‹ Nouvelles françaises inédites du quinzième siècleChapitre 5 sur 61 · I. Loc. .-il., j,. ;;', ■J. /.or. ,-,'/., /,. S · texte numérisé non relu

I. Loc. .-il., j,. ;;', ■J. /.or. ,-,'/., /,. S

\l NOUVELLES FRANÇAISES Dl XV' SIECLE

originairement les unes au fils de saint Louis, dans les h Enseignements » du roi son père, les autres « a un noble jeune homme ». dans une lettre de son ancien maître, (i un povre homme de religion » du \n ' siècle, et les chapitres qui ont induit \l. 1 ossler en erreur sont des rema niements de ces deux écrits; mais précisément le compi lateur du w siècle a pris à tâche de leur damier une portée générale, en supprimant les particularités qu'ils devaient à leurs destinations primitives : et les expiassions auxquelles fait allusion M. I ossler prouvent simplement que le démarcage a été mal exécuté. Au surplus, le cha pitre \\\l\ est adressé formellement ù une jeune fille '.

En somme, il semble que le brave Sénonais ait eu pour initiale et principale inspiration le désir de faire œuvre douleur. Si telle a été réellement son ambition, il s'est fait île naïves illusions sur ses aptitudes. Ce pouvait être un fort honnête homme, sans aucun doute sincèrement pieux, ce n'était pus à coup sûr un écrivain.

Sun style est lourd et pt<d comme un texte de ckancel 1er ie ; jamais une image pour lui donner du relief, pus un mol piquant, très rarement de ces expressions populaires et pittoresques qui foisonnent dans certains textes du w siècle. L'insuffisance de ses moyens apparaît pleinement quand on compare urée leurs originaux les récits qu'il h traduits des \ ics des Pères. Ces roules, dans le le. rie du \nr siècle, se lisent eueore aujourd'hui livre plaisir, non seulement parée que la langue en est à la J'ois simple et expressive, mais parée que le poêle a donné du mouvement à sa narration, de la chair et du sang à ses personnages, qu'on entend parler, quon voit agir, don/ les

I L'hypolhise développée par )/. Vossler (p. 3i-36), que le présent recueil s •rail « un reste »u un extrait remanié » <lu livre perdu que le chevalier de La Tour Landry avait écrit pour l'éducation de ses fils, me parait fondée sur des raisons trop illusoires poui qu'il soit utile de la réfuter expressément : elle s'écroule d'ailleurs d'elle-même devant l'indication des sources immédiates qui sera donnée d'un grand nombre de chapitres.

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actions, les paroles sont celles de lu vie réelle. Les traits de mœurs contemporaines y abondent, lussi est-ce lu jorme et non le fonds qui en fait, pour !<• lecteur d'aujourd'hui, le principal attrait. Tel n'était pas sans doute le butque le poète visait, celuiqu'il a atteint en son temps : lu forme était pour lui un moyen, non une fin : mais un moyen qu'il jugeait justement nécessaire; et qui ne l'était pus moins au w siècle qu'au \iu'. !.<■ prosateur Sénonais ne semble pus même s'en être douté. Dans certaines de ses traductions, il a gardé quelques uns seulement des orne ments de style de son modèle : dans les autres il les a tous supprimés, et tels de ses récits ont retrouvé sous sa plume la sécheresse des textes latins correspondants des \ itae Patrum.

Les originaux d'une vingtaine de chapitres existent encore, et la comparaison des deux versions montre les procédés de composition du compilateur ; il traduit libre menl. mais assez exactement, les le. ries latins ; pour les contes en vers français , il ne se contente pus de les dérimer, il les abrège, supprime les ré/le. rions morales, les développements littéraires, quelquefois des détails qui le choquaient, fait des transpositions, remplace une exprès sion par un équivalent ou lui accole un mot redondant; enfin il s'applique à donnée des noms aux personnages, même lorsque l'auteur primitif assure expressément XXII que ces noms sont inconnus. Sun/' la suppression des rimes, il suit le même système pour les textes français en prose qu'il reproduit.

La plupart de ces modifications ne paraissent avoir d'autre raison d'être qu'une prétention de faire œuvre d'auteur et non de copiste ou de traducteur. Elles sont Ion/ours inutiles et généralement malheureuses. Chacun des contes des \ ics des Pères est précédé d'un prologue; le dérimeur en a le plus souvent conservé une partie, mais en l'introduisant dans le conte même, parfois dès la

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seconde ligne, sous lu forme </ un discours gauchement attribué au personnage principal. Dans les deux anciennes versions connues de In nouvelle /l . les preuves d'amour que In dame doit donner à son amant sont disposées logi g ue ment suivant les difficultés qu'elles présentent, dans In rédaction sénonaise, la première épreuve, plus facile pourtant que la seconde, est placée après celle ci.

Les modifications d'autre nature sont souvent plus malheureuses encore. Dans les miles que j'ai ajoutées au texte, j'en ai plus il' une fois relevé lu maladresse; ici je n'en citerai qu'une, qui est vraiment typique. Huns le conte \\lll. un ermite exhorte un bandit ù s'amender; il s'enhardit ù le faire en prenant argument de lu solennité du jour, qui est le vendredi saint :

I h jour >/'■ /'/ iTni* noree,

I ne /este beneùrce,

Que liirii par su mort nous conquisl.

