IL NE FAUT PAS JOUEE
rôles. Les femmes à la mode avaient perdu dans la mêlée leurs deux chevaliers. Les jeunes dandys, qui avaient trèa- Lien déjeuné, sacrifiant les amours élégants et factices, s'étaient laissé complaisamment séduire par des sentiments vrais ; la jeune miss avait accaparé le plus beau ; la femme riche s'était emparée du plus bête. Tous les quatre ils marchaient en tête du cortège en revenant à Paris; on les entendait rire aux éclats; la jeune miss venait de s'apercevoir qu'elle avait perdu sa montre dans la forêt; mais elle s'était écriée aussitôt :
— Ça m'est bien égall
Et l'on trouvait le mot charmant. La femme vertueuse paraissait ennuyée et choquée; elle pressait le pas en tenant son fils par la main ; le vieil élégant, le plaisant et son compère tenaient après elle, riant avec mystère et se faisant part de leurs observations. M. de Virement donnait le bras à la vieille femme sensible; il comptait sur elle pour cheminer lentement, de manière à ne point troubler sa digestion. Madame Albert, qui était de fort mauvaise humeur, donnait le bras à son frère. Quant à Léontine, elle avait poiur compagnon M. de ***. Mais n'anticipons pas sur les événements!..
Voici le calcul fait par M. de Lusigny : il s'était dit : les premiers moments d'une partie de campagne sont assez agréables pour une femme malheureuse qui veut se distraire ; le grand air la ranime, l'aspect des champs, des eaux, des arbres, réjouit ses yeux ; tant que les plaisirs sont calmes , elle les comprend et s'en amuse ; mais vers le milieu du jour, quand tout le monde est bien en train , quand la joie est bruyante , quand elle menace d'être folâtre , quand les éclats de rire éveillent les échos , quand les cris perçants épouvantent les oreilles, quand les savantes plaisanteries commencent , quand l'heure du calembour a sonné , soudain la femm<) mélancolique est saisie d'une indicible tristesse, d'une tristesse amère, poignante, funèbre, conmie jamais elle n'en a ressenti aux plus affreux jours de ses chagrins. C'est alors qu'une voix affectueuse doit l'émouvoir, et c'est quand madame de Virement
éprouvera ces impressions pénibles, pensait M. de Lusigny, que je me trouverai par hasard près d'elle pour l'en distraire doucement. Il ne voulait faire son apparition dans la fête qu'après le repas joyeux , et presque vers la fin du jour; mais il ne devait pas agir seul dans cette grave circonstance : pour être plus certain du succès, il avait choisi un puissant auxiliaire ; il avait appelé sa mère à son secours.* Vous le savez , c'est un très-grand moyen de séduction qu'une mère aimable, spirituelle, distinguée , à laquelle vous ressemblez trait pour trait, qui vous a élevé, qui fait valoir toutes vos qualités , qui les explique même en les rappelant , en les possédant. M. de Lusigny connaissait trop bien tous les moyens de plaire pour avoir négligé celui-ci ; souvent il avait utilisé sa mère avec bonheur; mais c'était à Tinsu d'elle-même et sans la rendre jamais complice de ses projets ; cette fois , comme il s'agissait de mariage, il la mettait franchement dans sa confidence, et il se fiait à son instinct maternel. Madame de Lusigny habitait depuis quelque temps Saint-Germain, et le voisinage l'avait liée naturellement avec l'oncle de Léontine^. Elle se trouvait chez lui au moment où les convives parisiens arrivèrent. Léontine la reconnut aussitôt à sa ressemblance avec son fils : c'était le même sourire, le même regard, la même voix. Madame Charles de Virement étonnée , interrogea des yeux son oncle , qui aussitôt la conduisit vers madame de Lusigny en disant :
— Venez, ma nièce, que je vous présente à l'aimable voisine qui veut bien m'aider à faire les honneurs de la maison.
Madame de Lusigny voulut dire quelques mots gracieux , mais elle était si émue qu'elle ne put prononcer une parole; elle regarda Léontine, et ses yeux se 'remplirent de larmes. Oh ! que cette émotion d'une mère était éloquente 1 n'était-ce pas là le plus touchant des aveux ! Quel séducteur saurait trouver jamais un langage plus entraînant que cette émotion, que ce trouble impossible à feindre, cette tendresse involontaire, cette curiosité affectueuse, cet empressement mêlé de crainte , cette admiration mêlée de respect d'une mère pas-
ill IL Hë iTÀirT vki ïbtJER
6i6hn$6 dont le regard ; eu s'âttàciiâtit ôur vous, ëéiâblé âfr4 : Voilà là fëinfaië ()m est aimée âe mon fild!
Léontitié coriiiirrt dôi cô fliomëlit que l'amour de M. de Lufeîgfty était BëBèiix, et qu'elle iié devait J[>las s'en offetisér. Elle se laissa eûtraiiièf au plaisir d'entendre parler de cet homme lîicotnpréhfettsllDle; elle écouta de bonne grâce tout ce qîie sa niôre se ^Int à 'racbiitbr de lui. C'était des inôtè trèsspirituels qu'il avait dits dans son enMce, des coups de tête enrayants qu'il avait faits dans son adotescendé, des aventures inbuTes qu*il avait eues ëh ttalîe et en Espagne, des succès Incroyables qu'il avait obtenus en tous pays ; et puis , dés traits dé générosité , de courage , des actions superbes et des faiblesses adorables, toutes choses qui n'avaient pas le sens commun, mais qui étaient racontées avec esprit, avçc émotion surtout, et qui paraissaient charmantes. Madame de Lusigny et Léontîne passèrent ainsi la journée dans le jardin à causer tranquillement... non pas, mais agréablement, pendant que les autres convives s'amusaient à grands cris dans la forêt. Ce rongèniretien, dans la solitude, avait fait d'elles deux anciennes amies; et, vers la fin du jour, lorsque b. de Lusigny, que l'on n'attendait plus, arriva tout à coup de Paris et fut présenté à Léontinè , elle l'accueillit sans défiance : il n'était plus pour elle iin étranger; elle le connaissait par sa mère, elle l'aûnait.
