‹ Nouvelles françaises inédites du quinzième siècleChapitre 12 sur 61 · Ms · texte numérisé non relu

Ms

5, . La quai cosa ud ;ndo Pirro, -i maravigliô forte, si come colui clic

mai d'alcun sa a1 icduto non se n'era » (Boccace).

a. Ce détail manque dans l'italien comme dans le latin.

NOUVELLES FRANÇAISES Dl XV SIECLE M

]>< linl ne l'avez entendu '. Kilo se confiant de moy m'a chargé de vous en parler et de par elle vous supplier que suie/ son anry chier, cl clic sera vostre amie humblement, affectueusement et ardamment; de par elle vous en requierel supplie, dittes m'en vostre vouloir3. - Yolent, ma bonne amie, avisez a ce que me dittes : ne puis boniiemenl croire que soit chose voire, Madame ne le fait que pour m'essaier el pour me bailler encombrier :; ou cas que vouldroye faire telle faulte vers Monseigneur et telle deshonneur, si vous prie, Yolent, que plus ne m'en parlez et a tant vous en déportez i. » Elle, quanl ces mois ol oy, son visage pally de bonté "■ pour le relus, pour le presenl ne sceut que respondre. Devers sa dame s'en ala, tout ce qu'il luy avoit dist luy compta. Elle en print a soubsrire 6 cl puis dire ' : « Au premier son on ne prcnl pas la caille.

i. Dire : rire, maislresse : destresse, signe : bénigne, valu : entendu.

2. Boccace ne cite pas les paroles il'' Lusca .'i Pirro. Mathieu dit : Vive, vale, Pyrrhe. To Lydia sope salutat,

Qua, si vis, poleris sepe Pilule frui.

Ula quidem pro te moritur, palletque rubetque...

Le texte français ne rappelle en rien le texte latin.

; Croire : voire, essaier : encombrier.

\. Dans ta nouvelle italienne, comme dans le poème latin, Pirro donne à la chambrière trois raisons do son refus : « Lusca, io non posso credere che questc parole vengano dalla mia donna, e perciô guarda quel che lu parli : e, se pure da tel venissero, non credo che con l'animo dir h' Io faccia ; <■. se pur con l'animo <lir le facesse, il mio signore mi fa | >i o onore che in non vaglio : io non farci a lui m l'alto oltraggio per la vita mia ; e perà guarda che tu più di si l'aile rose non mi ragioni. » i Boi cace).

â. « ë turbatelta mile parole il i Pirro. se ne tornô alla donna. » (Boccace). La chambrière de Mathieu n'éprouve pas cette honte. Elle s'éloigne en prononçant un long monologue de .s,, vers s,n- l'infidélité des femmes, sur les profits que les serviteurs peuvent tirer des fautes de leurs nia ilre s. sur son nom de Lusca, sur ses propres aptitudes à t'amour.

li. Au contraire, dans la nouvelle italienne, comme dans le poème latin, c'esl avec un accablement pénible que la dame apprend le refus du jeune homme. Mathieu la lait évanouir, Boccace dit : « udendole desidero di morire ».

7. Suivant Boccace, ce n'esl que ci dopo al. un giorno 0 .pie Lidia en « reparlé alla cameriera ». Chez Mathieu, c'est aussitôt revenue de son évanouissement qu'elle renvoie Lusca vers Pyrrhus. L'accord sur ce point du texle français avec le poète latin n'est qu'une simple coïncidence.

ne il n'est pas que aucunnesfoiz on y faille, mais y continuer la fait ou fille bouter. Devers luy retournerez et de rechief le requerrez ' et lui direz, quelque chose qu'il vous ait dilte. que oneques ne le pensay ne envers luy faulte ne feray. Et tout ce qu'il requerra feray pour lu\ el de parfait eucr l'acompliray 2. n

Volent bien fourny ce message 3 : comme femme bien emparlee et sage l. Pourquoy Raymonnet luy dist : « Se Madame veult faire ce que vous diray, de tout vous croiray, son vouloir acompliray 5 et seray son amy bon, loyal et secret. — Ores le dittes », fait Y oient, n je croy qu'elle le fera, selon mon entente. » Lors luy dist Raymonnet : o Je vucil premièrement qu'elle lue en la présence de Monseigneur son bon esprevier mué qu'il a tant chier. Secondement que de sa bouche luy esrache une lionne et grosse dent et qu'elle par vous la m'envoye. Et tiercement qu'elle luy

i . Caille : faille, continuer : bouter, retourner?: : requerrez.

2. « Lusca, tu sai ciie per lo primo colpo non cade la quercia : per che a me pare ctae tu ila capo ritorni a colui che in mio pregiudicio nuovamente vuol divenir leale, e, prendendo tempo convenevole, gli mostra interamente il mio ardorc, e in tutlo t'ingegna di far che la cosa abbia effetto. » (Boccace).

