II \ PITRE II
Dl HOV ALCBAKOB ET DE BELYOBEUIS SON FII.Z
Vkhanor fut roy de grande noblesse et hardiesse ; avoit une dame espousee. nommée Peronnie ' : monlt l'amoit pour le bien qui en elle estoit. Elle ot de lu\ ung enfant, le plus bel que l'en saroit deviser ne ymaginer. Le roy. quant le vit si bel, voulut savoir que de luy seroit, comme faire le pouoit, et comment gouverner on le devroit. 11 manda les pronostiqueurs et sages philosophes en astrologie bien congnoissans. Il lez requist qu'estudiassent etque très bien advisassent qu'il avendroit de Belioberis. Qui luy dirent que. se au monde estoit en commun, losl mourroit, ou grande essoine luy avendroit. mais se xvm ans passer poudit, vaillant chevalier seroit; pour quoy le roy le fist loger en une caverne, ou on ne vovoit soleil, ne lune, ne le ciel. Et pour y veoir y convenoit tousjours clarté et lumière de feu. La dedens grandement on le gouvernoit et nourrissoit sans en yssir, ne que personne vcisl fors ceulx qui l'amenistroient et compaignoient. Aullre monde ne cuidoit fors que celuy ou il estoit. Bien savoit parler. Quant il ot xix ans. fut mis dehors du lieu ou il avoit esté nourry. Si faisoit maintes demandes de tout ce qu'il vovoit et qu'on luy apportoit et amenoit. comme de chevaulx. oyseaux, joyaux et de Imites aultres choses, du jour et de la nuyt, des cieulx.
i. Vo de ce nom est surmonté, dans le manuscrit, d'un trait horizontal et suivi de trois jambages ; on peut donc lire Pcromme ou Peronnie.
NOUVELLES FRANÇAISES DU XV" SIECLE i)
de l'eaue, <le la terre et de tout ce que L'en voyt. Quant on lny declairoit, legierement s'en passoit. On le mena devers la royne sa mère : la. print grant plaisir a regarder ces belles dames et damoiselles, belles femmes et pucelles : ee fut son plus grant plaisir et désir : demanda que c'estoient : on luy dist, a celle lin que son cuer trop n'y mist, que c'estoient dyablcs. Enquisl après la cause, et que c'esl îles deables, cl pourquoi ainsy ilz appclloient ces femmes ; luy fui dit que la plus maudite créature qui soit sont deables et qui pis font, aussy le font les femmes ; car elles traveillent. degastent et donnent a Tomme plus de tentacion cl occasion de mal a homme que le dyable ne quelque autre chose. Pourquoy Belioberis dist : ci C'est belle chose ([ne de deables que vous appeliez femmes, ne je n'ay point veu chose qui tant me plaise, ne que aye tant chiere. car ma nature s'i adonne. » Pourquoj il voulut demourer avecques elles. Et pour l'amour d'elles il fut chevalier errant. Et fist merveilles.
On trouvera la bibliographie de dès nombreuses versions de ce conte dans Le Fonti del \ovellino, de M. d'Àncona '. Dans un groupe de versions, les femmes sontdonnées, non comme des démons, mais comme îles oies ; à ce groupe appartient le conte de La Fontaine : Les oies île frère Philippe, emprunté à la IV" journée du Decameron de Boccace.
i. A. d'Ancona, Studi di Critica <■ Storia Ictterariaj p. 307 (Bologne, 1SS0. in-12).