vîi
If. de Lusigny donnait donc le bras à Léontinè, lorsqu'on mit en route pour rejoindre le débarcadère. C'était un heureux hasard qui le faisait ainsi se trouver seul auprès d'elle, dans la campagne, à cette heure poétique de la nuit. M. de Lusigny employa tout ce qu'il avait d'esprit et de sensibilité à paraître aînîable pendant ces courts moments. Il évita avec une gprande adresse, disons mieux, avec une intelligente charité, ce qui
AVEC tk t)ÔttEtiR. 3i0
aurait pu blesser lëâ sdûvëiiirs de Léoiilinë; cér adi pfërsonties qui ont éprouvé d*affreux chagrins , il faut parler de louteô dioBesatecprécaution ; tin thot affecttiéut lèui'feiitsotiveiit plus de nal qu'une parole injuste et cruelle , U plus vague espérance les fâche ; la plus innocehte prière le$ effarouche ; leur cœur, tout brûlant encdrë de ramoUr pe^dù , accueille avec une froideur oialveiUâiite les soins présomptueux d'un nouvel amour.
M. de Lusigny n'affecta ni coquetterie ni tendresse , mais il 8ttt dii'd tout te qu'il fallait ^our plaire et pour fait*e cohiprendre qu'il méritait d'être aimé. Léohtiîiè était triste; les agitations decette journée l'avaient visiblement fatiguée; M. de Lusighy lui persuada qu'elle était souffhunte et lui demanda la permission d'aller sàVoir de ses nouvelles le lendemain. Et le lendemain, quand il vint chez elle, il se montra si heureux d'y être enfin reçu ; il rappela d'une mailiëre si gracieuse tout le mat qu'il s'était donné pour eh arriver là ; il parut si reconnaissant, qu'on lui permît dé chercher encore un prétexte pour revenir le surlendemain! Et bientôt, sans prétexté , il eut le droit de venir tous les jours.
Mais une femme â la mode est rarement seule chez elle, et madame Charles de Yiremoht, toujours très-élégamment éhtenrée , était aussi très-prudemment gardée. Le matih èlîe recevait vingt visites , le soir son beau-frère venait dormir ad coin dé son feu, sa belle-sœur venait aussi faire de la musique avec elle et lui tenir compagnie; Bector ne la quittait jamais que pour s'occuper d'elle ; il était depuis un mois en Normandie, occupé à terminer une affaire qu'elle l'avait chargé de régler avec un de ses fermiers; llectibr n'était pas là, mais on ^attendait d'un jour à l'autre, et M. de Lusigny voulait profiter de cette absence si favorable à ses projets. Un matin qu'il se trouvait chez Léontine avec plusieurs personnes , il saisit le moment où chacun était occupé à regarder un tableau nouvellement apporté, pour dire tout bas à madame de Virement qu'il désirait la consulter sur lin sujet Important, et qull la suppliait de vouloir bien lui accorder un mdiheiit d^éntretièn.
^ IL NE iiM vis jo'uIr
ibnnG a éti feïfô ôhose en tcriarit âmê sa rfiaift ce flacon, è1S riBgafdaritôô câméô, en joùaiit avecco poîgîlâfdi, et cette douce' pstoh qUê ceâ objets retracent tés rén3 souvent très-précfeUx.
Qifàrid tout diiis iè sâloft fut bien en or^re, c*éét-à-(fire dans le désotété coiivènù, Léontne prît son ouvrage, uit chef-d'œuvre einf Idpîsserîè, niais elle se gàfda bien d*y travailler.
Elle avait pQut de se tromper 5 tous moments eh comptant les fîts du èanevas; elle se défiait de ses yeux, ëîie le contentât d'âdmîréff ce qù'etfè avait fait là veillé, et de ptè^ iJàrer qûelcïiïes àîgùflfees de Sbfe pour le fèhdemaîri. l^uîs, éllS commença â fe^fder l'heiife qu'il était... neuf heures f... C'était lô riioment fatal, elle fréînit. Elle ouvrît (a porte dugranct salon pour écouter si per-Sonnè ne venait ; mais elle n'ehtêtidît rien que le rire loinlaîri des gens de la maison, qui jouaient j(ux cartes dans raiitîcbàmbfé. Elle se promena de long en fargedsTnâ le grand sàïori où il n'y avait pas de feu, elle avait besoin de respirer un àir pîiisî fraiîs, elle étouffait ^ mais, aprèâ une courte promenade, elle se sentît gelée, et elle revint vite s'asseoir auprès du feu. Èilé regarda quelque temps la flamme ê'agîtèr, et sa péné'éè se perdit en mille rêves. Quand elle lèvS tes yeux, îl êtâtt riëu^ heures et detriîè, elle s'impatienta.
— Qii'îl viendra tard, dît-eltô, & peîiie feèrons-nous seuls tin Instànè, it ne {jçîurrà rîèii aie dire.
Elle Se leva inquiété, ètj se persuadant que cette horloge avançait, elle retoiiriia dans le grand salon pour voir si là dix moiiis là pendule marquerait une heure pjiis favorable... ihàî^ là il était dix heures... Bile revint encore bieii vite dâiis son charmant réduîl, dont l'iiorlogè gothique marquait décidéiiieril l'heure qii'ëllé préférait. Elle attendait, noii plus avec plaisir, mais avec angoisses ; la lièvre de l'attèiite était arrivée â §bii redoùbléîhent. Léôtitiné eh étmi déjà à l'hofrimë phàié d<^ conjecturés.... Elle né disait déjà plus :
— Il viendra tard!
èilê disait:
-^ Pourquoi ne vient-il pas?
