‹ Nouvelles genevoises (volume 4)Chapitre 20 sur 20 · IL US FAUT PAS JOUER · texte numérisé non relu

IL US FAUT PAS JOUER

Jny. n était représenté en négligé , sans cravate , œ qui lui bnnait un aùr sentimentstl et Colin fort plaisant, Léoi^i^e 8qi&pira en regardant ce poftrait, qui^ du reste, était, fort jo{i ; lôiais elle rougit aâreusjçaie|it en décçuvrant à c^té 4&.lui» sur )a table une lettre... une lettre de M. de Lusigpy. Moiji Dieu 1 mon Dieu I qu'elle aurait youlu lire cette lettre 1 Ah t que soa* vent il est pénible d*étre une femme bien élevée 1 Une bomxB éducation e^t un trésor qiii , comme tous les trésors y est un grand sujet â embarras pour celui, qui le possède. Que de Mb les gens bien élevés sont tentés de s*écrier, comme le Bourqeois gefUUhommey mais dans un sentiment tout ^pq^oeé ; Mon père , ma mère , que je vous veux nie mal , npn pwr m'avoir laissé ignorer les beUes choses y mais au contraire ^^(tttr me les avoir trop Men apprises, pour m'avoir enseigné à om priver toi^yours 46 ce. qui me plairait tantl

Iféontine, en Usant cette lettrf i pouvait à l'instant sa^dl* iou\ ce qui hntéressait, et repartir aussitôt sans voir madÉmo j^e Lîisigny, sana se compromettre aux yeuH de persoteè. Eh bien I elle ne voulut pas lire cette lettre, et elle eut le ood^ rage dp rester là, seule» pendant une heure, oisive et carieuM, inquiète et ignorante... ignorante à côté du secreti

On en^ndit a)ler et venir dans la maison ; une petite ehîtflme qui jouait dans le jardin, s'élança vers la porta eôehère til m» voix dit vivement :

— Lisette, Lisette^ allez-vous-en ^ petite^ VOus vof^ bien que j'ai une belle robe et que je ne veux pas de vood*

Léontine reconnut la voix de madame de Lusip;n]r^ bieà que très-modulée par la circonstance » car pour parler à 0ôn chien^ la fenune la plus véhémente sait choisir les plus doux Accents. Ce peu de mots entendus par hasard , expliquaieht tout; une mère affligée , dont le fils aurait- éprouvé un f;rand malheor^ n'aurait pas tant de soin de sa parure, ni tant dé coquetterie pour s(Hi chien. Léentii^ sentit aussitôt Tédifice élevé par son imagination s'écrouler. Madame de Lusigny entra dans ie «bIob} et riefi qu'à sa vup « Léontine «emprit tout le ridicule cto h situation que sa folle inquiétade lui avait fsitev Iftdaorii lii

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▲YEe LÀ DOBLEUll*

Lusigny l*avaiifa magniâquement parée 4 ateâ poD^uaeiimnt vélite qu'on p^t i'ètre dès le matin. Elle ayait un superbe diapeau de paiUe de rix orné de plumes blaoiches ; une charmante robe de gros de Naples gris perle, faite à la d^ère mode, sur laquelle était négli^msneat Jeté im ridie mantelet de dentelle d'Angleterre. Puis elle avait des . bracelets û'ot^ des épingles d'or, des chaînes d'or; elle était èblouisaante ,* en vérité, il n'y avait pas moyen de s'alarmer pour rheureux fils d'une mère si galamment atti£^.

— Youàid , madame...) ma chèret s'écria inadame de LusîgBjrèn apercevant Léontine. Quelle aimable idée! Yow venez de chez votre oncle?

Léontine n'osa répondre. Madione de Lalsigny oentintià :

•^ Que je suis donc fédiëe de vous avoir fait attendre 1 J'ai éa malheur ; je ne sors janiàis erdinair^ment ; malt| aujourd'hui nous avions id une firaiide âofonnité. Telle que vous me V^)ye2, je viena d'une noce \ je suis ailée voir comment on ddt ie comporter le joilir oà Vùa snHe s6n fite ; j'ai Voulu prendre une leçon.

