KLISA KT WIDMl-H
coniniL' il elait, il ua pas pu me parler tout de suite, il me faisait signe d'alteiulre : « Va chercher du feu, a-l-il repris, et brûle-les là, devant nu)i. » .l'ai fait comme il disait. — l'.t vous, n'avez-vous point su ce qu'élfii(MU ces lettres? — J'ai présumé que c'étaient celles qu'il écrivait à son amie, dans sa jeunesse, car sur l'une d'elles il y avait pour adresse : A madetnoiselle Élisa Meyer.
— Mc\er! Ktes-vous sûre de ce nom? — Oui, je sais il'ailleuis que c'était le nom de Idle de celte dame. — Etait-elle de ce pavs? — Non, pas
née ici; mais elle y était venue avec sa mère I.'avez-vous connue, sa
mère?... — Non, elle était morte lorsque je suis entrée au service de mon maîtie; mais c'est bien son nom, je l'ai vu sur son linge dont monsieur avait hérité : il est aussi sur ce livre
— Ma tante! m'écriai-je. » C'était la bible à tranche routre. Et aussitôt toutes les émotions que je venais d'éprouver se liant tout à coup aux souvenirs de mon enfance, je demeurai quelques instants sous l'empire de la surprise, du trouble, et de je ne sais quelle douceur que je trouvais 'a entrer en quelque part dans les récits que je venais d'entendre. Rien que j'éprouve de la répugnance cà mrler mon insignifiante histoire à celle d'êtres si dignes d'intérêt, il faut pourtant que j'en dise ici quelques mots, pour expliquer celte Ignorance où je me trouvais de faits qui tiennent 'a ma propre famille.
.l'avais déjà perdu ma mère à l'époque où j'allai-^ chez ma tante, et c'était sans doute pour suppléer aux douceurs matornelles dont j'étais privé chez moi que cette excellente femme m'attirait auprès d'elle, malgré ses chagrins, et supportait avec tant de patience la pétulance de mon jeune âge. Elle m'av it quelquefois parlé d'une (ille ii elle; mais ne l'ayant jamais vue, ce vague souvenir était presque entièrement sorti de ma mémoire.
Après la mort de ma tante, j'entrai bientôt dans l'adolescence. Livré aux jeux et aux compagnons de mon âge , j'avais d'autant moins d'occasions de cultiver des rebitiuns de famille, que mon père, au milieu du dérangement (lèses affaires et de quelques dérèglements de conduite, les avait luimême rompues, et ne mettait aucun intérêt a mêles faire entretenir. Insensil'Iement j'étais devenu tout à fait étranger 'a ma propre famille, lorsque, après une jeunesse orageuse, l'événement qui a décidé du reste de ma vie contribua encore plus que tout le reste à me l'aire perdre la Il ace «les j arenis qui pouvaient me rester alors.
I. amour est toujours pour beaucoup ilans notre destinée : il s'empare du (d'ur au commencement de la vie; il l'embrase, le domine et s'en joue, comme le vent d'une feuille légère. Le jeune homme livre ses beaux jours à ce maître perlide, il se donne à ce guide aveugle, il entre 'a sa suite dans des sentiers dont les abords, toujours aimables et fleuris, masquent
KLISA ET WIDMER. J'il
(les issues bien diverses. Même pour les plus heureux, les Heurs vont se fanant, le i:iel perd son éclatant azur ; la route; en se prolongeant, tievieiii difficile; mais jus(|u'au dernier terme ils ont eu des fruits à cueillir et à savourer; à l'ivresse passagère ont succédé des biens moins brillants, mais plus durables. Pour les autres!... que de déceptions, que d'amers mécomptes, que de longs soupirs leur apprêtent ces courts moments d'enivrants transports! Combien s'avancent, par ce sentier fleuri, vers les bords ingrats, vers la grève désolée, vers l'affreux abîme ! Combien, sans môme avoir goûté quebiues instants d'une félicité pure, ne sortent du trouble de la passion ou des angoisses de la jalousie (jue pour n'atteindre plus qu'à un calme sans douceur! Malheureux! l'âme flétrie, le cœur épuisé, dépouillés, avant le temps, des illusions qui eussent été longtemps encore leur partage et leur joie
C'est 'a ces deiniers que j'appartiens. Comme une coupe remplie d'un généreux breuvage, mon cccur s'est versé tout entier dans un premier amour; il n'y est resté qu'une lie amère Ainsi, vieilli avant l'âge, étranger aux affections qui pour d'autres embellissent l'existence, aux soins et aux devoirs qui pour d'autres ont de l'attrait et du prix, je végète sur cette terre, peu jaloux d'y demeurer, sans envie d'en sortir; car ici-l as, ni làhaut, je ne puis la rejoindre. Plus à plaindre peut-être que cet homme sur lequel je [)leurais il y a peu d'instants encore, si je coule des jours moins sombres, je n'ai pas comme lui l'espoir qui allège les douleurs... mon exil est sans terme. Ainsi je cherche la solitude, ainsi je vais aux lieux délaissés, j'entre au cimetière, j'erre parmi les tombes, parce qu"a ces funèbres plaisirs je trouve eneore quelque saveur; ma tristesse s'y nourrit, mes regrets s'y tempèrent, mes souvenirs s'y abreuvent, sans compter cette sombre joie (]ue goiitent les âmes désolées à contempler les ravages de la mort et les plaies de l'humanité.
Dans une jeunesse livrée sans frein à ses impétueux penchants, j"avais connu le vice, mais non pas l'amour ; mon cœur était neuf encore, lorsque ni'apparut celle qui devait lui faire connaître le délire de la plus ardente passion. J'aimai , j'adorai; je connus l'ivresse des serments, le
doux leurre des promesses, la véhémence des transports Mais que
vais-je faire ! Raviver ma plaie, remuer ce trait qui y demeure, la faire
saigner encore Non; qu'il me suffise de dire que j'avais pris soin, par
mes désordres, de me fermer les voies à une honnête union ; je n'avais ni le rang, ni la richesse, avec lesquels la morale et les préjugés composent; ses parents l'éloignérent de moi. Elle voulut lutter, garder sa foi;., mais trop faible ou trop peu éprise, elle h trahit et fut pour un autre. J'en reçus l'annonce de sa main même, et des le lendemain je quittais les lieux funestes où mon amante m'était ravie.
Il y a deux ans que la mort l'a frappée. Je suis revenu ; mais étranger