AY£G LA DOULKUR. 391
M. de Lusigny, c'était faire un coup d'État ; mais eiie pensait que l'avenir expliquerait sa conduite. En effet, cet entretien devait décider de son sort. Elle ne se demandait pas ce que M. de Lusigny pouvait avoir à lui confier; elle devinait seulement que cette confidence était un prétexte pour dire : « Nos intérêts sont «communs; désormais je ne veux plus agir sans vos avis. » Et elle s'avouait que c'était tout promettre que de consentir à l'écouter. Mais plus cet entretien avait d'importance et plus elle en voyait arriver l'heure avec émotion. Elle éprouvait cette fièvre de l'attente dont l'agitation est si difficile à contraindre. Une femme peut cacher qu'elle souffre, qu'elle s'ennuie, qu'elle aime... mais elle ne peut cacher qu'elle attend. Elle ne peut empêcher ses regards de se jeter sur la pendule à tous moments ; elle ne peut empêcher sa tête de se lever au moindre bruit; elle ne peut s'empêcher de pâlir et de ffdugir chaque fois que la porte s'ouvre ; et puis quand l'heure est passée, quand ses regards éteints se découragent, quand son front incliné se voile d*ennui, il est encore un effort pour elle impossible : c'est de cacher qu'elle n'attend plus.
Léontine employa la première heure de l'attente à faire ce que nous appellerons le ménage du salon ; à ranger les livres, les keepsaks, les albums, ornements de la grande table ; i visiter ses élégdiniQS jardinières^ à relever les fleurs penchées, à mettre en lumière les plus belles ; à faire remplacer la riche corbeille qui fermait la cheminée par un bon feu, ce qui était une sanglante épigramme contre la saison ; mais les affreux beaux jours que nous avons eus cet été ne méritaient pas plus d'égards: à placer en évidence les nouveautés de la veille; à poser avec intention sur une étagère favorite, sorte de guéridon à tablettes, quelques hochets à la mode, des flacons anglais, une cassolette Louis XY, un talisman arabe, voire même un joli petit poignard d'un travail merveilleux. Ces ustensiles de fantaisie sont d'une grande utilité dans les conversations tmbarrassantes ; ils amènent d'heureuses transitions, d'inlénieuses comparaisons jusqu'au jour où ils deviennent lux-mémes d'agréables souvenirs. On se rappelle que telle per-
tu It NE FAUT PAS JOUER
le homard est très-malsain dans ce temps-ci ; Je n'en ai pas mangé, moi...
— Mais, dit Léontine , Hector n'en a pas mangé non plus , je crois.
— Si fait, si fait, il a voulu en goûter; il me Ta avoué luimême, et c'est pour cela qu'il s'est trouvé mal.
-A l'Opéra?
— Oui, dans le vestibule , à la sortie; il est tombé subitement sans connaissance; heureusement la voiture était avancée et nous l'avons vite ramené.
— Pauvre Hector, dit Léontine, allons le voir.
— Non, ce ne sera rien, reprit vivement madame Albert. Il va bien dormir et demain il sera guéri.
— Guéri , guéri I murmura l'envieux gourmand ; il en a pour deux bons jours au moins...
— Avez eu du monde ce soir? interrompit madame Albert pour changer la conversation.
— Non, je suis restée toute seule, dit Léontine.
Cette réponse parut faire le plus grand plaisir à sa belle-sœur.
A la place de Léontine , une autre femme aurait ajouté :
— Oh ! je n'attendais personne ; tout le monde me croyait
au spectacle.» Mais elle n'en eut pas le* courage ; elle avait
peur, moins encore de mentir que de rougir en mentant fort
mal.
On causa quelques instants de choses indifférentes, et vers
minuit l'on se sépara. Madame Albert monta furtivement dans l'appartement de son frère pour parler au médecin qui était près de lui ; et Léontine, livrée à elle-même, recommença à se demander pourquoi M. de Lusigny n'était pas venu, sans chercher à deviner pourquoi Hector était malade.
. Et cependant le malheureux Hector méritait bien de sa part quelqu'intérêt. Le coup qui venait de le frapper l'avait anéanti. Gela nous arrive souvent , n'est-ce pas , d'apprendre par des étrangers ce qui se passe autour de nous. En descendant l'escalier de l'Opéra , il s'était trouvé auprès de deux jeunes gens qui causaient ensemble assez haut :
AVEC LÀ DOULEUR. Stt
— Ta sais, disait l'un, que rinconsolable yeuve se remem.
«-> Laquelle?
«—Madame Charles de Virement.
— Bah ! vraiment. Avec qui donc?
«— Avec le beau Lusigny.
— Je n'en savais rien.
—Depuis trois mois ils Braiment en secret, c'est tout iiii roman...
Hector n'en entendit pas davantage; un frisson mortel le saisit, sa vue se troubla, son cœur battit violemment, il essaya de descendre Tescalier, mais vers les dernières marches., sds forces Tabandonnèrent et il tomba sans connaissance.
Quand il revint à lui , sa première pensée fut la crainte qu'on ne devinât la cause de ce subit évanouissement, qui rétonnait lui-même; il ne s'expliquait pas comment lui qui avait tant de courage, lui que les plus dures fatigues , les plus grandes privations, les plus réels dangers n'avaient jamais ébranlé, se voyait tout à coup vaincu par un mot. Il ne comprenait pas que Ton pût être physiquement terrassé par une idée. Sa sœur était près de lui ; elle le regardait avec tristesse, mais ellen^osait Tinterroger devant son mari. M. de Yiremont, malgré son bon cœur, éprouvait une sorte de plaisir à voir Hector en cet état; les gourmands malingres sont implacables pour les gens qui se portent bien et qui peuvent manger de tout.
— Mon cher Hector, dit-il, qu'avez-vous mangé à dhier?
— Je n'en sais rien.
