Dedenz l'aceinte laboura
Ce Joui il soustenoit son cors,
Pour ce qu'aler ne vouloit fors.
Sa soustenance laschement
En rcten* et toul senglement,
Du sourplus qui Ii rcmanoil
\s povres Dieu s'en aquitoit.
Hourse n'eu faisoit ne murjoe.
.'i. Celte phrase appartient encore au coule en vers :
Tant qu'il parlèrent de la vie
V cel hermite et de ses faiz.
Mais ta suite .lu récit, jusqu'à la résurrection de la femme, eu diffère complètement, et n'en a gardé que le sujet. :■. Ms. parler.
g8 CHAPITRE XXIV
ment, et disoit tous ses vices sans avoir honte ne vergongne. Puis luy compta que son mestier estoit de s'abandonner a lous religieux et a prestres, et qu'il estoil eeluy que plus elle desiroit, el vouloit qu'il fut son amy et eust sa compaignie. El pource que Herleus parsesditz se senty très fort esmeu, pour éviter l'orreur du pechié, se bouta devant elle dedens un feu qui estoit en son hermitage. Quant elle vit ce, elle eust tant de fraieur qu'elle mourut d'angoisse. Et quant il apperceusl qu'elle estoil morte en pechié mortel, il en fut monll troublé: et pria \oslre Seigneur qu'i la vousist resusciter et avoir pitié et mercy d'elle. Et Nostre Seigneur lu\ rendit la vie. Quant elle fui resuscilee, pour la hideur qu'elle avoil veue, fui convertie du tout o bien faire: qu'elle délaissa du toul sa mauvaise vie. et vesqui en si grant repentance qu'elle en acquesta paradis.
Herleus, en parlant aux gens, disoit que '. qui a voulenté de bien faire, il y doit entendre de cuer et de pensée a eelu\ qui dit le bien. Car, qui entend le bien et ne le retient, il resemble celuy qui s'en vient mouranl île soif de la fontaine, Ainsy plusieurs sont qui painent a suivre pourcessions et vont aux pardons voulentiers. qui y font bien petit de leur proufil : car de l'une oreille le bien oyent et de l'autre hors le renvoyent, et s'abusenl en vain, car ilz perdent plus qu'ilz ne gaignent.
Ce récit est lire d'un conte des Vies des Pères en vers, publié par A. Relier, sous le litre De VArmite que la femme vouloit tempter (Zwei Fabliaux ans einer \euenburger Handschrift, Stuttgart, i84o,p. i'i-'^.i)"2-
Le remanieur a gardé le début du prologue du conte en vers, pour le placer à la suite de sa narration, et eu faire un
i- 1.1- lignes qui suivenl sonl la traduction fidèle des quatorze premiers vers du prologue du conte îles Vies des Pères.
■ Y ... Brûlure, de la liste de O. l'aria (Rom., Mil, p. aio).
discours de L'ermite. II a supprimé le rôle des amis do la fille de joie ; il a complètemenl changé et réduit à quelques lignes la scène de la tentation. Pour exposer en détail ces transformations, il m'aurait fallu plus de place que n'eu occupe la nouvelle rédaction, c'est pourquoi je l'ai publiée intégralement. 11 me suflil dès lors, pour permettre la comparaison des deux textes, de donner une analyse de la partie du conte original qui a été changée.
Suivant le conte en vers, dix jeunes lu un mes el une femme du (i chastel » buvaient dans un jardin. Ils eu vinrent à parler de l'ermite, et les hommes s'accordaient à reconnaître la sainteté de sa \ie, lorsque la femme se lit forte de leur prouver qu'il n'était qu'un hypocrite, et tint la gageure qu'elle passerait avec lui la prochaine nuit. Le soir, parée de ses plus piquants atours, s'étant approchée de l'ermitage, elle attira l'ermite dehors par ses gémissements, et lui conta que. surprise par la nuit, elle se mourait de frayeur. Le religieux la lit entrer et lui disposa une couche de foin (i son/ un appentis ». puis s'enferma dans sa cellule. Mais la femme recommença bientôt ses cris, feignant d'avoir peur îles revenants, et l'ermite l'accepta dans sa chambre. Là elle essaya de le séduire par ses discours et par ses caresses. Le saint homme, sentant qu'il allait succomber, mit sa main dans sa lanterne, et « le feu des doiz si le lia que celui dis reins oblia ». A. cette vue, la femme tomba morte, et l'ermite. croyant qu'elle s'était endormie, se remit à ses prières. Le lendemain, à la première heure, les jeunes gens qui avaient tenu le pari arrivèrent au reclusage, eu forcèrent la porte, et trouvant la femme sans vie. accusèrent de sa mort l'anachorète, ameutèrent les vilains, prévinrent la justice, el l'ermite fut condamné à mort. C'est alors que Dieu, pour donner un éclatant témoignage de l'innocence de son serviteur, ressuscita la morte.
Cette partie du récit, qui ne comporte pas moins de 3oo vers1, a paru trop longue au remanieur, que choquait aussi, probablement, la trop naïve et trop réaliste description des caresses provocantes de la courtisanne :
Et colle les piez li grata,
Des pies ses mains es genouz m Kl ;
Li preudons plus a plus esprit...
Kl c'est pourquoi il a substitué à cet artifice le stratagème plus banal de la feinte confession.