‹ Nouvelles françaises inédites du quinzième siècleChapitre 13 sur 61 · Discrez : soubzmetz, folie : punie · texte numérisé non relu

Discrez : soubzmetz, folie : punie

pour en ordonner selon raison '. » Le seigneur, ce oyant et entendant, de son courroux s'en ala allègent el son esprevier oubliant. Et tous lez assistens jugèrent et sentencierent qu'a bonne et juste cause l'avoit fait, que bien exploittié avoit el que bon gré on luy en devoit savoir. De ce elle lez mercia et a eulx se recoinmanda. Ce fut le premier exploit qu'elle fisl.

Au second exploit -, messire (Juido avoit deux jeunes enfans. ses parens 3, qui le servoieiil, l'un de treneber. et l'autre de boire : pour elle venir a son entencion leur dist : « Mes enfans. Monseigneur m'a dit que je vous dye que quant vous le servirez, que ou visage point si fermemement ne le regardiez K car il semble que ses morceaulx luy comptiez, un» pou voz faces destournez et ailleurs hardyment regardez. » Eulx, cuidant qu'elle dist vérité, firent selon ce qu'elle ot devisé. Quant l'avisa, elle en fut joyeuse, puis elle dit a son seigneur une nuyt qu'ilz se devisoient ensemble. « Il vous convient pourvoyr au service que vous font nos .cousins Jehan et Guillaume5 ; car quant ilz vous servent, ilz n'ont pas belle contenance, fort faillenl en ce qu'il vous pourroit tourner a ennuy et grevance et mauvaise renommée, et a moy a desplaisance, car

i. « Voi dovete sapere che questo ucccllo tutto il tempo da dovere e^siT prestato dagli uomini al piacer délie donne lungamente m'ha !.. Mu . perciocchè, si eome l'aurora suole apparire, cosi Nicostrato se levato, e. salitu a cavallo, col suo sparviere in mano n'è andato aile pianure aperte a vederlo volare ; e io, quai voi mi vedele, sola e mal i intenta nel letto mi son rimasa. Per la quai cosa lio più voile avuta voglia di far cio che ora ho fatto, né allra cagionc m'ha di cio ritenula se iimi l'aspettar di farlo in presenzia d'uomini che giusti giudici sieno alla mia querela. si corne io credo che voi sarete. .' (Boccace).

.. Mathieu et Boccace donnent h- second et le troisième exploits dans l'ordre inverse.

v Ni Mathieu ni Boccace ne mentionnent cette parenté.

II. La raison que Lidia, chez Mathieu et chez Boccace, donne aux pages pour qu'ils détournent la tête en servant leur maître est qu'ils mit l'haleine fétide.

.".. Ni Mathieu ni Boccace n'ont donné de nom aux pages.

quant ilz vous servent, il/ vous deussent regarder, et

ilz ne le font mie. Je leur ay demandé la cause, il/ m'ont cl i I ([ne c'est pour vostre alaine qui leur est par pueur grevaine tellement qu'il/ ne vous peuenl adroit regarder, si y vueillez remédier1. » Le seigneur Tende main de leur service se prinl garde, apperçoit qu'elle luy avoil dil vérité au regard du regarder, si tint la chose pour vraye. Lors quant ilz en parlèrent a part, elle dit que bien y pourvoyeroit, mais qu'elle eusl veu en sa bouche. 11 la luy monstra, pourquoy elle lu\ dist : o bien voy l'inconvénient ; ce fait une mauvaise dent, mais bien y remedieray, s'il vous plaist. » Lors il l'en pria très affectueusement. Elle envoya quérir une mauvaise dent et l'instrument d'ung barbier peur arracher celle dent que promis avoit. Quant elle eusl l'instrument, dit a son seigneur moult doulccmcnt : o Monseigneur, bien la vous osteray sans grande douleur. » Il s'i acorda. si l'arracha, puis la mauvaise que Yolent apportée avoit - luy monstra3. Lors Guido

i. Alaine : grevaine, regarder : remédier. i. Avoit est omis dans le m*.

'.'>. Cette substitution d'une mauvaise dent à la bonne est indispensable pour entretenir la crédulité de la victime ; cependant Mathieu n'en parle pas. mais Boccace l'a introduite dans son récit. Par contre la coopération de Pyrrhus à l'extraction de la dent, qui corse très heureusement cette scène dans le poème latin, a disparu de la nouvelle italienne et de la nouvelle française. Chez Mathieu, Lydia feint de n'être pas assez forte pour arracher la dent, et l'on envoie chercher le « fidèle ami >> pour l'aider :

iVccitur Pyrrhus ; pandit que Lydia tractât Lnsca sihi. qua dux ducitur arte doli.

Succedunt thalamo quo luctans Lydia dentem Succutit et miserum vexât agitque virum. « Pyrrhe. quid est? Quid agis? En Lydia lassa lahorat;

Subveniamus ei ; fac cito >>. Lnsca movet. En, quantus dolor hune urgel. quantus labor illam !

Dux gémit et, forsan teste cruore, dolct. Venus insurgit multo conamine quassus :

Excutitur démuni dens et al) ore cadit.

Par suite de cette suppression, l'ami, dans la nouvelle de Boccace et dans la nouvelle française, comme du reste dans la plupart des antres

pour ce bien fait l'en mercia et la baisa doucement, puis elle envoya la dent a Raymonnet. Ainsy du second elle exploitta.