— Je le sais, moi , vous avez mangé du homard... Hector sourit ; il allait répondre non ; mais comme cette
cause peu romanesque pouvait servir à cacher le véritable secret de sa souffrance, il se hâta de dire :
— Oui... c'est celasans doute qui m'a lait mal; j'aurais mieux fait d'être raisonnable comme vous.
M. de Virement , rassuré, se sentit récompensé de son «acrifice.
Madame Albert passa la nuit près de son frère dont la doa«
m th SI lAUT 9kU JOUER
tottf bisaijt {Htié. Ga e^'ii ^souvaU est impossible à peindre ; c*ètait la plus poignante des jalousies; la jalousie humble , le désespoir d'un pauvre ccbos qui séufre, qui souffle horriblement, et qui ne se reconnaît pa| même le droit dé dèulTHr ; Tagonie d'un misérable qui meurt, qui se meurt d'amour, et qui ne trouve pas même qu'il soit digne de mourir d'un si ioUê amour ; qui se feùt un ren^^rds de sa douleur, et qui nomme son désespoir un égoïsme honteux.
•nr Slle r^ime, s'écrivit Hector dans son délire, elle l'aime ! eb bi^Pi n'a-V-elle pas raison de Taimert n'est-ce î^as juste qu'elle choisisse cet homme que tout le monde admire ! cet homme jeune, spirituel, riche et digne d'elle! Hélas! oui, digpe d'elle. Est-ce 4 moi de m'en affliger, puiâ-je prétendre à fUi tel bonheur, Tai-je rêvé jamais? Âi-je donc le droit d'exiger qu'elle passe toute 9a jeunesse dans Tisolement, dans la dôuteur, parce que, moi, je ne mérite pas son amour.
Sa sœur pleurait en le voyant se désoler ainsi ; alors il lui prenait les mains et la suppliait de se calmer ; oh ! je t^en prie, »'écria|t-il avec de vives ihstances, ne parle pas de moi à Lléonline; elle est si bonne, elle aurait taàt de chagrin si elle me savait malheureux.
Mais Léontine , à cette heure, ne songeait point à lui; elle tttendail; avec impatience le moment où elle espérait avoir enfin des nouvelles de Pincompréhensible séducteur.
Vin
•— T a-t-il 4p9 lettres pour moi) demanda Léontiiie aussitôt que sa femme de chainbre entca chez elle, le matin.
-— Oui, Madame ; vojci une lettm qu'&n vient d'apporter à l'instant.
£{> madame do Yir^^nt, d'une maip tremblante, prit un petit billet coquettement plié et doucement parfumé, qui Milem^lait ijpjrt à un g)e%ii^ d'élé^t» UûQtine attendit qtt'elle
AYIG LÀ DOUIEVR. ' M^
fût seule pour lire ces tendres excuses. Elle né eonut^îssait pdut Féerhun) de II. de Lusî^y ; iniâs son cœur lui disait que cette lettre étail de lui : re''câeur 1 deâ hisïînèts tliîfâinfbles! Me rompit le cachet avec une vive éniotiôn, ^ iSi ce qui suit :
« Madame.
c Noos devcms, demain soir, éhez mot, tirer une p^ite lotefie en faveur dune Emilie malheureuse à laquelle je m'intéresse. ¥ou8 seriez bien aimable dp venir, etc. »
La lettre était signée : Baronne de Marviuji*
Léontine, désappointée, jeta la lettre loin d'elle avee impatience; puis elle se dit : * ' ^
— C'est trop tôt; il n'enverra pas chez moi avant midi...
A riïidi on lui apporta une autre lettré; récriture de l'adresse était superbe; le billet était un peu grand pour uh billet doux; cep^dant, si, comme le pensait Léontine, quél^ que 9i€çààeiA était acrivéà 11. de Lusigfty, cette lettre pouvait avoir été dictée par lui à un chirur^e», i un secrétaire, à un ami, ou même à un domestique» iQe^ supposition ajoutait encore à son inquiétude.
fille prît donc avec une émotion topjouss croissante eetle lettre qui commençait ainsi :
« L^mmense succès qu'obtiennent dans le monde arîstocratîque mes sous-jupesen crino-zêphyr, m'encourage , etc. »
Signé : Oudinot-L|3[tj|l. J
Cette fois, malgré son dépit, Léontine ne put s'empêcher de rire, mais çlle p'en trouva pas mobis que le nlenop de M. de Lus^y était inexplicable.
*— S^ns doute il viendra lui-même se justifier, pensa4rette.
Et elle se mit à sa toilette.
Cîomme sa femme de chsunbre était occupée k tresser ses beaux dieveux, on frappa à la periéft
an IL NS PÀUT PÀ8 JOUSB
— Qa'efti-eeT
— C'est une lettre qu'on a laissée chez le portier, et doni en viendra chercher la ré()on8e dans un quart d'heure.
Madame de Virement décacheta la lettre promptement et ians la regarder... on demande une réponse... c'est de lui. « Madame la comtesse,
c Un bon cœur est l'apanage des grâces et de la beauté. Prenez pitié d'un ancien artiste dramatique, poursuivi par le aort, et que de nombreuses infirmités ont forcé de quitter trop tôt la carrière du théâtre; je serais allé moi-même implorer votre bonté, mais... »
Léontine n'acheva pas de lire cette étrange complainte, elle prit l'argent qui était dans sa bourse, elle le donna en disant :
— Yoilà la réponse, c'est pour une quôte.
Au même instant, sa belle-sœur entra, tenant un billet à la mainjjBlle le remit à Léontine :
— J'ai manqué de le décacheter, dit-elle; cet étourdi de Frao. çoîs me l'a apporté croyant qu'il était pour moi. Cependant votre nom est écrit bien lisiblement sur Tadresse : la comtesse Charles....; on ne peut s'y tromper.