Madame de Lusigny sourit gradefâeftnent en disant cela , et LéôAtiÂe rougit. Cependant icëtte aUusion lui rendit un peu de courage :

— le suis bien dAnl»de> madame, ditHslle, de vous trouver si joyeuse; je craignais qu'il ne vous fût arrivé quelque;., malheur.

^ A moii... grâce au ciel > il ne m'eit rieb arrivé de fâcheux. Qui vous a £att croire eda?

— Monsieur votre fils...

-^ Mon filsl... Mais il a dû avirtr Thomteàr de vo6s voir hier, je pense?

— Je né VU pas vu depuis huit joiÉ« ; lui-iàème m'a écrit que la raison qui t'empèdiait dé venir était fort triste, et qu'il ne pouvait ttiè la dire; . .

A ces mots madame de Lusighy partit d'un graiid. édii de rire^ et Léonthie resta stupéfaite.

-- Ah t ift 1 ah t le ti^ «bt parfaH, disait lÉadame de Léng^ M rlÉÉt tûhj^u» yim Mt, }b ié raeoimaài bien là«.î

SM IL HS PÀUT PAS JOUSR

Elle se repentît d'avoir laissé échapper cette

— Mon fils n'a pas le sens commun, reprit^lle ; 4aél enSntillagel... Mais il faut lui pardonner ses torts en laveur da motif qui les lui a fait commettre ; c'est parce qu'il vous aim» trop, qu'il vous aime à la folie, que... , par faiblesse, il n'a pas voulu risquer de vous déplaire un seul jour.

— Je ne vous comprends pas, madame, dit Léontine avec une ertrème froideur; cette gaieté lui était insupportable. Veuillez m'ezpUquer pourquoi M. de Lusigny me laisse depuis huit jours m'inqoiéter sur ses infortunes prétendues?

— Parce qu'il préfère cent fds que vous le croyiez malheureux plutôt que de vous paraître ridicule.

— C'est très-charitable, et je le remercie.

— Ne vous fâchez pas; il était bien contrarié, bien désolé, je vous jure ; avoir l'espérance d'une soirée si charmante pas* sée près de vous, et se voir tout à coup forcé de renoncer à ce bonheur par le plus ennuyeux, le plus impatientant et le moins romanesque de tous les obstacles ; c'était affreux ! il y avait de quoi en perdre la tète.

— Mais enfin, ce motif?.. •

— 11 était absurde. Mais mon fils vous l'apprendra lai-mème demain...

— Non, madame, je tiens à savoir cela aujourd'hui. Je vous prie, dites-le moi, que lui était-il arrivé?

— Une chose horrible et burlesque qui ne le rendait pas du tout intéressant et qui le rendait affreux.

— Mais enfin?

— Non, je n'ose, c'est trop ridicule...

-—Eh bien! je rirai.

— Sachez donc que le matin même du jour où il se réjouissait tant de vous voir, il s'était réveillé avec une abominable fluxion sur la joue, une fluxion désastreuse qui l'empêchait de parler, qui le défigurait, qui le métamorphosait en ange bouffi, qui lui faisait de petits yeux froncés à la chinoise et une petite bouche pincée à la Watteau, qui le changeait tellement enfin qo» moi, sa mère, je ne pouvais le reconnaîtra ni le plaindr^^

▲VSG LA DOULSUE. 9ii

et que malgré ees fureurs et ses doléances, chaque fois qu'il me regardait, je lui riais au nez comme une folle. Vous ne sauriez imaginer... Mais qu'est-ce que je fais? s'écna madame de Lusigny en s'interrompant tout à coup. Gomme il va m'en vouloir de l'avoir trahi I

— Rassurez-vous , madame, reprit Léontine, je suis trop heureuse d'apprendre la vérité pour que vous puissiez vous reprocher de me l'avoir dite ; d'ailleurs n'oubliez pas que je suis moi-même venue la chercher.

Léontine s'efforça de sourire eh prononçant ces mots d'adieux ; mais le tremblement de sa voix trahissait son agitation. Elle se leva , et faisant à madame de Lusigny un salut qu'elle tâcha de rendre gracieux, elle se dirigea vers la porte pour sortir.

