COMMENT LA CHASTELLERIE D'ANGRFVOFS
Entra en la branche des Chauvin
Par le mariage de messire de Saiitlré avec Henrieile d'Enirague^i.
» ©ncniifs n'iuioit este îi'amoiir fcrii le jcimc ïiamoiaciiu. iùx il iiuiiu <\\\c la Inirtic lui binirflcpnmiit a ^cinc, iiu'il ueit ilciiricitc tu la auir Mi cbaolfaii et pri:it iiuniit ^ilaiflir a la C(.ii8iî.crcr, pente iiu'ellc estoit \m\v lor» et Vauenante tîfliire; et Ijuiupit \w ainsi) faire le mal K'anunir, ne jiouDant a anltre c\)C6t sinifler îmrant le jmir et ICB tieilles ï-e la nuict. imitestnio ne Bçanoit eumme lui Kire , estant neuf uni prouva ï.'amour. «t aisé et sans juiour qu'il eatoit parmi le» «arçon», par Keoant la Kemoiflclle estoit gauche et mal aoisé. ©r est-il une, toujours plus espris, ae Konna
coiiratjr, et un jour, s'cstant posté en la cljainbrt ïie son aïeul où et qu'elle ïcbuoit Bcnir, lut opprtstoit, avsc un boucquct, un tant magni)tquc témoiflnaiflc it la ^ummc îiont il arîioit pour ete braulr peur. Ct tant qu'elle ne nint pas, estoit mtrteilleur à lut en ïiire, en lut présentant graciculsement son boucquet. .^tns oijant i^enriette entrer, le jeta ristemcnt ïessoubs la table et ienint muet, gauclje et plus mol apprins qu'un tmrlet prins en faulte. i^eiiriette ie son costé l'apant peu, et le boucquet épars, rouflit mcrceilleuseinent; en telle façon qu'ils estoient la en face, ronfles comme ïieur papots lies cljamps, et sans plus îiire. Ct p feussent encore sans l'aïeul, lequel entre : « <Ûue faictes-pous céans? » elc, etc.
Je lus et relus mille fois celle page. J'étais transporté de joie ; car , comparant clans mon esprit les naïfs incidents de cette liistoire avec ce que i'avnis lu sur le visage de ma juive, j'avais tout lieu de croire que ma timidité et ma gaucherie ne lui avaient pas déplu, 'comme j'avais pu inférer de son entrelien avec mon on- '^7=r^~i/ cle, que ma préoccupation et aussi ma Cgure à la fenêtre ne lui avaient pas échappé. Ainsi nous nous étions compris; ainsi j'étais mille fois plus avancé que je ne croyais l'être, et je pouvais désormais me livrer au penchant de mon cœur sans être arrêté par la difficulté du premier pas, ou par la crainte de lui être étranger. Je commençai par prendre une exacte copie de ces lignes chéries; puis, ayant sur le cœur le chagrin que j'avais fait à mon oncle, je profitai de son absence pour reporter le livre, que j'ajustai parmi d'autres, de manière h ce qu'il pût croire qu'il l'avait lui-même égaré.
Je revins chez moi, où je m'enfermai pour être plus seul avec mes pensées, qui, ce jour-là, me furent une douce compagnie. Je repassais sans cesse dans n)on esprit les mêmes choses, pour leur trouver. de nou\elles faces; jusqu'à ce qu'enfin, fatigué , je laissai le pas fait, pour m'occuper des pas à faire : car unir mon sort au sien était désormais Tunique but de ma vie.
J'avais dix-huit ans. J'étais étudiant, sans état, sans ressource autre (jue les bontés de mon oncle. Mais ces difficultés m'arrêtaient peu, et je
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les aplanissais au moyen de mille ressources que je puisais dans ce courage que donne la vivacité d'un premier amour. L'ambition , le dévouement , de vagues désirs de gloire , ennoblissant mon cœur, m'élevaient jusqu'à ma chère juive; alors je recevais sa main, en lui offrant un sort digne d'elle. Ou bien, songeant combien j'étais encore loin de ces brillantes choses, je formais le vœu qu'elle se trouvât être pauvre, obscure, délaissée, telle enfin qu'elle eût a gagner en s'alliant avec moi ; et les dédains du portier me revenant en mémoire, devenaient alors mon unique espérance.