Enfin 1... c'était une lettre de M. deLusigny 1... Mais quelle lettre I tout ce qu'il y a de plus commun, de plus rebattu; c'étaient des phrases telles que celles-ci : Un malheur arrivé à une personne de ma famille m'oblige de quitter Paris à l'instant même; je crains d'être absent plus longtemps que je ne le voudrais (il voulait donc un peu être absent); mais ausaitêt mon retour, j'irai vous porter tous mes regrets; croyez, Madame, qu'il m'est bien pénible de partir aujourd'htii, et plaignez-moi. 9
Cette lettre était datée de mercredi soir.
Rien n'y manquait : le je crains de^ le croye» que^ et Tinévitable plaignea-^noij l'éternel refrain de tous les absents coupables, qui sacrifiât le bonheur de voir la femme qu'ils adorent à une partie de chasse, à un dîner de viveurs ^ ou i tout autre plaisir. N'est-ce pas cela qu'ils écrivent tous naïvementt — J'avais oublié de vous dire que c'est aiqourd'hui
ÀYBG LA DOULEUR.
notre ennuyeux dîner de bavards; je ne vous verrai donc pas ee soir. Plaignez-moi. — A cette menteuse élégie, nous proposons de substituer cet avis bienveillant et loyal : Je n'irai pas aujourd'hui chez vous, parce que je vais m'amuser ailleurs; imitez-moi.
Léontine, en lisant cette charmante lettre, éprouva le plus violent dépit. Pour cacher sa mauvaise humeur, elle demanda des nouvelles d'Hector.
— Il est beaucoup mieux, répondit madame Albert en s*efforçant de sourire ; il espère descendre ici un moment ce soir.
Ces mots devaient rassurer Léontine et Tempécher de pen« ser à soigner Hector.
Léontine passa une journée mortellement triste. Toutes les personnes qui vinrent la voir lui déplurent. Elle n'écoutait pas ce qu'on lui disait, et si par hasard elle l'avait entendu, elle comprenait le contraire et faisait des réponses folles. Vers la fin de la journée, on annonça M. T***, un jeune peintre fort distingué qui partait le soir même pour la Russie, et qui venait lui faire ses adieux.
— J'ai plusieurs amies à Saint-Pétersbourg, dit Léontine, puis-je vous être utile auprès d'elles?
M. T*** remercia respectueusement madame de Virement. Il était déjà, disait-il, vivement recommandé aux personnes les plus influentes de la cour par M. de Lusigny, qui avait eu la bonté....
— M. de... Lusigny? interrompit Léontine.
— Oui, Madame, il vient de me donner ses commissions pour la Russie, et il a bien voulu...
-— Vous venez de chez lui ?
— À l'instant même.
— Vous l'avez vu?
-» Je n'ai pas osé le déranger, ne pouvant rester qu*un moment, mais je l'ai prié de me faire remettre le paquet que je dois porter de sa part à la princesse W**^, et il me Ta tout de suite envoyé, ainsi que plusieurs lettres de recommandatien trèflkhonorables et très-flatteuses pour moi. v
— n t â ItAigtemps (}Uë vôtre voVâgë é^ déëiâSf
— Le toytfgè est projeté depuis Âeux iiiBis; ââil ie dipéM ttt ea résolu qùë be mâtin.
B ii'jr âtait )>lu8 mbyeà 9ë se fitire tAiisi^; le fiieâS^i^i^ était flagrant. Dès que Léontine fut seule, elle ffiBHtâ SSth cédie i)firéâe t un liiàliieiif arH^ & afiS Hî'^Ânë Qe ini SdÂUe îTi'bbll^ dé quitter f^k k \%§t^l ttf, tt. de Ltt^gfl)^ filî^ vait point quitté Paris, et certainement aucun malnëtii' fie lâi im ttriifèi puisqu'il àvi^ m^jè tf ànmiillëmëlit U ifiaOnée i ébrihè i dés tirincessës tmêk. I^êl géttiissemè^, e6 Ktii i&iUhèitr fi'ëtàiëht donc (itt'âi nii5ërà!)lé prëteité; J8& Stènflonge cruel qui cachait un tort plus cruel eiibbre ^nâ doulâ; fi y im dèrHSre ce Tollë une traliiâsa Msûé, tih iiiyètètb de ^die (^'il fallait S^Iàîrcii* à tèill ^Vii.
Maigre m cbn^ils *4iië tài dictait s(â orgueil, t^l^tifiè S Bédda à Sâire ft 11. de lusigtiy. Le style de sbk Mil é@gl t8rl lâcbiii()uë, et pourtant il disait tro^ pëiit-Stre ':
k tdùi il'êtes point ^^àrtî* Voua m'avëi trompée; bbiifîiaôtt Répondez. Quelle que soit la vérité, je veux là savoir. ï
K. de Ltisigny Kpondil '• ^ ,
c La vérité? je ne puîâ Vous îâ ffîrë; |ë vbtis ^ irômPS pour vous épargner un chagrin ; iniàis fae ine ëroyez pas c6al^ble; oh! né m'àcclise'z jpîàs: »
Ce peu de nlots suflisàient ^Bui* &eltre à ta tofliùre feâpnt d'une pauvre femme; ils produisirent leur effet. L^bnline manqua en devenir folié cl'inqUiëlîitîe ; il f avait !S de quoi donàëV m fiffî^tiâtibh à îà femme la jplus ifrôide ; toutes les catastrophes qui peuvent menacer ré^dsitelice d'Ûï Kbmmë d'honneur lui vinrent à la pensée ; elle i%wi Ibus \e^ tourments, toutes les humiliations dont un ttbËlé éâ^lih béiii souffrir. Pendant deux longs jours et deux éteràëtlêâ âtills, éile veèUt dé be§ lîbrHblës stipp6bHIbns. tth fflo%ênl ëllë cful avoir mmi ce làtil secret; tih fSbHcàHt dé lau^^s &o11^Sllé§, M hèiihtA pïraiité jeta dànà tti cbhvërèatioil (hâ là yMê, S U tfkm eii 2 1& blhb qùH Âbffihia, uii mâë BbmMé ftp JÉ^âii au jeu trois cent flUM ^m.:: C'ê» lutt f^M m WM
âf le LA DotiLËtâ. m
Léràtiiië^ éÊt potti* une femme qui àithe du ^lâ ët(M aifôSf ; ce qui est m métnë choâe, si ce û'hsî davantage, Il if èxiétS qu'un âeul être sur la terré; tout le i>éëtë de \i race lliiinâine eii îmmédiàtbifaent supprimé; rhbinlilë adoré ëàt èeul charge de suptiortei* touâ les événeinentè qui àrHvètlt. Qiiëlqu'utl i fôit ùtië cfiùté de cheval... c'est lui! — UH jëûhè Hoinme à*M battu en duel... c'est lui! — Le td)&iiéfre est tbihbë stdr lili voya^iii*... c'est lui ! — Hêlâk! on i naisUii de d'aindiid p6xlx ce qii*on aimé fbiléffleili; tpute 'pdrsdiltie tro];) tiiniéë est ^ cela inême en dangei>; Tidoiàtrie potie màlhèiiK
Persuadée qiië le secret qui la sét>aràît àe M* de Lttsigny était un désastre de fortune, Léontine se débidsl de nouveau a lill écrire. Cette secondé épttrë ne rësseitiblait en rien à là première. Elle étàtt longue, entorÙllU, embrouillée, inais lé seUk ëii était fort clair. Ce galimatias flë dëUbatësse pouvait sé Iràdtiirë par ces Simîplëà motë : Ne VàHb àffiigez pas, je suid riche pour deux.