— Vous me quittez déjà ! dit madame de Lusigny, un peu embarrassée de la froideur de Léontine; vous êtes fâchée; vous m'accusez...

— Vous? non madame , je suis persuadée que vous n'êtes pour rien dans l'inquiétude dont on s'amuse à me tourmenter.

— Ah \ vous êtes cruelle, je le vois , vous allez vous venger de mon fils...

— Non pas , vraiment; toute vengeance est une duperie, et je ne me vengerai pas.

Madame de Lusigny se méprenant sur le sens de ses paroles prit affectueusement la main de Léontine en disant :

— Croyez-moi, ma chère enfant, ce premier mouvement de colère passé, vous pardonnerez à mon fils de vous avoir causé de la peine, et vous l'en aimerez davantage ; vous savez tout ce qu'il est pour vous ; qu'importe la nature de l'épreuve, si elle nous révèle à nous-même toute la profondeur de nos sen* timents ; mon fils me l'a dit bien souvent : les femmes s'attachent par la douleur, et peut-être ne vous a-t-il ainsi tourmentée un peu trop, j'en conviens, que pour vous éprouver.

Après plusieurs phrases de politesse mutuelle, Léontine reprit le chemin de Paris, et madame de Lusigny rentra dans le salon, en se promettant d'aller le lendemain raconter à son

SIS IL HB PAITT PAS 90)B1E

fils ta visite qite lui avmt faite madame de Vli^màn irt Ib |if^ venir de se mettre en garde contre lé juste ressentiffls&t dS cette jeune femme dent il avait si Memèht agité le bdSbr ibi Tesprit.

Léontine était révoltée; tout ce qu'elle avait ëptdûvê kSt^ guère en inquiétude, elle l'éprouvait alors en ilidigtiaiieé :

— Quoi ! se disait-elle, c'est pour uiie causé 9^ miSétîlMd que moi, depuis huit jours, je souff^ toutes <kÀ tèrtilrèS i c'ëit pour cette cause burlesque, pour cette Co(|uetteHé filléMlî^, pour cette vanité niaise que moi j*ai connu lès âng<^S^ de l'amour trahie les horreurs de la jalôtisié, que j'ai rêvé ëfifHiusèment pour lui Vos mille craintes de là ininè, leS nliltë terreurs de la mort 1... Moi qiii ai dévt)i'é dé ai noblëé cbÉlgHbs ; moi qui ai versé de si saintes larmes, j'ai pu me laisser entftt* ner à souffrir, à pleurer pbur.;. Hbnl.:. C'est iaibi qtii ai t>ieuré pour ri^ ! Bt petkUmt huit thoriels joUfd il a jdtd de mes toUN ments stupides, et il n'a pas eu pour moi un seul instant dé pitié l Et cette cruauté chez lui est uii éyâtème dé tendresse, une théorie de passion^ une recettb èëbtimentale! À totià lëS cris, à toutes leS larmes, il répbâd plir <:ëttë màiimé t Les femmes s'attachent par la douleur I Les femmes du liibiidé peut-étrei celles dent le eœiir eniJ^mfdi, blasé, ne Se i^velile sous les coups 1 mais moi 1 ntine, en ce seul instant, comprit tout ce <tii'il jr avait d'égoïsme et de sécheresse dii» <ck tlif&neihènt dé coquèl^rié. Un homme qui l'avait ainiâ littéé atii plus éffbeùsës su^t)0^itions pour éviter de paraître un éetil Jour ft soti désavanuigèi; un homme qui aimait mieux èe faire pasSeir pour mourant qiio de paraître uik seul jonr ridicule b(i moinS SédiliSant, ëtaii lin homme jugé, car celui qui Sacrifie tSbt àti b^oiii de plâtre ne sait pas ahner, et c'était deviner Juste qiië de |)ressëhtir i()û'it n'y avait pour Une f^mme sidcèrëttlën); pàssioiitiée que débëption et chagrin dans l'avetlir d'Uii Si jpativre àiùoùi*.

ijéontine revint à Paris sédS le jpoids de ces tHstes imi^r^ siens ) chaque pas qd'elie (SiSSilj bhàqué ^ërsbiiiié ^'élië rëgnéail, lui rappelaient lé bht de son voyagé et la àémarèhe

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l^*e!le. toiidt de fiake; et rbbj^t dé c^të dlkâHftè ; et f^lOS sa conduite était e&tr^i*dinAir9, et plttâ la èatiéë ini^iiiiùë 4ttt ramt £Bdt ag^ lui sbmblàil i&iitéHble et dSseiicliântânté.

