‹ Nouvelles françaises inédites du quinzième siècleChapitre 27 sur 61 · DE P1EI1UE D'YORT ET SES COMPAIGNOBS, QUI FIRENT PEMTANCE · texte numérisé non relu

DE P1EI1UE D'YORT ET SES COMPAIGNOBS, QUI FIRENT PEMTANCE

Pierre d'Yort, Jeliaa Le Meur, Guillaume Genesme, Martin Le Doulx ci Gilberl Le Prefix, pour servir Dieu, laissèrent le momie et alerent demourer en la forest de Hardelot, ou chascun vesquy le mieulx qu'il peut, el le plus austerement et asprement qu'il leur estoil possible. Et enquirent combien il falloit de pain a ung homme pour sa sustentacion le jour: leur fut dil \u onces, car se moins en prenoit et Dieu n'y ouvroit, ce n'estoit pas assez. En cest estât vesquirent longuement. Ung jour se mistrent ' a raconter de ce qu'ilz savoient, pour regarder comment ilz pouroient vivre plus sobrement.

Pierre compta que deux henni tes, nommez \nthoine et Françoiz. chascun jour ne mengoienl que une pomme, la quelle a heure de nonne venoit chascun jour par dessus le courant d'ung fleuve qui passoit par devant leur hermitage. Ils esloient tous adonnez a Dieu et vivoient plus espcrituelment que mondainement. Et estoient très doulx et débonnaires, et jamais. de quelque tribulacion. mal ou adversité qu'ilz eussent, jamais ne se eourrouçoient, mais le portoient paciemment. en regraciant Dieu. Françoiz especialmcnt si doulx estoil que pas ne savoit comment courroucier

r Ms. mistrerent.

on se devoit. Une foiz François, qui estoit le plus jeune, demanda a Anthoine. son compaignon, quelle chose s'estoit courroux et comment courroucier on se pouoit ' . Vuthoine respondy que pechier fait de legier courroucier. car qui est pécheur il est ireux. Et aussy fait non sens ; et qui sage seroit jamais ne pechcroit ; et par ainsy pas ne se courroueeroit, car Dieu avec luy seroit, qui est toute liesse.

Et Jehan Le Meur raconta que Marie Magdelaine fut en un g désert plus de xx ans, et viande matérielle ne u-i lit aucunnement. Chascun jour estoit eslevee en l'air deux coûtées de hault -.

Vpiès Guillaume dit (pie Marie l'Egiptienne fut \\\ ans et plus en ung désert, (pie oneques ne menga (pie pour trois deniers de pain :i.

Puis Martin disl que Félix le reclus fut repeu seulement, l'espace de (rois ans. d'une hostie sacrée, qu'il prenoit en célébrant.

Gilbert, ce entendant, eu luy înesmcs se pourpensa que tant feroit que ainsy ou plus sobrement vivroit, pour greigneur mérite avoir et aucunne renommée mondaine, affin qu'on parlas! de sa sainteté ; qui est orgueil et vanité. Si délaissa chascun jour une once de pain, et au derraiu plus ne menga, dont il devint si foible que il dévia au v° jour : pourquoy son ame en voyc de dam pnacion estoit, se Nostre Seigneur Jhesucrist de grâce especiale ne l'cust secourue : mais Dieu

i. Dans les Verba Seniorum, un ermite, qui n'a jamais eu de contes tation, demande à sou compagnon comment on peut en avoir une (Migne, Patr. bit-, LWIII. col. 777 D).

2. Ce miracle appartient à Marie l'Egyptienne et non à Marie Madeleine : Vidit eam elevatam quasi cubitum unum a terra et in aerr pendentem orare (Vita Sanctœ Maria- /Egyptiacie meretricis, dans Migne, l'utr. lat.. LWIII. col. 679 A).

3. Elle acheta trois pains pour Irois deniers (hummos); elle mangea un demi-pain avant de franchir le Jourdain; le reste lui dura 17 ans; ensuite, pendant une trentaine d'années, elle se nourrit d'herbes (Ibid., col. 683 H, D. 08', l>).

ne veull pas ([uc le bien qui est fait ne soit rémunéré. si en lisl Dieu a sa voulenté.

Par cecj on doibt savoir qu'on doibl prendre abstinence par discrecion et bon conseil, cl se garder de vanité el orgueil ; car ce sont ceulx ' qui an lias mettent les grans abstineurs et ceulx qui cuident d'eulx mesmes estre bien faisans, sans en savoir a Dieu gré et sans en estre remercié. Car c'est celuy - qui tout bien fait, et par qui sommes souslenus, et nos nécessitez et affaires. Mais lez aultres si bien vesquirent qu'ilz en acquirent paradiz.

Tous les éléments de ce chapitre proviennent des anciennes légendes ascétiques ; la confusion de Marie Madeleine avec Marie l'Egyptienne laisse croire qu'ils ont été réunis de mémoire, peut-être par le compilateur même du recueil.

i. ceulx désigne la vanité et l'orgueil ■j. Dieu,

<;ii\i>ithe \\l

Page 1