it. dé Liîsîghy répétait côuHrler pair coiiitiér tiiigl phrases non moins âëlibàtes qui rassuraient Léontine â ce sujet et qui là remerciaient avec tendresse de éès sehtiments généreux.
ît fallait donc chercher une autre explication 4 ce mystère, et vivre au inilieU du moildé avec ces totirihents. Pour suj[ypbrter un malheur dont oii connaît ioùte retendue', on i i)ësoin de solitude et de silence ; mais pour lutter avec rinquiélude, pour assouvir une curiosité dévorante et douloureuse , on â besoin dé mouvement et de bruil. On accueille tou^ ceux que d'ordinaire on fuit, ceiix qui parlent, ceux qui savent, et même ceux qiii inventent; il n'est pliis dé bavards, plus d'inipbsieurs. bien loin de redouter ces impitoyables cominères dont les propos empoisonnés sont si dangereux, dont le bavardage innocent distille à travers mille charmantes plaisanteries la ruine, le déshonneur et la mort, oii court autdëvànt d'j^llês avec impatience, on excite leur ingénieuse méchance^, on k bénit presque dans sa folie, ^t on est avide d'àppréiadré lé •ewét 4Ûi doit déciiirer i^ (Msiir,
Madame dé X*** est une de ces femmêâ-lé, Spouvâiitablety
IL HB FAUT PÀ8 lOUlB
eiécraUeB, mais on ne saurait plus amusantes. C'est une %etU de$ Tribunaux en capote rose et en souliers de satin blanc. Elle excelle à traduire en crime tout événement extra* ordinaire; à ses yeux, un enÊint posthume est toujours un enfimt supposé; un veuvage opportun est un empdsonnement certain ; il n'est pas une de ses historiettes piquantes qin ne «oit une agacerie directe à M. le procureur du roi.
Eh bieni Léontine, qui détestait cette femme, éprouvait alors le plus vif désir de la voir l Elle arriva précisément, mais cette visite n'était point l'effet du hasard. Madame do X*** savait que M. de Lusigny était très-occupé de Léontine , elle savait aussi qu'avant de la connaître, l'hiver dernier, il avait rendu des soins empressés à une autre jeune femme qui passait pour l'avoir assez bien traité ; et madame de X***, dans son zèle toujours charitable, accourait apprendre à Léontine que cette jeune femme, sa rivale, absente depuis deux mois, venait d'arriver à Paris.
— Elle n'a pas pu y tenir, ajoutait-elle, elle a laissé dans son vieux château son vieux mari , et, sous prétexte de consulter toute la faculté pour un enfant malade, elle est venue ici; mais vous pensez bien que la maladie de l'enfant va traîner en longueur ; on ne lui permettra pas de guérir avant l'automne.
A cette nouvelle, qui expliquait tout, Léontine devint pâle comme une statue. Elle voulut parler pour cacher son trouble, mais elle n'avait plus de voix. Madame de X*** la regardait avec une joie infernale. Léontine, que cette joie révoltait, essaya encore de se vaincre et de repousser, au moins avec dignité, le coup qu'on lui portait avec tant d'audace; mais elle pensa que le seul moyen d'apaiser ces sortes de vampires, c'est de leur laisser complaisamment boire tout le sang de sa blessure ; et elle se résigna, dédaignant toute hypocrisie, à souffrir devant son ennemi loyalement et bravement*
Madame de X^^** ayant dit ce qu'elle avait â dire, s'en alla semer ailleurs d'autres nouvelles agréables autant que celle-là.
Léontine, passionnément aimée de son mari, n'avait jamais été Jalouse. Pour la première fois, elle éprouvait cette affreuse
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rage de coeur, ces convulsions d'amour-propre, cette épilepsie morale dont les accès ont l'avantage de durer des jours entiers, cette démence pleine de raison qu'on appelle la jalousie. Elle souffrait horriblement; elle ressentait à la fois toutes les amertumes de la haine et tous les chagrins de Tamour, et cependant sa douleur n'était rien auprès de la douleur d*Hector« La jalousie de Torgueil, cette révolte superbe d'un être doué qui se croit méconnu, est moins cruelle, moins poignante que la jalousie de l'humilité... L'une est pleine d'avenir; elle peut rêver la vengeance ; mais l'autre, qui naît d'un excès de modestie et du dégoût de soi-même, n'a ni avenir ni espoir. Gomment celui qu'elle torture pourrait-il encore espérer? Qu'oseraitil rêver, le malheureux? Il se croit indigne de ce qu'il désire!
