‹ Nouvelles genevoisesChapitre 15 sur 33 · LE COL D'AMER NE · texte numérisé non relu

LE COL D'AMER NE

Le guide, toujours actif et prévoyant, avait fabriqué auprès du l'eu une sorte d'étendage, où il suspendait et retournait nos vOtoments; ceux de la jeune mi'^s s'étaient séchés sur sa personne, et déjà remise sur son séant, elle assurait pouvoir partir. Par le trou que nous ai ions fait à la toiture, et que Félisaz avait agrandi pour fournir à l'entrelieii de notre t'en , un rayon de soleil, (]ui se lit jour en cet instant, acheva de nous rendre la sécurité. « Signe de froid, dit le guide, la neige portera. C'est égal; mes souliers ne seront pas de trop sur les pierres! » Il désignait ainsi une sorte de semelles en bois qu'il venait de tailler avec son couteau, pour l'usage de la jeune miss, dont la cliaussure délicate, et déjà fort endommagée, n'était en état de résister ni à l'humidité des neiges, ni, plus bas, aux aspérités du sentier. Pendant que nous achevions nos pié()aiatifs de départ, il se mit "a les lui ajuster lui-même, et hientôt nous quittâmes le chalet après avoir éteint le feu avec de la neige.

La soirée était belle, mais quel attrayant éclat lui donnaient a nos yeux les heures qui venaient de s'écouler! Combien la douce splendeur du soir était en accord avec cette sérénité qui succédait dans nos âmes à tant de sinistres agitations! Nous marchions ensemble , heureux de ne plus craindre, et néanmoins unis encore par le récent souvenir d'un danger commun et d'un commun dévouement. La jeune miss s'appuyait sur mon bras; son père l'avait voulu lor^que par discrétion elle s'y refusait : dans ses idées, c'était un égard qui m'était dii; dans les miennes, c'était un procédé auquel j'attachais autant de prix que j'y trouvais de secret plaisir. Au bout de trois quarts d'heure, nous fiimes hors des neiges. » M. intenant, s'écria milord avec transport, j'été heureuse, bien beaucoup heureuse! et je rende grâces à Dieu!... » Puis s'adressant à moi : « Vos été mon ami, monsieur! Je n'avc pas d'auter chose que je pouvé dire à vos!... Vos, la guide, demandez à moi, et vos obtenez lute de mon gratitude et de mon affection. Vos été iune excellente , iune digne homme. J'avé mal judgé vos, hier, et j'en avé iune grande remords!... Fi u niez la pipe, mon ami, pour oblidger moi ! — Qu'à cela ne tienne ! répondit Félisaz. « Et aussitôt il se mit à l'œuvre.

Le reste de la descente fut facile; nous arrivâmes à Sixt a\aul la nuit. Là, l'Anglais et la jeune miss retrouvèrent leur valise, et purent enlin changer de vêtements. Ils exigèrent (jue je soupasse avec eux, écoutant en ceci le mouvement de leur cœur, bien plus que rexlrême fatigue (pu devait leur faire un si grand besoin de repos. Sur la lin du souper, le guide fut appelé, milord porta un toast en son honneur, et tout en lui glissant dans la main quelques pièces d'or, il sut lui témoigner (ju'il est des services qui s'acquittent moins avec de l'argent qu'avec l'estime et une affectueuse leconnaissance.

Le lendemain, nous nous séparâmes. La journée me parut longue,

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LL COL D'ÂiNïliRINIi.

la route ingrate. Que diiai-je de plus? Celle jeune miss, je l'avais por- U'-c dans mes bras; pondant quelques instants sa vie, ses grâces, sa beauté, avaient été Tobjel de ma sollicitude vive et tendre . en fallait-il (lavantai;e pour que bien des jours encore, je trouvasse ingrats tous les lieux où elle n'était pas.

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