‹ Nouvelles genevoises (volume 2)Chapitre 28 sur 28 · LA PECK · texte numérisé non relu

LA PECK

restait de sang-lVoid , je rebroussai doucement, el je me uiis k siftler d'uu

air dégagé. Quand un homme qui a peur en est à siffler, l'uu peut compter qu'il est extraordinairement bas.

Je n'eus pas plutôt rebroussé, que le rapprochement se fit de la loue et du monstre aux vertèbres. Je l'entendis galoper, je sentis son haleine

et le crus sur mon dos. Je voulus tenir ferme et ralentir ma marche, comme pour lui imposer; mais cet effort étant au-dessus de mes forces, je hâtai le pas, je courus, je volai jusqu'au pied d'un mur qui me barrait le chemin. Lk je me retournai haletant,

Un mur, c'est quelque chose en pareil cas. D'abord , c'est un mur : chose blanche, compacte, sans mystère; chose qui change en réalité palpable l'espace indéfini, peuplé d'apparences, domaine des fantômes; ensuite, je pouvais m'appuyer contre, et de là voir venir; c'est ce que je 6s.

En me retournant, je n'avais vu que l'ombre et le vide ; mais la bête n'en vivait pas moins dans mon imagination , et je la supposais prête à fondre sur moi , de tous les points dont la nuit ou les objets me voilaient la vue. Cest ce qui fut cause que mes terreurs commençaient déjli à se porter sur le revers du mur auquel j'étais adossé, lorsqu'à un bruit, que je crus être parti de ce côté , elles s'y concentrèrent toutes.

C'était un bruit semblable à celui que font entendre les chouettes;

nul doute que ce ne fût la bête Je la sentais, je la voyais grimper

de l'autre côté du mur , en insérant les os de ses doigts entre les jointures des pierres ; en sorte que , les regards enchaînés au sommet

lie la mur.iille . je m'attendais de seroiido en seconde h voir sa lête

s'avancor lentement mobile et cave.

LA PKLK. 3i7

ol les deux orbites fixer sur moi leur reuard im-

Cetfe situation devenant intolérable, l'angoisse me poussa à sa rencontre. J'aimais mieux encore l'aller trouver que de l'attendre (asciné et palpitant. Je m'aidai donc des rameaux de quelques pêchers adossés h la muraille, et je grimpai ainsi jusqu'au sommet, que j'enfourcliai.

Point de bête! Quoique je m'y attendisse parfaitement, j'eus tout le plaisir de la surprise. Les peureux prêtent l'oreille à deux voix qui se contredisent, celle de la peur et celle du sens commun, en sorte qu'écoutant tantôt l'une, tantôt l'autre, ou toutes les deux en même temps, ils sont sujets aux plus étranges inconséquences.

Au lieu de la bête, je voyais une plaine entourée de murailles, plus loin des arbres, et, au delà, la ville, dominée par la grosse tour de Saint- Pierre.

La vue de la ville me fit plaisir; mais il n'y avait pas une lumière aux maisons , et la tour de Saint-Pierre ne me représentait lien de bien rassurant, lorsque le carillon de l'horloge se lit entendre...

Toutes mes terreurs s'envolèrent subitement. Ce son si connu me transporta comme en plein jour, et l'idée que d'autres écoulaient avec moi me fit perdre tout à fait le sentiment de mon isolement. Je redevins calme, brave, hardi,... mais pour fort peu de temps. I.e carillon se tut,

l'horloge sonna (\c\\\ heures, et toule la nature, qui m'avait semblé écoii-

ter le carillon avec moi, me parut de nouveau reporter toute son attention sur moi, perché la-Iiaut sur ma muraille. Je me faisais petit, je m'effaçais, je me couchais tout de mon long sur cette crête étroite : impossible d'échapper aux regards. Les choux, les choux eux-mêmes, plantés en longues liles, me semblaient des têtes alignées, des bouches ricanantes , des milliers d'yeux fixés sur ma personne. Je préférai donc redescendre, et, à cause de la grande roue, je descendis sur le revers opposé de la muraille.

J'avais fait quelques pas avec assez de bonheur, lorsque je vins à me heurter contre un objet que mes yeux n'avaient pu distinguer de la noirceur de l'ombre. Au choc subit , je poussai un cri, croyant que ce fût la bête elle-même ; mais lorsque revenu de cette première impression j'eus touché les bolustres noirs, une sueur froide parcourut tout mon corps. J'étais dans le cimetière.

A relie soudaine idée, mille visions effrayantes s'élevèrent devant

moi, jaillissant comme du sein d'une lueur bleuâtre qui leur prêtait une pâleur sépulcrale. C'étaient des spectres vermoulus, des crânes, des os, une femme noire, d'affreux fossoyeurs... Mais la plus horrible de toutes, celle qui finit par éclipser les autres, c'était celle de mon grand-père à moitié caché sous la terre. Ses traits défigurés présentaient des os creusés, des orbites vides; sa bouche, dépouillée de dents, semblait plaindre sourdement, et, de ses bras décharnés, il écartait avec effort une poussière immonde.

Hors de moi, je marchais rapidement, comme pour m'éloigner de ces pensées, en même temps que des balustres noirs. Mais à mesure que je marchais, le spectre sortait de sa fosse; il tournait ses orbites sur la plaine, il m'avait reconnu; déjà il allongeait sur ma trace son pas sourd et mystérieux, et, comme si à chaque seconde il eût été sur le point de m'atleindre, mon cœur battait avec violence. Tout à coup mon chapeau tombe, et je sens sa main froide et dure s'appesantir sur ma tête... « Grand-père I Oh ! non , grand-père! » m'écriai-je en fuyant de toute la vitesse que me permettait le délire de la plus affreuse terreur.

C'étaient les branches inférieures d'un saule, contre lesquelles ma tête était venue se heurter.

Au mouvement de ma fuite, au bruit de mes pas, surgissaient mille autres spectres, et j'en sentais déjà une année à ma poursuile, lorsque ayant franchi enfin le portail, je continuai de courir jusqu'aux portes de la ville. « Oui vive! » cria la sentinelle.

A cette voix d'homme, adieu fantômes, spectres, monstres, couleuvres.

LA PELR.

«Ami! » répondis-jo, d'iin af-rent presque passioniK'. Cno liPiire après j'étais rend II a ma l'amille.

Cette crise me fit grand bien, .l'oubliai mes amours, et je retrouvai mon chapeau.

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