Voilà donc pourquoi il n'est pas venu !... pensait Léontine*> et pendant que je l'attendais avec tant d'émotion, ii était auprès d'une autre femme, riant peut-être avec elle de l'inquiétude qu'il me causait ; et il m'a sacrifiée, gaiement sacrifiée, à une ancienne intrigue !... Il faut que cette femme ait sur lui bien de l'empre pour le contraindre à renoncer à un mariage qu'il paraissait vouloir si vivement. Elle aura sans doute appris ses projets par quelque charitable correspondance, et c'est pour empêcher ce mariage qu'elle est accourue à Paris ; et lui...' il tremble devant elle... il n'ose plus venir chez moi; il craint un esclandre. Cette femme s'amuse à le menacer de mille follies; elle joue la passion pour le captiver... Et il la console, il la rassure en disant qu'il ne m'aime pas !
Ohl comme alors elle se repentait de lui avoir écrit, comme elle se reprochait d'être tombée dans le piège et d'avoir si candidement avoué toutes les inquiétudes, toutes les faiblesses de son cœur. Elle se rappelait une à une les phrases de sa lettre, ces détours de générosité qui lui semblent si ridicules maintenant. Elle maudissait la noblesse incorrigible de son caractère qui l'entraînait toujours à être dupe ; et puis elle pleurait amèrement; rougir de ses pensées les plus nobles, c'est si triste; être toujours puni de ses sacrifices les plus purs» c'est si révoltanti
9U IL HÉ titrt Pis ld«xm
EL fbhSè 9è éé fxAMiëtiWtf de i(radi^éf , dB 99 AUMS, Léontliid 86 ^eiidii tadiade ; eDb fiii forcée de rëlti^ iti lit {i^ diolt kHoié Jdtitt. Sa btiliMœdr, ii^iètei irBÛVA HSmxâSAt M mhetler fe ihédëciii qd soigtiâil Hëct^. Maâ àtllhl de lo eoiUhiif» diet LéMitii»» madàffîë AlbfeH tëcbmmaiiil faiël iii tkéd^n ^ m paÈ YtOtfKf» en Ut |>â]rlaiit ^ FSltft (Hl âi» iHmyait fiéietdr. ffiidânid ilbën ëstfl^rdit bMquè Jdéf* i|te §i4 Mre^draât nlbiiid souffràttt le ièndèdiaîii, el cfall i^^(fr9t im peik de coiirâge «û 6'à(;cot!tfimant ft «m cbégHâ. Pdtlir Im Miner de l'éstioir, elle t«t)é»it ^à bèàse i)Uë M. de Liisi^y n'éUit pââ vehii depuis tt^otiglëtcpd, que Lentille hê Smbl8lt)M dû tout 6'oeeâper de Itii; Hector rét^otidâit :
— Ta dit Mai ttOtUr mé mtMét, IkiMé tooi Je «^ Sî6i qu'^éHe aime;
Quand Lémttine dSen^dàil de «e6 iHmyèllës, éà M ^fimlÊ^ tUt qu'Ole té vemdt lé Mf ttême. m lé mt; eomâié @lle É'éionnoit qn'il ne fât |)â8 tenid; oh j^teëdâdt qu'il n*ândl pê» rbtAn descendH» dâna le salon piiroe qnll f Mal €tt tft^âfe, et qnll lui aurait hWn î'babilleh.
LéofiUné ne a'sdâHnail ÛùAt nUlllstiîeilt dé oettë WMÛ Ip {laraiâsait n'iuquiétèt t^sètiâë, é dobt b caû^ m WkiSMi fbrt t>6Ù intéretôante.
Le mMecfn troil^a Léonine ttes-^J|^e^§; Il ii brdoiiiia fK)ttr ocm affection itot)l*otte6« liU'a reàMnnt êânâ biSiter, et *^ii*il bapdâà dliâ âbdi »éiéhÛfi<}Ue trêÂ-ëlégsÉt, iëâfôà Sortes de potioni, dé létîOifi et de dëcôfelîbiis que Léoàttné sèj^tômlt aussitôt dé ne j^itô (kieUdrii. QUàbd il eut éer it, iSpi^ et parat>hé âi^ oi^otittàh^, il de mit à ékéréer sbb âiëHêr dd toètéur t la ibodé *, il raeobta deà liidt61rëé bbàrmà^lèîi, H 8e iOdOdlra piéih d'ëspHt et d'originalitS; il !^t bHUant; SêndHàiit, trèë-^valûttieiit hiondàid et irëà-coctùettemènt érudit; iHM, toyàit-il ÉY'ec oiigueil, avec t)làtsiV sa belle malade fié rïfiitifSr iles di^ùrd. Eh effet, éepuiâ Ùii idbinbiit Vébàmé Il^i Ktrouve m frâfcbes ééûléin^, Ion ééUHre n'StS^ ^VS» îiëKrémk et triste \ un péâ d'ëspérànce venait de rentrer ^àèi iôn ccêût. Le secret dé ce changement le void : après imèdëîiU-dodââft
d'anecdotes plu^ piquantes tes unes que les autres, raima)>ld 'àbcteur avait raconté une cure merveilleuse, opérée par P4troz sur un sujet dont toute la laculté avait dése&péré. Il ^V gissait d'une petite fille, belle cQmme ^n nnge, défigurée f«r un mal affreux, et que le célèl^re dopte^r avsûi guérie avec ses poudres, sans opération et par miracle; comme Léontiae et sa belle-sœur s'étonnaient à ce récit, le bienfaisant conteur ajouta :
— Mais vous saurez cela mieux que moi, Mesdames^ vous devez connaître cet enfant, ou du moins sa mère... . .
Et il nomma justement cette jeune femme qu'on accusait d'être venue à Paris pour voir M. de Lusigny .