Âh! comme son cœur se trouvait subitement guéri j côtflâie bsëductetir était bien Idôré â$|^UiUé de éon t^fëjtigé, cdtfame aile troilyaH ses {«tit«s edfflbiiiàlsolil meèqttîiies, ffbid&s, et, ce qui était plus grave encore^ pas du tout spirituelieé.

Bn descendit la rue de Lbhdi'^, La^nttilë ^ di'M :

-^ Là, tout à l'heure encore) je miitiblàii poui: M \ je le croyais en daàger. . * mottraiit. : . Qiiè j'Stiis IlÉRIé !

Bllè arriva (Mz elle, et, saiiâ t)àHèr à t^èHbnôë, elle courut 8*enrermer dans son appàrtétoent. telle s'à^Mt â la j^lacë etii'elië eocùpait la iéllle^ et elle se dit eti(Àre :

— C'est là qu'bier j'ai tant pleuré, en pensant qu'il me irâ« hisBait ; c'est là qde pm la ptéfliifeit T6\i jb M irai seïilie jalouse I Ah l nrévoqudns jabàiâ ce èôiitènir.

à l'ai^ect de ces lieux, de bès objeti ^ tSitibiiiâ dé sbn inutile douleÙTi elle eut encore titte cl'iâe d'ibd!|nétitfii; Et litiis, ëlb prit ime résolutibn calmer et tout fut dit.

Au boQt d'une hetir^ , elle îdhhà Û l&aitm de cbàifiBre* Cette bonne fiUe^ ordinaîrenient vive, ëinprbèâëe; arriérai lefitement et d'un air triste | ëUé avait les ^i HJbgëS, em pleurait.

— Qu'avei^voas f dit Lédbtlnê ttVèc bb'âtS ; i-t-bb i'ëçrl Ituèlcpte mautuke nOttvêlleT

— A jprésent^ Je vois bieh qii'on ne |^ul plus riëii bàËhèt fi Madame;..

^ jQu'est-il dotic arrivé?

-- Depuis trois j<$ttrs; M. liëBIgtdii Mlbiëil ixiii:.i

<*-Mector! s'écria Léoiitinè.

— n a une fièvre cérébrale ; il ne veut |>às qù'îâii lé fca^è; le médedn dit qu'il tt'y a t>iiis d'ë^oir .

Avaiit que ces dei*tiiers mots fassent âbbevéé^ Lêoi^tMë était déjà ao^t^s dô sa béllë-àoéUi*.

Va^buue Albart almsdi tendi^éiâent ébn frârê; lldéà % le perM hii briiMt la tmi*

su IL NS FAUT PAS JOUIR

— Mon pauvre Hector I disaii-elle, que deviendrd-Je lui? Si jeune ! à vingt-deux ans I mourir! C'est affreux!

— • Mais de quoi meurt-il donc? s'écria Léontine qui venait d'entrer.

Madame Albert releva la tète à cette voix ; puis, comme une personne qui n'a plus de ménagements à garder, elle répondit :

— Il meurt de chagrin ; ne le savez-vous pas?

— Hector 1... malheureux !... Et pourquoi?

— - Que vous importe? Vous aimez un autre, et...

— J'aime un autre I interrompit Léontine les yeux brillants de colère. Ne croyez pas cela, je n'aime personne!

— Oh I venez donc le lui dire 1 venez le sauver ! U vous aime tant!

Et madame Albert entraîna Léontine dans l'appartement d'Hector. Le pauvre malade était loin de s'attendre à une si douce visite; on lui avait dit, pour le rassurer, que madame Charles de Virement était absente, car souvent il s'écriait :

— Je ne veux pas qu'elle me voie mourir!