Du tiers après très joliement ouvra. L np; jour messire Guido se levoil et parloit d'amours ; joyeux a celle heure estoit. Et elle loutc eschevelee de lu\ s'aproucha, ses cheveulx si fort escouy qu'elle lez \ misl au travers du visage de luy, et tantost a sa main lez print et fort lez tint. Lez commença a tyrer pour la faire parler, mais elle le print par la barbe, si en tyra ung toupet, comme promis l'avoil. Si luy disl : « Dame foie, vous m'avez blecié. » Et elle luy respondy : « Vous vous moquez, mais vous moy, quant mes cheveulx si fort tyré m'avez. » Et par amourettes luy donna une petite bulle et tout tourna a gieu el a trufife '. Après ;i son amy ce touppct envoya, qui grant joyc en démena el l'en mercia.

\u quart elle si bien pensa que ainsy en exploitta. Elle contrefit la malade. Une foiz son seigneur \inl vers elle après disner el luy demanda comment elle se portoit et se grant mal sentoit. Elle disl que bien allégée se trou voit el que voulentiers yroil ung petit en leur verger esbatre. Elle luy requist que luy el -mi clerc Raymonnet luy menassent-. 11/ le fyrenl : elle se lisl mener dessoubz ung haull perier; quant lut la. disl: « Raymonnet. bien vouldroye avoir de ces 3 plus haulles poires, car elles sont lez plus meures el bien

versions de ce conte, témoigne d'une confiance assez mal justifi

croyant >an* preuve que la dent qu'on lui montre est bien celle qu'il a demandée.

i. Parloil : estoit... print: Oui-., buffe : truffe.

■ (i I.iIIm semblante d'essere inferma, ed essendo un ai appresso mangiare da Nicostrato visitata, non veggendo cou lui altri che Pirro. il pregô per allegiamento délia sua noia che aiutar In dovesscro ad andarc

infino nel giardino. » (Boccacc). Dans I'1 |"»'' latin, la chambrière

assiste à la scène du poirier.

:;. Ms. ses.

NOUVELLES FRANÇAISES l>l \\" SIÈCLE :><)

aerees cl 1rs plus belles. Raymonnet, je vous prie que y montiez, des plus meures cueillez et lez nous gettez. » Quant il fui au plus hault dit perier, il qui estoil de la dame conseillé, forgié et advisc, clisl : « Dieu! vous, Monseigneur, et vous. Madame ! et qu'esse que vous l'ailles ! bien vous voy et apperçoy. Jamais ne cuidasse que devanl mo) feissiez tel ouvrage ne tel oultrage. Vous l'ailles la hesle a deux dos. a Dist le chevalier: (i El que raisons nous? — L'ouvrage naturel », dit Raymonnet, n chascun de vous il l'ail bon devoir. Dieux ! Madame naguieres ne se pouoil aider ne soustenir, cl de présent esl si aperte I » Si disl la dame : > Monseigneur, jamais ne me crée/, se ce perier n'esl d'enchantement ou d'euvre de faerie. .J'en Miis en grant merencolie ; sej'estoye assez forte, g'y monteroye el verroye commenl il eu esl. — Certes », dist le chevalier,» mais que Raymonnet soil descendu, g'j monteray, si savray que ce peut estre, faerie ou enchanterie. » Raymonnet descendu, fîsl le cheval fondu, pour aidier a monter le chevalier '. qui aucunnement y creoit, comme heste qu'il estoit ; si misl tost RaymonikI la dame sur sou ventre, en faisan! le gieu d'amourettes. Quant le chevalier fut au plus hault et eusl cucillj quatre poires des plus belles, lez leur voulu! gelter el lez print a hucher et regarder et dist : » Et, qu'est ce la que nous l'aides? C'est très meschamment fait. Or sus. or sus. de par le deable, n'en failles plus ! mais que je so\c venu bas. je vous courrouceray. — — lié », ilist la dame. « Monseigneur, ostez vous de cesl erreur, car nous ne faisons que bien et honneur, et

Cel amusant détail, qui se reproduira lorsque le mari descendra de l'arbre, n'esl donné ai par Mathieu ni par Boccao Ce serait faire trop d'honneur an dérimeur que de lui en attribuer l'invention ; d'ailleurs les rini lu : fondu, à la montée, et probablement Raymonnet :

chevalet, à la descente, semblent appartenir au poème perdu.

3o CHAPITRE IV

vous regardons, ainsy m'aist sain [ Julien . > Il prinl tost a descendre, si ne sceusl si tost venir qu'il/, n'eussent fait loul leur plaisir '. Et trouva Raymonnet qui ja faisoit le chevalet pour le chevalier descendre-. Quant le chevalier fut descendu, dist que voirement ce perier csloil de faerie ou enchanterie. car quant hault estoit, véritablement luy semhloit nue la dame et Raymonnet faisoient le mestier joliet;f. Si fut le perier condampné d'estre couppé et ou feu bouté, a ce que plus on n'en parlast et (pic le fait ne se revelast l. Ainsy la dame en exploitta qui de Hay monnet son amy fait a ; qui depuis fyrent si très bonne chiere que amans s'entrepeuent5 faire, quant sont riches et discrez pour le fait celer cl par caulelle eulx assembler et ouvrer. Car quant tel mestier se fait a dangier, il semble meilleur exploittier ''.

Quatre contes, qu'on retrouve ailleurs, soit isolément, soit combinés avec d'autres, sont réunis clans celle nouvelle : celui de l'épervier lin', celui de la barbe arrachée, celui de la denl enlevée ", celui du poirier enchanté x. ('.'est probablement Mathieu de Vendôme qui le premier leur adonné un cadre commun, dans un poème intitulé Comedia Urfie'-'. On admet généralement (pie la IV nouvelle delà VIP journée du

i. Erreur : honneur, bien : Julien, venir : plaisir.

a. ^ "ii" page 29, note 1

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