Ergo precor subeas et adhuc cum milite fare.

Quid facit in silice slilla rota ta semel? Omen inest lioris : hec est fi-licior illa ;

Hoc ill" melius tempore tempus abit.

Si t color in verbis, blando sit risu^ in ore ;

Sic sta, sic loquere, sic tua verba loca. Omnia promitte: promissis multa parantur;

Allude : lucris gratins omnis amans. (Mathieu).

La dernière ligne du texte français semble rappeler Icpromitle omnia du texte latin, mais ici encore il n'y a qu'une coïncidence fortuite. Le pro- \erbe que lioccace a substitué à celui de Mathieu existait en français :

Vos savez bien qu'au prumicr cop

\e cope l'en mie le chesne (Rom. de la Rose, v, 3'h'i-iji.

3. Les paroles de la chambrière au jeune homme sont données par Boccace et par Mathieu. Dans la nouvelle italienne, Lusca développe longuement et cyniquement le mot de Mathieu : Allude.

h. Message : su«/e.

ô. « Dove tre cosc che io domanderô voglia fare a chiarezza dt me, per certo niuna cosa mi comanderà poi che io prestamente non faccia. » (Boccace).

arrache ung toupet de sa barbe que vous m'apporterez. Se ces troiz choses fait, je sera} son amy parfait, sans desfiance, et eu elle mettray cuer, corps et entente '. » Il sembla a Yblenl chose moult difficile a faire et comme impossible2, et que jamais sa maistresse ne le feroil. Quant a sa maistresse le compta, elle se prinl à rire et luy disl que tout l'acomplira el plus encore, car en la présence de son mary le baisera8. Pour tout

i. « Primieramente che in presenza di \icostrato ella uccida il suo buono sparviere ; appresso ch'ella mi mandi una ciocchctta délia barba di Nicostrato ; e ullimainente un dente di quegli ai lui mcdesimo de' migliori. » (Boccace).

Dux amat accipitrem, nec quid sibi carius illa ;

Alludit celebris hac ave cura ducîs.

Hanc volo quod périmât ; liane si non vindicet ï 1 1 < ■ ,

Ne credat leviter l'allere posse \iruin ; Et si quinque pilos barbe de vellere vellat,

Quem trahit lus precibus vinctius illa trahet. [nsuper excutiat quem \ult de dcntîbus unuin : Si l'arit hoc, facief digna favore fa vor. (Mathieu).

Boccace a remplacé les quinque pilos par « una ciocchetta », en français " un toupet » ; le quem vult de dentibus par « un dente dei migliori ». en français « une bonne et grosse dent ». Cf. meliorem dentem quem habet maritus dans un sermon de Jacques de Vitry (The Exempta of .turques fie Vitry by ï. F. Crâne, CCXLVIH. Londres, 1890, in-8°).

2. « Queste cose parvono alla Lusca gravi. » (Boccace). Au contraire, la Lusca de Mathieu considère ces épreuves comme déjà réalisées, dès qu'elles *>mt formulées :

Jamqiic habebit, habet mea Lydia, jamque jocatur...

M. lis Boccace ajoute : u e alla donna gravissime », tandis que dans la nouvelle française, la dame « se print a rire », et que dans le poème latin, en apprenant la réponse du jeune homme, elle recouvre la joie et la santé. On pourrait croire qu'ici le texte français a été directement inspiré parle texte latin ; ce serait une erreur : d'une part, Mathieu fait dire à la dame : « sit licethoc gravius», d'autre part « elle se print a rire » de la nouvelle française correspond à « en print a soubsrire », noté précédemment (p. 2i, n. 6).

3. Boccace annonce de même ici le quatrième exploit; dans le poème latin, il n'en sera question qu'après l'accomplissement des trois autre-. La nouvelle française ne montre pas pourquoi Fleurie s'impose cette nouvelle tache; Boccace est plus clair : Lidia veut prouver au jeune homme que son maître n'est pas l'homme avisé qu'il n'ose pas tromper : « perciocchè egli cosi savio reputava Nicostrato, disse che in presenza di lui con Pirro si sollazzerebbe, e a Nicostrato farebbe credere che cio non fosse vero. » Dans le poème latin, le quatrième tour est plutôt une fanfaronnade de la daine ; après l'accomplissement des trois épreuves qu'il a exigées d'elle, Pyrrhus lui dit :

acomplir, veez cy qu'elle iisl. Ung jour son seigneur faisoitung grant disner, comme a la requeste d'elle '. ou esloient quatre chevaliers, vm escuiers 2 et aultres notables gens qui furent servis grandement. Quant elle ol eslé a table tant que bon luy sembla, se leva corne selle eusl a faire aueuniie chose nécessaire : aussy avôit elle pour entretenir et acomplir sa promesse. Elle s'en ala abiller et parer et faire la plus jolie qu'elle peut, si la faisoil beau veoir, car elle estoit très belle et plaisant. Yinl en la salle ou l'endisnoit et dis! : » Dieu gard la notable compaignie de tout mal et de villennie 3 ! » Ghascun voulentiers la regardoit; ne savoient qu'elle vouloit faire. Elle vint ou l'espreA ier de

Mira pote-;, fateor ; singula mira lacis. Dum dubitant alie, lu. Lydia, nu lia vereris; Tu quod nu I ki potest, Lydia, sola potes.

