse. D'abord parce qu'elle se retrouve dans d'autres versions de chacun de cescontes ; ensuite, parce que dans nos deux récits, elle n'esl pas introduite de la même façon, el \ reçoil des interprétations très différentes, el néanmoins toutes deux traditionnelles. Dans l'un le pont signifie « bons houseaux, bon cheval el liaull a ; dans le second, c'esl une lance pour sonder légué. "Maison peul croire que c'esl sa présence dans les <leu\ contes, qui a suggéré à l'auteur du manuscril du Vatican l'idée d'introduire aussi dans le premier conte la première énigme du second.

i. sur cette énigme, voir 11. Kôhler, Kleinere Schriften, II. G09.

DE MESSinE GUIDO DE PLAISANCE ET DE FLEURIE SA FEMME, QI I F1ST SON AMY DE RAYMONNET LEUR CLERC1

Guido2 estoit monlt bien hérité, liés bien quant au monde, se savoit bien gouverner pour estre riche : car il n'estoit que trop chiche 3 et bon mesnager. Aagié estoit de lxiiii ans K et dame Fleurie estoit jeune de \\ ans pour ce temps, gente, paye et jolie5. Tout avoit ce qu'elle vouloit, excepté le jeu d'amourettes, dont elle avoit souvent disete0, car Guido gueres n'en pouoil et pour son aage voulentiers s'en deportoit 7. cl pour la santé garder s'en contregardoit. Voulentiers aloit en gibiers s. especialment au matin, pour avoir

i. La plupart 0< > notes qui seronl ajoutées au texte de cette nouvelle auront pour objet de montrer qu'elle représente un poème français perdu, el de préparer l'explication, qui sera faite ensuite, des relations de ce poème avec une nouvelle de Boccace et un poème latin de Mathieu de Vendôme.

2. Le poème français a\ait probablement un préambule, que le prosateur, suivant son habitude, a supprimé.

3. Riche : chiche. Parmi les accouplements de mots que je signalerai, plusieurs sans demie sont . ] ■ 1 -. au hasard, mais la plupart sont des rimes pri menant du poème.

',. L'auteur du ms. aime co précisions puériles. Mathieu dit simplement « gravis » (sérieux); Boccace : « vicino alla vecchiezza ». :>. Fleurie : jolie

6, Ms. duisete. Amourete : 'lis te

7. « Piena e copiosa di tulle quelle r che alcuna puô desiderare, e

brievemente, fuor che d'una, non mi posso rammaricare ; e questa è che gli anni del mio marito son troppi, se co' miei si misurano. Per la quai cosa di quello che le giovani donne prendono più piacere io vivo poco contenta. » (Boccace).

s. (i E grandissimo diletto prendea nellc cacce » (Boccace). Ce détail manque dans le passage correspondanl .lu poème latin ; mais Mathieu présentera le mari comme un grand chasseur, lorsque Lidia luera son épervier.

NOUVELLES FRANÇAISES Dt XV' SIECLE 1 \)

cause de se lever cl <lc non a sa femme loucher. A elle ce moult desplaisoit : aullre chose n'en pouoit faire au regard de sou mary. Se appensa de faire ung amy qui a sou besoing la secourroit, du gieu d'amours la contenteroit aucunucmenl. Leans demouroit ung bel jeune clerc ', nommé Raymonnet, qui sage de son aage, advisié et secret- estoit, que3 son amy en feroit. Pour venir a son entente, lui faisoil d'amour maint signe, regard et contenance, luy ottroyoit et acordoit tout ce qu'il vouloit. 11 a ce riens n'entendoit, ne a quoy ce montoil poinl n'\ pensoil ne ne savoit l. son cuer point n'y avoit. Le vouloir d'elle poinl ne comprenoil, dont grant mal elle souffroit. Elle ce voyant et apperccvanl s'appensa de prendre moyen pour lu\ dire; si dist aune sienne servant, nommée Yolant : « Ma par faille ainye. vous savez que en vous me lie 5, vous diz tous mes affaires et secrez. car bien le valez. Se pro mettre me voulez que doresenavant devant tous me servirez et obéirez, que ce que vous chargeray acomplirez el mes secrez sans révéler garderez, je vous avray moult chiere. ma servante serez la première, du mien largement vous donneray, jamais ne vous fauldray el pour ma très parfaitte amye vous tendray. » Quant elle a ce oy. son cuer fort s'en rcsjoy. pensant qu'elle en aroit proufit. grant plaisir et délit " : luy dist : « Ma très chiere dame et maistresse. veez cy celle qui est toute vostre. tenez pour certain, seure ment. Commandez tout ce qu'il vous plaira et je

i. L'ami dans le poème latin est un chevalier; Boccace en a l'ait un serviteur, san-. préciser sa fonction.

■i. Raymonnet : secret.

3. Ce que suppose une proposition principale omise; on peut y suppléer par « Elle se appensa ».

'i. « Del quale amor o che Pirro non s'avvedesse o non volesse, niente mostrava se ne curasse » (Boccace).

.".. Servant: Volent, amie : fie.

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