Il lui dit :

Frère, tenir roux devez hui

De faire aus crestiens nnui,

Que Dieus a ccst jour d'ui mourut

Et par su mort nous secourut...

si devez le jour honorer

l'i vos péchiez plaindre et plourer,

s'/ com font icil qui Dieu croient.

Le dérimeur substitue au vendredi scdnt lu fête de l'Invention de lu Croix .7 mai . //ni devient ainsi l'anni versaire de lu mort du Christ : « Polifer bien vous devez tenir de mal faire plus que a ung aultre jour ; il est l'Invencion de lu Croix, mi Dieu mur/ soujfry pour nous racket 1er d'enfer ; et y devons plourer un: péchiez, comme lions et dévots crestiens. »

Lu préoccupation de donner des noms à tous les personnages, même à ceux dont le rôle est /nul à fait insignifiant, n quelque e/iose de puéril, sur/nul quand l'auteur néglige, rumine il lui arrive fréquemment , de désigner l'endroit oh

IN I nom CTION IX

se passe l'action. Si l'on coule une historiette à un enjant, et qu'on oublie de donner un nom ù l'acteur qu'on met en scène, on est aussitôt interrompu par la question : u Comment s'appelle I il? » : par contre, on peut omettre impunément tous les noms de lieux. C'est à quoi fait songer l'auteur qui néglige de dire en quel pays riraient les personnages dont il connaît si exactement les noms et ceux île leurs serviteurs. Oùpouvait bien régner le roi Claudin, de la première nouvelle, doid le chambellan était Enguer randdeCouci, et qui épousa Ismariede Voisines a fille de messire Jacques île l oisiues, clievalier natif île Sens, cl île Regnaul île In Chanteprime a '.' Mois où régnait le roi ilphons, dont te plus fidèle serviteur était Gadifer de In Salle, cl qui prit pour femme la fille ilu seigneur d'Egriselles-le-Bocage ? Le choix même îles noms ne décèle pas un grand effort d'imagination '. et parfois offense le simple hou sens: un ami du roi Salomon, .tenu de Chigi, doit son nom à an village du Sénonais-,

On peut induire arec certitude que lous les chapitres dont les originaux sont perdus oui clé rédigés suivant la même méthode que ceux dont ou suit les procédés de composition. Il est un délcdl cependant qu'on n'es/ pas autorisé à comprendre dans celle généralisation. Dans les originaux que j'ai pu connu/Ire, on bien les personnages ne portent pas île nom : le rcmauieur alors leur eu a ilonnc: ou ils oui des noms consacrés par l'histoire ou la tradition, comme ceux de Salomon, de Judith, de saint Paulin, cl le remanieur les u const rvés. Le cas ne se présente jamais de noms qu'aucune autorité ne protégeait cl qu'un rcmauieur n'était pas tenu de respecter ; mais il a pu se produire dans les originaux que je n'ai pas

ï. On pourrait croire ù une recherche <!■- couleur locale <l<ms /< nom de Lamorat clpnné nu Jils 'l'un comte de Provence (Xll), mais c'est nu nom emprunte", comme beaucoup d'autres, ù des romans <'. /'/ Table ronde.

2. // est probable que Pierres </' Iryes, un autre contemporain de Salomon, n été baptisé aux mêmes fonts.

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retrouvés: qu'a fait alors le remanieur '.' a-t-il gardé ces noms ou lésa t-il remplacés par d'autres? On verra dans lu discussion sur les sources de lu nouvelle l\ que celle question n'es! pas oiseuse: elle n'en devra pas moins rester sons réponse tant que des documents nouveaux ne permettront pus de In trancher avec certitude.

Ayant noté les défauts de l'écrivain, je commettrais une injustice en ne lui reconnaissant pus un mérite assez rare : jamais, même dans ses plus facétieux récits, il ne recherche les situations scabreuses; Hérite toute peinture indécente, et, ii pur/ une ou deux expressions de la nouvelle l\ . un peu libres, on ne relèverait pus dans tout son livre un propos capable de blesser les oreilles les plus susceptibles. Retenue d'autant plus digne d'éloge qu'elle était moins habituelle aux couleurs. On peut encore inscrire à son actif le goût dont il a fait preuve en supprimant certains ilélnils trop réalistes de ses originaux, comme aussi sa réserve à propos de quelques miracles dont les consé quences l)lessuienl son sentiment de Injustice.

Si le style et lu langue <lu compilateur son/ complètement dépourvus d'intérêt, si par conséquent le fonds seul île ses compositions peu/ retenir l'attention, ceux île ses chapitres {/nul les originaux son! connus ne valent pas qu'on les public : je n'en imprimerai que ce qui sera nécessaire pour établir leur identification et préciser les relations de lu copie au modèle. \u coulruire. les coules ilonl les

sources immédiates soûl inconnues fournissent une contri buiion très appréciable à certains chapitres de I histoire littéraire, cl je les donnerai in-extenso. Ils sont l'unique raison d'être de ce volume.

Ernest LANGLOIS.

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