Il Lydia lui répond :

Hec sunl nulla guidera : niliil est quod, Pyrrhe, notasti

Lydia que poterit, Pyrrhe, videbis adhuc; \am scio posse ducem potius per inanîa duci,

Ipse licet videat, \i*a pulare niliil; Quod si meVeneris tecum deprendet in actu,

\ 1 1 1 1 - < ti h i ; sic vmI.i. sicque veto.

t (i A la requeste d'ell -I probablement uni: addition du prosateur. Cf ci-dessous la note 3.

>. V propos de ces chiffres, voir p. 18, note V

■ '< Ce récit c*t ridicule; une maîtresse de maison ne quitte pas ses hôtesau milieu du « disner » pour aller << s'abiller». Il est étrange aussi que Fleurie, en rentrant dans la salle qu'elle vient de quitter, salin' les convives comme si elle ne les avait pas encore vus. Mais celle salutation, qui est en vers (exacts si l'un change notable en noble), prouve que dans li poème la dame n'avait pas assisté au banquet offert par son mari. Il en est de même, dans la nouvelle de Boccace : « La quale (avendo ivi a pochi di Nicostrato dato un gran desinare, si come usava spesse volte di lue. a certi gentili uomini. ed essendo tria levate le tavole), vestita d'uno sciamito verde e ornata molto, euscita délia sua caméra, in quella sala venne dove costoro erano. » Dans le poème latin, il n'est pas fait mention d'un repas, mai* on peut supposer qu'il a eu lieu el vient de se terminer :

DumDecius ludit, dum tractât séria letus,

Dumque strepit variis motibus aida ducis, Dumque sonanl cythare, populus dum carminis odas,

Dumque melos mulcent consona iila lyre.

Egreditur thalamo, soicnini voste-superba.

son seigneur estoil el le niisl dessus son poing, puis elle commença a dire : « Esprevier, plus ne m'en ferez, vous le comperrez *. » Elle contre terre le gelta tellement qu'elle le tua2. Son mai\ principalmenl de ce s'esmerveilla et très forl se courrouça et lu\ voulul courir sus. Elle ce apparcevant, pour soj excuser el son mil iv aucunnemenl apaisier, dis! : « Messeigneurs qui ey estes assemblez, de ce que j'ay fait ne vous esmerveillez, et vous, Monseigneur, vous en appaisiez ; vous estes sages gens, prudens et discrez, a vostre jugemenl m'en soubzmetz. Se j'a\ l'aille folie sans cause, que j'en soye punie3, ou si non que j'en aye solucion etguerdon. Vecy pourquoy l'esprevieraj tué, non obstant que Monseigneur l'avoit uionll cber. Il esloit cause de m'oster tout ce que j'ayme el désire : test la compaignie de Monseigneur, a qui Dieu croisse joye et honneur: car au plus malin Monseigneur de nostre lit et d'emprès moy se levoit. au gibier s'en aloil et ou lit seule me laissoil, ou moult m'ennuyoit. El il me semble que quant plus n'avra d'esprevier, que plus longuement serons ensemble, que je désire sur toute rien, car il est mon soûlas et mon bien. G'esl la raison pourquoy ce ay fait. Si supplie a Monseigneur qu'il eu soit appaisié, el par vous, Messeigneurs. soit jugié, dit et sentencié se j'ay bien ou mal exploittié. \ vostre dit je m'en rapporte el deusseje mort souffrir, car je vous sçay et licngs. a mon cuider, sages el prudens

t. Fi-rr: : comperrez. I.a Lidia de Boccace tue L*oiseau sans dire un mot; celle île Mathieu, avant île le hier, expose, en m\ vers, ses griefs contre lui. Il ne faudrait pas eu conclure que le poète français a connu le poème latin. Les paroles de la dame, chez Mathieu, ne sont pas adressées à l'oiseau ; du reste on les retrouvera, quelques licriies plus loin, après la morl de l'épervier, dans le texte italien et dans le texte Iran ■ ,11-

2. «Al muro il perçusse e ucciselo " (Boccace); •■ accipitris collum «letorquet » (Mathieu).

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