‹ Nouvelles genevoises (volume 2)Chapitre 24 sur 28 · LE LAC 1)1-: (.ERS · texte numérisé non relu

LE LAC 1)1-: (.ERS

houettes sur le transparent feuillage des mélèzes inférieurs , en sorte que je ne reconnus pas d'abord parmi elles mon syndic et sa chopine. Il s'y trouvait pourtant, et à ses côtés le curé qu'amenait aussi la renommée de mon aventure. La visite de cet ecclésiastique ranima mes espérances , et je m'apprêtai à faire tourner au prolit de ma délivrance tout ce que je pourrais trouver en lui de vertus chrétiennes.

Ce curé était fort âgé , infirme 5 il montait lentement. « Ohé! dit-il en m'apercevant; ces scélérats vous ont vilainement emmaillotté, monsieur? Je vous salue. »

Le ton franc et l'air ouvert de ce bon vieillard me ravirent de joie. « Vilainement, en vérité, répondis-je; excusez-moi si, par leur faute, je ne puis ni m'incliner, ni vous tiier mon chapeau, monsieur le curé. Puis-je vous entretenir quelques instants en particulier?

— Le plus pressé, ce me semble, c'est de vous délier, reprit-il. Vous m'entretiendrez après plus commodément. Allons, Antoine, dit-il au syndic, 'a l'u'uvre ! Et coupez-moi ces cordes, ce sera plus tôt fait. »

Je me confondis en expressions de reconnaissance , et certes elles parlaient du cœur. Antoine, ayant tiré son couteau, se disposait à couper mes liens, lorsque le naturel, qui convoitait la corde, et qui était jaloux de la posséder dans son intégrité, écarta le couteau et alla droit au nœud, qu'il parvint a défaire au bout de quelques instants. A peine libre, je serrai la main du curé, el ^^ dans le premier mouvement de ma joie, je le baisai sur les deux joues. Mais aussitôt une vive douleur se lit sentir dans tous mes membres, et, incapable de mouvoir mes jambes engourdies, je fus contraint de m'asseoir sur la place morne. Alors, Antoine s'approcha avec la chopine, pendant que le curé envoyait un de ses paroissiens chercher sa mule pour la mettre a mon service. Ces ordres donnés: « Je suis prêta vous écouter, » me dit-il. Et tout le village, femmes, marmots, pâtres, syndic et marguillier, lirent cercle autour de nous. Le soleil venait de se coucher.

Je contai mon histoire dans toute sa vérité. Les circonstances atroces qui avaient accompagné la mort de Jean-Jean pénétrèrent d'effroi ces bonnes gens, et lorsque j'eus répété le blasphème qui avait provoqué le rire des contrebandiers: Jean- Jean, fais ta prière! tous, curé et paroissiens, se signèrent d'un commun mouvement, au milieu d'un respectueux silence. Emu à cette vue, et vivement pressé de m'associera ce naïf essor d'un sentiment si naturel, je portai instinctivement la main à mon

chapeau, et je me découvris Les paroissiens parurent surpris, le

curé demeura grave et immobile, et moi... je me trouvai déconcerté. « Continuez , continuez , me dit le bon vieillard. » J'achevai l'histoire, sans oublier la prudence excessive du naturel, ni le louable désintéressement du svndic.

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