— Elle est repartie ce matin, continua le docteur, pour aller rejoindre son mari, toute fière, toute joyeuse ; et les homoeopathes triomphent, et ils nous disent des injures pour nous tonvaincre de la supériorité de leur système.
Léontihe sourit. Son coeur était soulagé d'un poids énorme*
— Âh I vous triomphez aussi. Madame, je sais que vous avez un faible pour les doctrines nouvelles; admirez-les, soif, mais quand vous vous portez bien ; nous n'avons pas de pr^r tentions au miracles, nous autres; nous guérissons, et voilà tout.
La joie que ressentit Léontine en reconnaissant que madame de X*** l'avait trompée, ne dura que peu de temps.. D'autres soupçons vinrent bientôt l'agiter. Elle s'imagina que M. de Lusigny s'était battu en duel, qu'il ét^it blessé, et que, pour se soustraire aux rigueurs de la nouyelle loi, il gardait ,sur cette affaire un secret profond. Cette idée lui vint ^u milieu de la nuit ; après plusieurs jours d'une diète absolue, c'est-à« dire dans la meilleure disposition pour imaginer un coup, de tête ; elle attendit le lever du jour avec impatience pour exécuter le projet qu'elle méditait. Le jour parut ; avant de rien entreprendre, elle envoya chez M. de Lusigny demander de see nouvelles ; on hi dire que M. de Lus^ny ^tai)t à la campagne depuis trois semaines. Cette réponse, que Léontioe savait être «n mensonge, la confirma dans ses soupçons. « Il se caehei fi
88t IL NE FADT PAS JOUER
ost blessé ; il faut qu'il soit très-mal, puisqu'il ne m'écrit pas» Peut-être a-t-il été obligé de quitter la France, pour n'être pas arrêté; peut-être est-il parti mourant... Ah! cetle idée est affreuse ; je ne puis vivre dans cette incertitude ; ce supplice est trop long; je ne veux pas le subir une heure de plus... aujourd'hui!... aujourd'hui même je saurai la vérité.
Léontine mit à la hâte son chapeau, son mantelet; et, pâle de crainte, ivre d'inquiétude, elle sortit de l'hôtel de Yiremont sans donner d'ordre, sans dire à quelle heure elle rentrerait, et sans demander des nouvelles d'Hector*
C'était la première fois que Léontino se trouvait seule dans la rue; il lui semblait que tous les yeux étaient fixés sur elle et que chaque passant disait : Où va donc cette jeune femme qui parait si agitée? On la regardait beaucoup, il est vrai; d'abord parce qu'elle était fort belle , ensuite parce que sa démarche incertaine trahissait le pas d'une femme qui n'a pas l'habitude de sortir à pied, et que le mouvement de Paris déconcerte ; et puis enfin parce que son voile baissé et soigneusement retenu dans sa main lui donnait un air mystérieux fort suspect.
L'hôtel de Virement est dans le faubourg Saint-Honoré, Léontine rejoignit facilement la rue de Londres, et après avoir gravi cette montagne aride, elle arriva au débarcadère du chemin de fer. Le convoi allait partir pour Saint-Germain ; Léontine eut à peine le temps de prendre un billet; on la plaça bien vite dans une diligence et ellb s'étonna d'avoir eu l'audace de traverser toute seule ce qu'elle appelait la foule des voyageurs; et pourtant il .n'y avait que deux cents personnes ce jour-là; le dimanche il y en a quelquefois deux^mille : deux mille compagnons de voyage , voilà une véritable foule !
Vous l'avez bien deviné , Léontine allait à Saint-Germain chez madame de Lusigny... Là seulement elle espérait
▲YSG LA DOULEUR. Ht
apprendre le secret qui la tourmentait. Madame de Lusigny ne saurait pas feindre avec elle; et si un malheur avait frappé son fils, quelle que fût sa résolution de se contraindre, sa douleur allait se trahir auprès de la personne qui devait le mieux la partager. La tristesse d'une mère est indiscrète. Mais peutêtre madame de Lusigny était-elle à Paris. ^^ N'importe » Léontine saurait du moins pour quel motif elle y est allée. Peut-être aussi M. de Lusigny est-il à Saint-Germain? — Eh bien , ne sait-il pas déjà qu'elle l'aime , et sa mère n'est-elle pas la confidente de ses projets? L'inquiétude et la curiosité n'admettent point d'obstacles, cela se comprend ; elles ne les voient pas, ce qui ne les empêche point de les éviter, il y a un dieu pour les aveugles. En arrivant à Saint-Germain, Léontine songea qu'elle ne savait point l'adresse de madame de Lusigny. L'idée de courir la ville en la demandant de porte en porte l'épouvantait. Heureusement elle se rappela le nom de la vieille amie chez laquelle madame de Lusigny était venue passer l'été ; ce nom était bien connu dahs Saint-Germain ; à peine l'eut-elle prononcé , qu'on s'empressa de la conduhre devant une antique porte de sombre apparence dont elle franchit le seuil en trenô)lant.
Madame de Lusigny était sortie depuis le matin , mais elle devait revenir bientôt. On fit entrer Léontine dans le salon , et là elle attendit.
— Elle est allée voir son fils, pensa-t-elle ; sans doute il s'est réfugié dans les environs.
Elle écoutait chaque bruit et regardait chaque close avec intérêt. Dans sa position, tout pouvait devenir un ini^; les objets les plus indifférents pouvaient avoir un langage e^rdé* noncer la vérité. Auprès de la fenêtre qui donnait sur le jardin il y avait un métier à broder et une table à ouvrage, couverte de pelotons de laine et d'écheveaux de soie. Léontine, jetant les yeux sur cette table, aperçut une petit portefeuille en velours au milieu duquel était un portrait. Elle quitta la place où elle s'était assise pour se reposer, et alla vers la fenêtre; elle examina le portrait : c'était celui de M. de Lusi*