Son découragement était profond, et sans la fièvre qui l'exaltait, on aurait pu le croire insensible. Sa pâleur était extrême, ses traits contractés étaient méconnaissables.

Léontine, à sa vue, sent son âme bouleversée , elle s'arrête et s^appuie sur le marbre d'une console, elle a peine à se soutenir. Ikladame Albert s'approche de son frère, elle lui parle avec vivacité; à ses paroles, Hector se ranime, il lève les yeux sur Léontine, et ce seul regard, un regard de joie dans ce visage mort, lui dit tout, et lui fait en un instant comprendre cet amour sublime qui jusqu'alors avait su se rendre incompréhensible à force d'abnégation, ou plutôt par sa grandeur même, par son excès.

Ah ! comprendre un tel amour, c'est presque le parteger. Léontine s'éveille d'un songe; tout le passé lui apparaît soudainement illuminé par ce mot magique : U m'aimait! Ses souvenirs l'éclairent; mille choses, naguère confuses, tout à coup s'expliquent délicieusement : subites froideurs, préton-

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diu caprioeft, tristesses cachées, jalousies contramtes, modestie touchante, sacrifices voilés, dévouements méconnus, tout se révèle I Chacun de ses nobles sentiments déguisés par une fausse délicatesse vient de retrouver son beau nom. Léontine les reconnaît avec transport, et dans son enthousiasme elle sent son cœur se perdre en une émotion indicible; assemblage des émotions les plus contraires, mélange de joie et de douleur, de remords et de tendresse, d'admiration et de pitié.

— Hector, dit-elle en fondant en larmes, pourquoi n'avez- ▼ous pas eu confiance en moi ?

Hector ne répondit pas. Il n'osait croire à tant de bonheur.

— Mais depuis quand donc m*aimez-vous ainsi?

— Depuis que je vous connais; vous étiez mon premier et mon seul amour.

— Il m'aime d^uis quatre ans, s'écria Léontine, et il ne m'a jamais rien dit 1 . . .

— Parce que je n'espérais rien.

— Et pourquoi ne pas espérer?

— Je ne le devais pas, je ne le voulais pas.

— Hector, c'est bien mal d'avoir douté de moi.

— Non, reprit-il avec amour et en essayant de sourire ; je ne suis pas l'homme que je rêve pour vous. Je ne vous pardonnerais pas de m'aimer.

^ — Il faudra bien que vous me pardonniez !

Madame Albert inquiète et pourtant joyeuse pleurait.

— Vous êtes une mauvaise sœur, dit Léontine avec une affectueuse brusquerie, vous avez été cruellement discrète ; c'était à vous de me dire : Hector vous aime, épousez-le ; mais Je vous connais, vous êtes si fière, vous n'avez pensé qu'à ma fortune, et vous avez eu peur, n'est-ce pas, qu'on ne vous accusât de vouloir faire faire à un de vos parents ce qu'on appelle une excellente affaire, et c'est par délicatesse que vous le laissiez mourir; allez, vous êtes de méchants orgueilleux qui m'avez crue une femme sans cœur.

— Ma chère Léontine, ne me grondez pas, dit madame

S«8 IL ME FÀt^T FÀB^JOTJSR ÀYSG LA DOULEUR.

des hommes en Taméliorant, et qui au contraire aigrissent I0 cœur des femmes en le désenchantant, et cela doit être : l'honneur des hommes est dans le courage de leurs actions; rhonneur des fenunes est dans Tunité de leurs sentiments. Celui qui n'a pas souffert y que sait-il ?-— Rien, sans doute ; mais celle qui a trop soufTert sait trop!... Elle sait qu'on peut subir mille tourments sans mourir ; elle sait qu*on peut supporter une douleur insupportable, elle sait qu'on peut voir périr ceux qu'on aime... et vivre! Voir partir ce qu'on regrette... et rester I Elle sait que ses yeux en pleurs qui aujourd'hui cherchent l'ombre demain chercheront ia lumière, que sa voix aujourd'hui étouffée par les sanglots, demain éclatera de rire; et que son front voilé de deuil demain se couvrira de fleurs. Ah! cette science fatale du désespoir est plus profonde et plus puissante que la science corrompue de Tégoïsme et de la

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