C'était dimanche. Les cloches appelaient les fidèles au temple, et leur son monotone ramenait du calme dans mon âme. Elles se turent, et le silence des rues encouragea ma pensée , qui s'était portée au delà des obstacles. Bientôt l'harmonie des chants sacrés, le son grave des orgues se mêlant doucement 'a ma rêverie, j'en vins insensiblement a me figurer moi-même au milieu des fidèles, jouissant d'un tranquille bonheur auprès de ma compagne, tous les deux lisant au même psaume, ses belles paupières baissées sur le livre, son haleine se mêlant a la mienne, et une douce félicité devenue notre partage sur cette terre et notre commune attente dans l'autre.
Mais une juive au sermon! Non, cette idée ne me vint pas. Un cœur épris ne convie à ses rêves que ses désirs et son imagination , société douce et facile que rien ne gêne dans ses ébats. Hélas ! je suis revenu depuis sur la terre, j'ai cheminé en compagnie de la réalité, sous la férule du jugement et de la raison ; ils ne m'ont pas donné, tous ensemble , ces rigides précepteurs , un moment qui se puisse comparer aux célestes émotions d'alors. Pourquoi faut-il que ces moments soient si courts et qu'ils ne se retrouvent plus !
J'ignorais le nom , la demeure de celle qui s'était ainsi emparée de mon existence. J'attendis avec une croissante impatience l'œuvre du lundi. Elle ne parut pas. Le mardi, le mercredi, se passèrent de même. J'appris que, depuis deux jours, le malade auquel elle avait donné ses soins était mort. Le vendredi, im[)atient, j'étais monté chez mon oncle ; un inconnu frappe à la porte, et lui remet un paquet.
« Ouvre cela, Jules, o me dit-il.
J'ouvris. C'était le livre de maroquin. Sur la couverture intérieure, on lisait ces mots :
Si je nifiirx , je prie que l'on rende ce livre n M. Tom . île qui je le tiens.
HA
Et plus bas
Que si il. Tom veut me faire plaisir, il le donnera à son neveu, en souvenir de celle qu'il a re«ue dans la bibliothèque.
« Si elle meurt! m'écriai-je. Elle, mourir!
— Pauvre enfant! dit mon oncle Tom ; que peut-il lui être arrivé?
— Oiî demeure-t-elle , mon oncle?
— Nous irons ensemble chercher de ses nouvelles. »
Et un instant après nous étions dans la rue. Il pleuvait. Nous marchions presque seuls. Au détour d'une rue, nous vîmes quelque monde. Mon oncle ralentit le pas... « Qu'est-ce? dis-je. N'allons-nous pas... — Mon pauvre Jules, c'est trop tard ! » C'était le convoi : depuis deux jours la petite vérole l'avait emportée !
Dès le lendemain , je recommençai à flâner : flânerie d'amertumes et de vide, insipides loisirs, dégoût du monde, des hommes , de la vie elle-même, sans le charme de quelques souvenirs. J'avais pour toute compagnie, pour tout ami, le petit livre ; et quand j'avais relu la ligne qui m'était destinée, le regret serrait mon cœur , jusqu"a ce que les larmes coulassent de mes yeux et vinssent me soulager.
Mon autre ami fut mon oncle Tom. Je lui dis tout; et quand je lui contai mon stratagème, je ne trouvai dans son cœur ([u'indulgence et bonté. Ému de ma tristesse, il y entrait en part, sans la comprendre toute. Et quand le soir il me voyait sombre, il approchait doucement sa chaise de la mienne, et nous demeurions en silence, unis tous deux dans une même pensée. Puis, par intervalles : « Lue fille si sage! disait-il dans sa simplicité naïvr... une fille si belle... une fille si
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jeune! » Et je voyais, à la lueur du foyer, une larme poindre dans sa vieille paupière.
Enfin le temps aussi vint à mon aide. Il me rendit le calme et d'autres plaisirs, jamais de semblables : j'avais enterré là ma jeunesse.
IX BIBLÏOTHEQUI-:
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